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Bête ou méchant ?

            Nous avons envisagé pendant quelques secondes de mettre cet article dans les « horreurs de l’Histoire », mais nous avons immédiatement imaginé la réaction de certains d’entre vous pensant que nous devrions déménager à Ste Anne – et ce le plus vite possible.

Un peu en liaison avec l’article précédent (pardon pour la plongée en Histoire contemporaine), il y a une pratique journalistique qui nous fait gronder dangereusement.

Que s’est-il passé ? Un message d’alerte du Washington Post (dont la qualité a fortement baissé depuis son rachat) :

Si votre anglais est fatigué, une traduction pourrait être : « Le Prince Harry et Meghan Markle devraient retourner en Angleterre, six ans après avoir quitté le pays

Selon la BBC et d’autres sources, Harry et Meghan vont s’installer dans une résidence privée, et sans lien avec la couronne, en banlieue de Londres. Leurs enfants, le prince Archie (7 ans) et la princesse Lilibet (5 ans) sont inscrits dans une école anglaise pour la prochaine rentrée de septembre. » (Notez au passage que la nouvelle est publiée dans la section Entertainment, donc Divertissement, car il ne faudrait pas parler de cette famille dans les Nouvelles).

 

            Avant d’apprendre qu’Harry (Londres, 15 septembre 1984) préfère le diminutif – historique et traditionnel – de son prénom officiel (il a été baptisé Henry Charles Albert David et utilisa le nom de Wales – de Galles – puisque son père était prince de Galles, avant d’utiliser Mountbatten-Windsor[1]), nous pensions que les journalistes se montraient un peu trop familiers. Sur ce point là, Harry est la forme souhaité par celui qui est concerné.

En revanche… son épouse, depuis leur mariage à Windsor le 19 mai 2018, n’est plus Meghan Markle (Los Angeles, 4 août 1981) ; elle est Meghan, duchesse de Sussex.

Remarquez, leur belle-sœur, Catherine – Kate – Middleton (Reading, 9 janvier 1982), épouse de William (Londres, 21 juin 1982), a eu le même problème puisqu’après son mariage le 29 avril 2011, elle devint Catherine, duchesse de Cambridge, mais que « Kate Middleton » apparaît encore çà et là. Nous n’avons pas tenté de faire des statistiques, mais il nous semble que maintenant qu’elle est princesse de Galles, du fait de la montée de son beau-père sur le trône, il est plus souvent fait référence à elle sous ce titre.

            Que ce soit Catherine, duchesse de Cambridge (aujourd’hui princesse de Galles, duchesse de Cornouailles, de Rothesay et de Cambridge et comtesse de Chester, de Strathearn et de Carrick, dame des Îles et baronne Carrickfergus) ou Meghan, duchesse de Sussex, il arrive encore après les cérémonies qui ont fait que feue le reine Élisabeth II (1926-2022) leur attribua ces titres, certains les appellent encore « Kate Middleton » et « Meghan Markle ».

            Bien… il y a ceux pour qui leurs noms de jeunes filles sont… juste des noms, parce qu’ils s’en fichent complètement, mais, ça, c’est le public, le commun des mortels. Soyons lucide, il existe aussi parmi les bipèdes de base des individus qui font penser à des poissons rouges qui n'auraient pas la lumière à tous les étages, si vous nous passez l'expression (quand on voit certaines réponses sur Internet, on est en droit de se poser des questions sur le niveau de compréhension de certains).

Il reste les médias. Médias qui ont été priés par le porte-parole de la couronne d’appeler ces jeunes femmes, désormais mariées aux princes de la couronne, Catherine, duchesse de Cambridge (plus aujourd’hui, mais à l’époque) et Meghan, duchesse de Sussex. Dans le même temps, et même si les princes William et Harry se sont retrouvés orphelin de mère à cause du harcèlement de journaleux sans scrupules, ils n’ont jamais été appelé par des termes destinés à leur rappeler leur conditions : « les petits privilégiées de la couronne », « les orphelins royaux » ou « le p’tit Billy et son frère Riton ». Pour ce qui est des médias, il y a trois possibilités : bêtes, méchants ou les deux.

