Le recyclage de matériaux n’est pas chose nouvelle, mais, en 1917, on aurait pu espérer que les colons britanniques n’auraient pu eu l’arrogance de transformer une colonne byzantine (donc de la période entre 313 et 642 de notre ère) en stèle funéraire – remarquez… nous parlons des Britanniques qui ont fait ce qu’ils voulaient du pays lui-même, alors…
Que les Romains qui sont retournés à Pompéi aient utilisé les pierres des monuments qui n’étaient pas enterrés sous la cendre, ça peut se comprendre.
Que le commun des mortels prenne les pierres taillées (et parfois gravées ou sculptées) de bâtiments abandonnés, ça peut se comprendre.
En revanche, un militaire, en 1917, a donné l’ordre de faire d’une colonne byzantine trouvée à Gaza en Palestine la stèle funéraire du lieutenant des lanciers du Bengale Fas Lansdowne. Une inscription en anglais a été sculptée en bas-relief, défigurant ainsi la colonne byzantine.
Si nous savons que ce lieutenant est mort le 14 août 1917, nous n’avons trouvé aucune autre information sur lui.
Aujourd’hui, ce marbre découvert sur une dune côtière à Gaza fait partie des œuvres conservées au Musée d’art et d’histoire de Genève (le MAH) en Suisse au nom de l’Autorité Nationale Palestinienne. En 1962, la Suisse avait ratifié la Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé (cette convention de La Haye date de 1954) et c’est le MAH qui conserve les œuvres qui appartiennent à la Palestine, mais ne peuvent y retourner de crainte d’être détruite par les colons. Ce sont 529 objets que le MAH conserve pour la Palestine depuis dix-huit ans ; ces œuvres devaient être présentées dans un futur musée archéologique à Gaza, mais la construction de ce dernier n’a pas encore vu le jour – et vues les nouvelles des dernières annihilations dans la bande de Gaza où les lieux culturels ont été visés et systématiquement éliminés, il est heureux que ces quelques pièces, qui ont récemment été présentées à Paris à l’Institut du monde arabe, soient en sécurité à Genève.
Cette petite colonne de 71 cm et d’un diamètre de 22 cm a pour référence d’inventaire JKC 418. Cette pièce faisait partie de l’ancienne collection Jawdat Khoudary.

