« Les Chroniques de Paris » (Annonce)

            Vous avez peut-être remarqué que j’ai[1] publié moins d’articles depuis le mois d’octobre 2025.

Ce changement momentané était dû au fait que mon dernier parent a quitté ce monde et j’ai dû gérer sa succession seule – je tiens d’ailleurs à remercier ici mes voisins, mes collègues et mes étudiants qui ont été adorables dans leur soutien.

 

            Bref, la succession a été bouclée le 25 juin 2026 et je vais reprendre la rédaction d’articles sur mes sujets de recherche ou des points d’Histoire qui m’intriguent.

J’ai également décidé de créer une nouvelle série sur ce blog puisque je me retrouve la dernière dépositaire de la mémoire de ma famille[2]. Certaines histoires de famille font partie de la petite Histoire et je souhaite en laisser une trace – et certaines d’entre elles vont, je l’espère, vous intéresser (j’ai réussi à élucider quelques mystères familiaux qui sont assez curieux ; j’en ai d’autres qui risquent de rester des mystères à jamais).

            J’ai décidé d’ignorer le côté anglo-italien (York et Turin) de mon héritage parce qu’un lâche[3] ne mérite que l’oubli. Je vais donc me concentrer sur la famille de ma mère et ses branches franco-germaniques.

            Le plus vieil ancêtre direct dont je suis certaine pour l’instant (j’ai encore bien des recherches généalogiques à faire) est du côté « Parisse » (à Paris et à Maubeuge), pas du côté « Becker » (en Lorraine), mais cet ancêtre se nommait Georges de Paris.

J’ai pensé que « Les Chroniques de Paris » ferait un titre amusant, même pour les autres branches de ma famille.

J’ai prévu de partager avec vous des souvenirs (sur les guerres, sur la vie quotidienne, sur tout ce dont je me souviens des histoires racontées par ma grand-mère maternelle…). Je n’ai prévu aucun ordre et les périodes historiques seront mélangées.

            Pour fouiller le mystère « Georges de Paris », je devrai certainement me rendre aux archives municipales de Maubeuge, où il est mort en 1718 (il y avait épousé Jeanne Cambier en 1690), mais un indice trouvé dans les inventaires après succession aux Archives nationales me fait penser qu’il faisait peut-être partie d’une famille de commerçants parisiens qui aurait peut-être envoyé certains de ses fils à Maubeuge afin de protéger (un acte de baptême mentionne un « de Paris » militaire) ou travailler à la manufacture royale d’armes de Maubeuge.

            « Les Chroniques de Paris » vous ouvriront de petites fenêtres sur une famille et me permettront de laisser une trace de ces histoires dans l’Histoire.

            À bientôt pour le premier épisode…


[1] : Cette chère Sorbonne m’a appris à utiliser le « nous » neutre quand j’écris, mais cet article est très personnel, d’où le changement de ton.

[2] : Note à l’intention d’éventuels cousins (ceux que je n’ai pas vus depuis vingt-cinq ou trente ans) : je suis la seule à avoir passée toute sa vie avec notre grand-mère ; si vous avez d’autres histoires en mémoire, créez votre propre blog.

[3] : Les autres enfants de mon père ont, pour certains, leurs propres canaux Internet, mes cousins sont de fieffés imbéciles et mes géniales cousines partagent déjà ce qu’elles veulent sur la toile. Des parents britanniques sont remontés jusqu’au Moyen Âge ; je leur laisse cette branche.

On a retrouvé « L’Uomo femina »

            Dans une lettre d’information envoyée par le musée du Louvre, il était question d’un opéra qui sera présenté le samedi 5 juin 2027 à 20h dans l’Auditorium Michel Laclotte : L’Uomo femina (L’Homme femme) de Baldassare Galuppi. À l’heure où nous écrivons, ils restent encore quelques places disponibles ici.

            Le résumé/description de cette œuvre nous a intriguée : « Dans cette île mystérieuse, les femmes ont le pouvoir et font la guerre, tandis que les hommes rivalisent de coquetterie au sérail afin de leur plaire… Agnès Jaoui et Vincent Dumestre ressuscitent un opéra vénitien oublié, qui donne à réfléchir autant qu’à rire, porté par une formidable équipe de solistes parmi lesquels Eva Zaïcik et Anas Séguin. »

            Galuppi (1706-1785) était un compositeur vénitien dont le succès, à l’époque, était certain.

En 1750, il écrivit un premier opéra où les femmes avaient le pouvoir : Il mondo alla rovescia o sia le donne che comandano (Le Monde à l'envers ou les Femmes qui commandent) ; pour cet opéra, le librettiste fut Carlo Goldoni (1707-1793).