Bêtes, parce qu’ils pensent que le public (c'est-à-dire nous, hein) ne peut pas comprendre qu’elles ont changé de noms après le mariage et que c’est trop compliqué de se souvenir du titre qui leur a été donné. Merci, les gratte-papiers, mais c’est loin d’être de la physique quantique.

Méchants, parce que ce sont deux roturières qui sont entrées dans la famille royale d’Angleterre et que l’une d’entre elle sera très probablement un jour reine. Quelle horreur ! Quant à la seconde… Elle est américaine, pas anglicane avant sa conversion afin de pouvoir se marier avec le fils cadet du prince de Galles, plus vieille que son mari, divorcée et… disons, pas très caucasienne. Pour les rédacteurs de journaux à poisson, il est nécessaire de lui rappeler à chaque occasion qu’elle ne fait pas vraiment partie de la famille royale et qu’elle ne sera jamais qu’un bout rapporté.

Évidemment, il y a ceux qui les rabaissent parce que leur patrons sont des monstres et qu’il ne faudrait pas qu’elles se pensent dignes d’être traitées comme des duchesses (pour ceux-là, c’est comme dans Violettes impériales : l’encre n’est pas encore sèche sur leurs titres de noblesse et elles sont nées parmi le peuple) et nous sommes bêtes à manger du foin, donc il faut continuer à utiliser leurs noms de naissance.

            Nous ne sommes fan ni de l’une, ni de l’autre, mais si nous ne disions rien, ce serait cautionner le manque de respect à leur égard et comme l’a écrit le pasteur Niemöller, si on se tait quand les autres sont attaqués, il n’y aura personne pour prendre notre défense quand des bipèdes arrogants et complètement aux fraises s’en prendront à nous.

Ce n’est pas compliqué de se souvenir du nouveau nom de deux femmes mariées. Sérieusement, si c’est trop dur, il va falloir envisager une cure de repos et des vitamines – et très vite.

Maintenant, il reste les misogynes et les jaloux. Remarquez, comme signal d’alarme à leur égard, c’est pratique.


[1] : Battenberg, mais, pendant la première guerre mondiale, il valait mieux ne pas trop rappeler aux Britanniques les origines allemandes de la famille royale, d’où la traduction en « Mountbatten ».

Madame l'Ambassadeur ou leçon de linguistique diplomatique

            Les langues évoluent – bien évidemment. De nouveaux mots sont créés ou adoptés par l’intermédiaire d’autres langues selon les besoin du temps. Bien évidemment.

            Il y a quelques semaines, l’utilisation de la forme féminine d’un mot nous a chiffonnée. Comme le suggère le titre de cet article sur un sujet d'Histoire contemporaine (désolée !), il s’agit du mot Ambassadrice utilisé à la place d’Ambassadeur dans un contexte diplomatique.

Ce n’est pas seulement le souvenir nostalgique de la série Le Mari de l’ambassadeur de 1990 basé sur le roman de Frédérique Hébrard et transformé en scénario par cette dernière, son mari, Louis Velle, et un de leurs fils, François Velle, et où un scientifique (interprété par Louis Velle) et l’Ambassadeur de France (interprétée par Diane Bellego) se rencontrent au mariage de cette dernière, tombent amoureux et passent treize épisodes à se croiser, s’avouer leur amour et finir ensemble qui nous fait utiliser le mot Ambassadeur, même pour une femme dès qu’on parle de diplomatie. Heureusement, aujourd’hui, le mari de l’Ambassadeur pourrait être un homme (peut-être pas sur certains postes chez des bizarres aux cerveaux coincés par des croyances qui n’ont plus et pas lieu d’être) ; de même qu’une Ambassadrice pourrait fort bien être mariée à une femme Ambassadeur.

            Le mot, lui-même, a évolué et évolue : la première édition de 1694 du dictionnaire de l’Académie française donne comme définition « Dame envoyée en ambassade. Une telle Dame fut envoyée Ambassadrice en Pologne.

