L’exposition Le Mystère Cléopâtre, à l’Institut du monde arabe, a ouvert ses portes le 11 juin. Au 1er étage, nous pouvons découvrir l’Histoire de la reine Cléopâtre principalement grâce à des œuvres contemporaines de son règne.
Au 2ème étage, la visite se poursuit du côté des arts, avec des sculptures,
des peintures,
des livres, d’Histoire et de littérature, qui sont majoritairement injustes envers une bonne souveraine dont la bienveillance fut célébrée par les écrivains et historiens non-européens et des œuvres plus contemporaines qui rendent hommage à celle qui fut présentée comme un monstre pendant des siècles.
Cléopâtre fascine toujours et cette exposition est une magnifique occasion de remettre les pendules à l'heure à son sujet.
Le site de l'Institut nous dit :
« Des rares grandes figures féminines que compte l’histoire, Cléopâtre, la dernière souveraine d'Égypte, est la plus populaire. Autour de son personnage se sont forgées une légende noire puis une figure universelle, associant passion et mort, volupté et cruauté, richesse et guerre, politique et féminisme.
Sur quelles fondations cette légende repose-t-elle ? Comment les artistes s'en sont-ils emparés à travers les siècles ? Pourquoi fascine-t-elle encore ? Explorons ensemble le « mystère Cléopâtre »…
Depuis son suicide il y a deux mille ans, la notoriété de Cléopâtre n’a cessé que croître. Une renommée aux multiples facettes – d’autant plus surprenante que nulle biographie antique ne la fonde – qui habitent nos imaginaires dans tous les domaines de la création, et même de la consommation.
Pourquoi une telle renommée? Peintures, sculptures, estampes, manuscrits, objets archéologiques, bijoux et monnaies, costumes, projections, photographies… sont autant de réponses, à découvrir au fil d’une riche sélection d’œuvres issues du Louvre, de la Bibliothèque nationale, du château de Versailles, d’autres musées de France et d’Espagne, des États-Unis, d’Italie et de Suisse.
Que savons-nous de Cléopâtre ?
L’exposition débute par une plongée dans les découvertes historiques et archéologiques les plus récentes. Grâce aux rares sources directes – pièces de monnaie et papyrus signé de sa main –, nous mettons un visage sur le nom de Cléopâtre VII Philopator.
Cette section éclaire le contexte économique, politique et religieux d’une époque charnière, alors que le prospère royaume d’Égypte, sous protectorat romain, et sa capitale Alexandrie, centre du monde hellénistique, constituent un florissant lieu d’études, d’échanges et de commerce. Dernière souveraine de la lignée ptolémaïque, Cléopâtre mène une active politique de réformes qui enrichissent son pays. Fine stratège, elle fait régner la paix pendant les vingt années de son règne.
En 31 avant notre ère, la défaite d’Actium qui oppose la Rome d’Octave, futur empereur Auguste, et l’Égypte de Cléopâtre et Marc Antoine marque un tournant majeur dans l’histoire méditerranéenne : avec le suicide de sa reine, s’en est fini de l’indépendance de l’Égypte et des dynasties pharaoniques.
La légende
Si les auteurs arabes soulignent les qualités intellectuelles et le rôle de cheffe d’État de Cléopâtre, on doit aux écrivains romains d’avoir fondé sa légende noire, en accord avec la propagande augustéenne, en la dépeignant sous les traits d’un fatale monstrum (Horace). Dans les écrits de l’époque impériale, elle est diffamée et reléguée au second plan, n’apparaissant que dans des récits consacrés à César ou à Marc Antoine. « L’Égyptienne » incarne la luxure et la menace qu’une étrangère, femme de tête et reine tout à la fois, représentait pour un pouvoir romain misogyne. Ces sources biaisées influenceront durablement l’historiographie.
Son suicide, grâce auquel elle échappe à la capture par les Romains, fait naître la Cléopâtre immortelle : la mort héroïque d’une reine séductrice selon les auteurs de l’Antiquité, se révèle une inépuisable source d’inspiration. Enluminures, dessins, peintures, sculptures, littérature, théâtre, opéra… généralisent la légende d’une Cléopâtre tantôt inspirée de l’Ève pècheresse tantôt Orientale perverse.
Le mythe
Après Sarah Bernhardt qui l’incarne dans Cléopâtre de Victorien Sardou, la reine prend sa revanche sur les écrans, éclipsant César et Antoine. Des actrices charismatiques imposent la Cléomania au cinéma dans des productions à grand spectacle, avec leurs garde-robes somptueuses et leurs maquillages anachroniques, Theda Berra, Sofia Loren et surtout Liz Taylor dans la superproduction mythique de Joseph L. Mankiewicz de 1963.
Avec la prolifération des images, la glamourisation du star-system et la massification de la culture, elle s’invite dans tous les foyers. Objet de consommation, elle devient reine de beauté, égérie de mode ou marque de publicité. En devenant l’une des femmes les plus connues au monde, le mythe l’emporte sur les faits, entrainant une durable confusion, voire des récupérations hasardeuses, au dépend de la connaissance de la cheffe d’État historique.
L’icône
Dès la fin du XIXe siècle naît Cléopâtre, icône des luttes identitaires et émancipatrices. Cette femme forte et indépendante qui préféra mourir plutôt que se rendre est relue sous le prisme de nouveaux combats politiques. En Égypte, la reine est un emblème nationaliste de résistance face au colonialisme, affirmant l’héritage antique du pays. Aux États-Unis, elle est récupérée par la communauté africaine-américaine comme cheffe d’État africaine. Plus largement, les mouvements féministes réhabilitent son image en tant que femme de pouvoir ayant su imposer sa voix. Par-delà les siècles et les fruits de la recherche historique et académique, la figure de Cléopâtre demeure ainsi le miroir des aspirations et des fantasmes… »
