Vous avez aimé l’exposition
Caillebotte ? Vous allez adorer Krohg. Après Harriet Backer, Christian
Krohg est un autre invité du nord et si vous ne le connaissez pas, courrez au musée
d’Orsay afin d’admirer ses œuvres.
L’œuvre
qui a été choisie pour l’affiche (photo ci-dessus), La Barre sous le vent !
[Hardt le] (1882), est magnifique et –
franchement, aucune photo ne peut rendre justice aux coups de pinceaux de Krohg
qui sont impressionnants. Il y a un peu moins de visiteurs que pour Caillebotte
(pour l’instant ?), mais certaines œuvres présentent quand même des
bouchons, mais l’attente vaut le coup afin de pouvoir admirer comment l’artiste
mêlait couleurs et variait la taille de ses pinceaux afin d’obtenir des effets
différents.
Si
nous avions eu à choisir une toile pour annoncer cette exposition, nous aurions
été tentée de choisir Femme coupant du pain (1879) :
Notre
photo ne rend absolument pas justice à cette œuvre dont la lumière semble
vraiment venir d’une fenêtre qui serait située quelque part derrière nous.
En plus
de son coup de patte et de la qualité de son travail, Krohg avait une
compassion qui alimentait ses créations et il devrait être beaucoup plus connu
dans le monde entier.
Le musée d’Orsay nous dit :
Christian
Krohg (1852-1925)
Le
peuple du nord
L'exposition
que le musée d'Orsay consacre à l'artiste norvégien Christian Krohg est la
toute première rétrospective de l’artiste en dehors de la Scandinavie, venant à
la suite de plusieurs expositions à Oslo et Lillehammer en 2012, puis à
Copenhague en 2014. En mettant en lumière les œuvres naturalistes et engagées de
Krohg, le musée offre une nouvelle perspective sur l’art norvégien de la fin du
XIXe et du début du XXe siècle.
À travers un panorama approfondi du parcours artistique de Krohg,
l’exposition s’attache à révéler sa modernité picturale et son engagement
humaniste. Bohème et fervent défenseur des causes politiques et sociales de son
époque, Krohg, également écrivain et journaliste, dépeint avec une profonde
empathie la condition du peuple scandinave, le monde du travail, la misère,
ainsi que les injustices subies par les femmes.
Le parcours de l’exposition met en valeur ses liens picturaux
avec les artistes français que Krohg découvre lors de ses séjours parisiens –
notamment Gustave Courbet, Edouard Manet et les impressionnistes. Dans sa série
des marins, poursuivie tout au long de sa vie, comme dans ses scènes de genre
ou dans ses portraits, Krohg cherche à donner à ses œuvres un sentiment
d’immédiateté en utilisant des compositions déséquilibrées, des cadrages
audacieux et des postures dynamiques. Son credo, « tout est une question
de cadrage », est le fondement d’une recherche artistique d’une grande
modernité. Membre de la bohème provocatrice de Kristiania – l’ancien nom d’Oslo
–, Krohg fait polémique et scandale auprès de la bourgeoisie et des élites
artistiques. Le visiteur découvrira dans l’exposition les portraits que
l’artiste réalise des membres de ce milieu bohème et libertaire, ces jeunes
artistes, écrivains et intellectuels qui se réunissent dans les cafés de la
capitale et contestent avec vigueur la structure sociale dominante.
Un
Zola norvégien ?
En 1886, Krohg publie son roman Albertine, histoire
d’une ouvrière violée devenue prostituée, roman que la police saisit rapidement
au motif qu’il porte atteinte aux bonnes mœurs. Malgré les controverses, Krohg
défend sa liberté d’expression contre la censure. Il réalise alors son tableau
le plus important, la grande toile Albertine tirée de son roman,
poussant la provocation jusqu’à engager des prostituées comme modèles. Peu
d’œuvres d’art norvégiennes ont suscité un débat aussi intense, par la mise en
lumière d’une facette particulièrement sombre de la société norvégienne.
D’autres grandes compositions naturalistes et engagées, telle que La Lutte
pour la survie, témoignent de l’attention que porte l’artiste aux membres
les plus vulnérables de la société. Enfin, qu’il s’agisse du quotidien simple
des habitants de Skagen au Danemark ou de celui de sa propre famille, ses
toiles dévoilent l’intérêt de l’artiste pour la sphère intime. Ses œuvres, qui
mettent en exergue le soin que peuvent s’apporter les membres d’une famille, se
caractérisent par une grande douceur et témoignent de sa profonde humanité. En
plaçant l’empathie au cœur de son travail, il parvient à capter l’attention du
spectateur pour accomplir son idéal : « œuvrer au progrès humain. »
Que vous connaissiez déjà son
travail ou pas, allez visiter cette exposition, vous ne serez pas déçus.