On appelle aussi, Ambassadrice, La femme d’un Ambassadeur. » et dès 1718, on passe à « La femme d’un Ambassadeur. Il s’est dit aussi autrefois d’une Dame qui avoit esté envoyée en Ambassade avec le titre d’Ambassadrice. ». En 1835, on a « La femme d’un ambassadeur. Madame l’ambassadrice. » et « se dit aussi, figurément et familièrement, d’Une femme chargée de quelque message. Vous m’avez envoyé une jolie ambassadrice. » et la dernière édition du dictionnaire, qui date de 2024, donne comme définition « Femme d’un ambassadeur. Madame l’ambassadrice vous prie à dîner mardi. L’ambassadeur et l’ambassadrice sont attendus. Par analogie. Femme chargée d’une mission, d’un message, etc., pour un particulier. Vous m’avez envoyé une charmante ambassadrice. »

En 2002, l’Académie se déclarait encore contre la féminisation du titre d’Ambassadeur, mais en 2019, elle décida que cette féminisation était possible. Changements d’Immortels ? Évolution de la langue ? Augmentation du nombre de femmes en diplomatie ? Pression populaire ? Peur de se faire traiter de vieux croutons déconnectés du présent ? Allez savoir.

Belges et Canadiens n’ont, pendant ce temps, aucun problème de modernisation de la langue et il est probable que les Suisses francophones soient neutres sur le sujet.

            La définition d’Ambassadeur dans sa version 2024 a trois sens :

« 1.  Vieilli. Personne qui fait partie d’une mission auprès d’un État étranger. Les ambassadeurs que les Scythes envoyèrent à Darius. Les ambassadeurs revinrent sans avoir rien pu obtenir.

            Titre célèbre : Les Ambassadeurs, tableau de Holbein (1533).

2.  Chef de mission diplomatique représentant un État auprès d’un autre ou d’un organisme international. Ambassadeur ordinaire. Ambassadeur extraordinaire. L’ambassadeur de France à Rome. L’ambassadeur d’Espagne en France. La qualité, le titre d’ambassadeur. L’ambassadeur tient le rang le plus élevé dans la représentation diplomatique des États. Nommer un ambassadeur. Rappeler un ambassadeur. Recevoir un ambassadeur. Madame l’ambassadeur. Le nouvel ambassadeur est une femme énergique. Autrefois, seuls les représentants diplomatiques auprès des États les plus importants portaient le titre d’ambassadeur. Aujourd’hui tous les chefs de poste diplomatique français ont droit au titre d’ambassadeur, mais quelques-uns seulement ont la dignité d’ambassadeur de France, soit à titre personnel, soit en raison du poste qu’ils occupent.

Féminisation des noms de métiers et de fonctions

La féminisation des noms de métiers et de fonctions se développant dans l’usage, comme l’a constaté le rapport de l’Académie française rendu public le 1er mars 2019, il est à noter que la forme féminine ambassadrice se rencontre également.

3.  Par analogie. Personne chargée d’une mission délicate, d’un message, etc., pour un particulier. Vous ne pouviez envoyer un plus habile ambassadeur. »

            La langue évolue. Les femmes ont de plus en plus accès à des postes importants et les deux semblent se combiner dans l’emploi actuel de la forme féminine de la personne en charge d’une ambassade.

Notre problème est avec « semblent ».

Nous sommes persuadée qu’une grande partie de ceux qui utilisent Ambassadrice afin de parler d’une femme diplomate chargée d’Ambassade le font sans ce poser de question et simplement parce qu’ils parlent d’une femme et qu’ils utilisent la forme féminine. Point.

Il y a aussi ceux qui veulent donner autant de poids en diplomatie à Ambassadrice qu’à Ambassadeur (les Canadiens, les Belges, et sans doute d’autres).

Il faut cependant être lucide. Pour certains (minorité – ou… pas), une Ambassadrice ne pourra jamais être aussi efficace, compétente et diplomate qu’un Ambassadeur, parce que, historiquement, la charge diplomatique est confiée à un Ambassadeur – et que ce n’est que très récemment qu’il peut arriver que cette personne soit une femme. Ceux-là, drapés dans un voile pseudo-progressiste, utilisent sciemment la forme féminine afin de dévaloriser la fonction et la personne dont ils parlent. La plus grande partie des mentions qui nous ont chiffonnée étaient présentées d’une façon qui nous a fait dresser l’oreille et suspecter une misogynie latente déguisée et absolument pas assumée ; la façon dont certaines personnes (des hommes, curieusement) dénigraient une femme Ambassadeur qui venait d’être nommée et envoyée à son nouveau poste en utilisant le mot ambassadrice (le « a » minuscule n’est pas une coquille) comme si elle allait présenter des rouges à lèvres ou des boites en plastique alors qu'elle était envoyée afin de représenter son pays.

