Alors que certains musées annoncent leurs expositions des semaines à l’avance, d’autres vous annoncent une ouverture le jour-même (le musée du Luxembourg et le musée Guimet ont envoyés leurs lettres d’information un peu tard).
La nouvelle exposition du musée Guimet est consacrée au trompe-l’œil en Corée de la fin du XVIIIe siècle au XXe siècle.
« À quoi peut servir une bibliothèque lorsque le temps manque pour lire ? À l’heure où le savoir circule sur les écrans, s’évader par la lecture devient parfois un luxe et la bibliothèque est alors souvent plus regardée que pratiquée.
Ce dilemme n’est pas nouveau. Dans la Corée de la fin du 18e siècle, le roi Jeongjo (r. 1776-1800) y est déjà confronté. Pris par les affaires de l’État, n’ayant que peu le temps de lire, il passe commande aux artistes officiels de l’Académie royale de peinture de réaliser un paravent reprenant sa bibliothèque en trompe-l’œil, pour rester proche de ses livres. Il trouve ainsi dans la contemplation de cette peinture un moyen de demeurer symboliquement entouré de ses livres : un trompe-l’œil prolongeant l’esprit du cabinet d’étude, stimulant la vertu, la curiosité et la conversation savante.
Les ambassades coréennes à Pékin jouent alors un rôle déterminant. Les envoyés de Joseon y découvrent les cabinets de trésors chinois, ainsi que l’art jésuite de la perspective, diffusé à la cour des Qing et dans les églises de la capitale impériale par les artistes européens. L’alliance entre l’accumulation érudite chinoise et le savoir-faire européen en matière de trompe-l’œil nourrit l’inventivité des peintres coréens, qui développent un usage singulier de la perspective, le chaekgeori.
Paravent à dix panneaux représentant une bibliothèque, Corée, époque du Joseon (1392-1910), xixe siècle, Encre, couleurs et or sur soie, Séoul, musée national de Corée © National Museum of Korea’s public work is used according to KOGL
Éventail à motif de taegeuk, Corée, époque du Joseon (1392-1910), xixe siècle, Bois, papier ; 84 × 43 × 2,5 cm, Paris, musée Guimet
© GrandPalaisRmn (musée Guimet, Paris) / Michel Urtado
Vase à décor d’étoffe nouée, Chine, dynastie des Qing (1644-1911), règne et marque de Qianlong (1736-1795), Porcelaine à décor d’émaux famille rose ; 20,6 × 10 cm, Paris, musée Guimet
© GrandPalaisRmn (Musée Guimet, Paris) / Thierry Ollivier
Dr. Arnaud Bertrand, conservateur des collections Corée – Chine ancienne au musée Guimet »