-         Vous cherchez la petite bête, penseront certains d’entre vous.

-         Mettez-vous à la page et acceptez l’évolution de la langue ! penseront d’autres.

-         Mais, non ! Certains ont peut-être été maladroits, mais c’est une victoire pour l’égalité des femmes, diront encore d’autres.

Alors, chercher la petite bête, c’est pathologique chez nous parce que nous détestons être manipulée. Nous adorons les métamorphoses des langues (dans une autre incarnation, nous sommes dramaturge et romancière), mais pas quand elles servent de béquille au maintien des injustices tout en prétendant qu’un nouveau mot (ou toute une brochette d’expressions politiquement correctes) va changer la réalité des humains ainsi désignés et nous avons justement les yeux et les oreilles assez aiguisés et entrainés pour réagir à l’emploi hypocrite de néologismes ou autre termes.

Soyons fous, pourquoi ne pas essayer « une Ambassadeur » ? Ainsi, on garde l’Histoire liée à la charge et on modernise le terme.

L'Académie française, misogyne à souhait depuis la version de 1718 de son dictionnaire, a ses fans encore de nos jours. Nous admirons réellement ceux qui utilisent sincèrement, aujourd'hui, Ambassadrice dans son sens diplomatique version 1694 (et antérieure) et nous envions profondément ceux qui féminisent le terme sans la moindre arrière-pensée... mais nous voyons ceux qui utilisent Ambassadrice parce qu'ils pensent « Mais pour qui est-ce qu'elle se prend ? Sa vraie place est d'être à la maison ou au service d'un vrai Ambassadeur - un homme, parce qu'une femme, c'est hystérique ».

En tout cas, méfiez-vous de ceux qui sont trop prompts à détourner les avancées afin d’essayer de maintenir des iniquités par des moyens tordus parce que ça les arrange. Nous en revenons toujours à la même chose : méfiez-vous et faites vos recherches (ah, oui, ça prend du temps et c’est souvent déprimant, mais c’est ça ou se transformer lentement en mougeon[1]).

Allez, cher Lecteur[2], bon courage !



[1] : Sorte de bipède mi-mouton, mi-pigeon – et sans doute re-mi-mouton derrière pour ceux qui ont la référence.

[2] : Cette forme est une conséquence de notre passage en prépas et en Sorbonne et, un jour, nous écrirons un article sur l’écriture inclusive – cette merveille de modernité qui sacrifie allègrement les dyslexiques (nous avons déjà commencé à rassembler les informations dont nous aurons besoin ; c’est le temps qui nous manque). Nous vous parlerons aussi de ce professeur qui regardait s'il avait plus d'étudiantes ou d'étudiants en face de lui et faisait ses accords grammaticaux en fonction de celles qui étaient le plus représentées.

"Happy July 2nd!" ou pourquoi il faut parfois se méfier des dates historiques

Si vous êtes lecteurs de passage, voici ce qui est arrivé : au début de l’année, l’algorithme de YouTube m’a recommandé une vidéo de Max Miller, sans doute parce que j’avais déjà croisé son travail l’année dernière et que j’ai une tendance à regarder des vidéos de cuisine et des vidéos sur l’Histoire.

Max Miller apprécie les sections historiques de The Great British Bake Off[1] (le concept a été vendu dans le monde entier ; en France, vous connaissez cette émission sous le titre Le meilleur pâtissier)  - quand l’émission était encore sur la BBC et que Mel et Sue la présentaient.

Du coup, M. Miller a commencé à s’intéresser aux recettes de cuisine historiques et à l’Histoire de la cuisine. Il avait à peine lancé sa chaine sur YouTube quand les événements de 2020 nous ont tous assignés à résidence à l’échelle mondiale. Aujourd’hui, sa chaine est un succès planétaire, il a publié un livre de recettes et il en prépare un second.

Son succès s’explique par la qualité de son travail et sa passion pour l’Histoire qu’il communique à chaque vidéo.

Le présent article est rédigé dans le seul but de vous faire connaître son travail et si vous aimez la cuisine et l’Histoire, vous allez adorer chacune de ses vidéos. Chaque semaine (il poste une nouvelle vidéo chaque mardi), il nous présente une recette dans son contexte historique.

Afin de vous le présenter, nous aurions pu choisir « Debunking the Myths of Leonardo da Vinci – Armored Turnips [Brisons les mythes sur Léonard de Vinci - Navets blindés » où il démontre qu’il faut toujours remonter à la source d’une information, sinon le risque est de répéter une erreur ou un mensonge – bref, qu’il faut toujours faire ses devoirs/recherches].

La tentation de vous le présenter avec une vidéo qui nous explique que John Adams (Quincy [Massachusetts] 30 octobre 1735 – 4 juillet 1826) détestait le 4 juillet, non pas parce qu’il était contre une fête nationale pour les colonies britanniques aux Amériques fraîchement indépendantes, mais parce qu’il considérait que cette fête aurait dû avoir lieu le 2 juillet. Allez voir « A Dish for the First 4th of July… and Why It Should Be on the 2nd [Un Plat pour le premier 4 juillet… et pourquoi ce devrait être pour le 2 juillet]

  

et faites quelques découvertes. Même si votre anglais est un peu rouillé, les sous-titres de José Mendoza, qui est le mari de M. Miller, sont absolument impeccables et vous pouvez les faire traduire par votre navigateur, donc, pas d’excuses.

Le jour de la fête nationale américaine restera le 4 juillet, mais nous postons cet article le 2 juillet – pour John Adams.

Bonne(s) vidéo(s) !

Et bonne soupe de tortue !



[1] : La majuscule est de trop si l’on suit les règles de la Modern Language Association, mais je ne vais pas me lancer dans une leçon de grammaire.

Quand l'art réinvente l'Histoire

Bien évidemment, nous n'allons pas exiger des artistes qu'ils mettent au placard leur imagination.

Les peintures de batailles sont-elles strictement fidèles à l'Histoire ? Non. Elles sont peintes bien après les faits (voire quelques siècles), elles sont une représentation idéalisée créée à la demande du vainqueur - ou d'un admirateur.

Les statues de Sainte Jeanne d'Arc sont-elles réalistes ? Non, car aucune représentation d'elle ne nous est parvenue.

La liste pourrait être plus longue que tous les catalogues de musées du monde et là n'est pas le propos.

Un phénomène curieux peut être engendré par les artistes : en imaginant une scène bien particulière d'une façon qui n'a pas grand chose à voir avec l'Histoire, il arrive que les créations de certains artistes pénètrent plus profondément l'imaginaire humain que les faits.

Des exemples ? Mais bien sûr.

Prenons Le Serment des Horaces de Jacques-Louis David (Paris, 30 août 1748 – Bruxelles, 29 décembre 1825) :


 

L'affrontement des Horaces et des Curiaces est effectivement rapporté par Tite-Live, mais cette scène sort tout droit de l'imagination de David. Cette représentation marqua tant les esprits que le geste des fils devint par la suite la représentation standard d'un salut « romain ». Pourtant, dans les écrits des auteurs latin, il n'est nullement fait mention d'un tel geste. On pourrait même se demander si certaines statues, plus ou moins anciennes, n'auraient pas inspiré David.

Un autre exemple d’œuvre d'art modifiant l'Histoire grâce à un succès culturel se trouve chez Jean-Léon Gérôme (Vesoul, 11 mai 1824 – Paris, 10 janvier 1904) avec sa toile Pollice verso (1872) :

 


Cette œuvre est à l’origine de l’idée que les Romains tournaient le pouce vers le bas afin de condamner un gladiateur à mort. Le pouce visible (pollex infestus) signifiait la mort, mais caché dans le poing fermé (pollex compressus) signifiait que le gladiateur devait être épargné. La très efficace image créée par Gérôme fut reprise par les premiers réalisateurs de péplum. L'image fut très forte dans l'imaginaire populaire ; personne ne chercha à savoir si c'était bien la pratique des Romains et le public a fait le reste.

L'influence de l'art sur la perception de l'Histoire est absolument fascinante.