Soit ce thème, parce que la situation retourne à la normale quand le rideau tombe sur les protagonistes avec le pouvoir rendu aux hommes, plaisait au public de l’époque, soit ce thème et les possibilités qu’il offrait à Galuppi lui plaisait, car il composa L’Uomo femina, opéra burlesque en trois actes, en 1762 selon un livret de Pietro Chiari (1712-1785). Cette histoire, sur plusieurs points, nous a fait penser à certaines comédies de Shakespeare – pas seulement parce que deux membres d'une même famille se retrouvent par hasard sur cette île étrange après leur naufrage respectif.

L’intrigue est simple : sur une île dirigée par des femmes qui font penser à des Amazones, les hommes sont tout à leurs chiffons et fards afin de plaire aux dirigeantes et maîtresses du lieu. À la suite d’un naufrage, un homme et son serviteur échouent sur cette île et eux, qui viennent d’une terre où les hommes règnent sur les femmes, vont apporter ce concept sur l’île après maintes péripéties destinées à amuser et émouvoir le spectateur. La conclusion peut sembler tout ramener à la normale, à moins qu’il ne faille continuer à creuser ce thème et le message – ou pas.

Cet opéra fut créé en octobre 1762 au Teatro San Moisè de Venise. On en a une trace à Pavie en 1768… puis cette œuvre disparaît.

L’hypothèse qu’elle ait été victime des frasques napoléoniennes a été émise et semble une excellente piste.

Heureusement pour nous, il arrive que des opéras soient retrouvés (nous vous avions déjà raconté une telle histoire avec Morgiane). Ce fut le cas pour L’Uomo femina dont on découvrit un exemplaire – auquel il manque trois airs – à Lisbonne à la bibliothèque du palais national d’Ajuda en 2006.

 

            Si juin 2027vous semble trop loin, que vous ne pourrez pas assister à cette représentation ou que vous ne savez pas encore ce que vous ferez ce jour-là, ARTE Concert nous offre (en tout cas pour l’instant) la possibilité de voir et d’apprécier cette œuvre si particulière et qu'il eut été dommage d’avoir à jamais perdu :

Flash info : Reconstitution historique au château de Chantilly (19 et 20 septembre 2026)

            Si les reconstituteurs qui seront présents à Chantilly sont aussi passionnés et passionnants que ceux de « L’Amérique & Versailles », nous pourrions bien avoir un autre excellent weekend à l’horizon.

            En lien avec l’exposition sur les collections de Caroline Murat dont nous vous avons parlé, le château de Chantilly organise un Grand week-end de reconstitution historique le samedi 19 et le dimanche 20 septembre 2026.

Le site du château nous dit :

« En écho à l’exposition consacrée à Caroline Murat, sœur de Napoléon et reine de Naples, au sein de son Jeu de Paume, le Château de Chantilly propose à ses visiteurs un grand week-end de reconstitution historique les plongeant au cœur du Premier Empire.

Rencontrez Caroline et Joachim Murat, en visite à Chantilly, leur suite et leurs troupes !

Conçue comme une immersion vivante et accessible à tous, cette manifestation invite le public à déambuler librement entre les différents espaces du domaine, pour un véritable voyage dans le temps à la découverte d’un campement militaire, de scènes de vie civile et d’animations participatives, composant un parcours riche en expériences. Rassemblant près de 150 de reconstituteurs – soldats, artilleurs, danseurs et figures princières et civiles – cet événement restitue avec précision et passion la vie quotidienne au début du XIXème siècle.

Entre manœuvres des troupes et du canon, démonstrations commentées de la vie princière ou militaire, et évocations des « petits métiers », ce week-end d’exception met en lumière les savoir-faire, les pratiques et les usages de l’époque napoléonienne.

Ponctuée de moments d’échange, d’initiations et de démonstrations de danses historiques, cette immersion propose une expérience pédagogique, au plus près de l’Histoire. Le visiteur découvre ainsi un passé recréé, entre fidélité historique et esprit de fête.

 

Une immersion au cœur du premier empire

 

Le bivouac militaire et le village des petits métiers seront ouverts au public en continu de 10h00 à 17h00. Les visiteurs pourront y découvrir la vie de camp, l’artisanat et diverses animations. Des bals et démonstrations de danses d’époque viendront rythmer les festivités.

Samedi 19 septembre

10h0010h40 : Ouverture au public du bivouac militaire et du village des petits métiers – Jardin anglais.
10h40 – 11h00 : Mise en place des troupes et déplacement vers la cour d’honneur.
11h00 – 11h20 : Arrivée officielle de Leurs Majestés le roi et la reine de Naples et accueil protocolaire. Revue des troupes : présentation protocolaire et inspection officielle – Cour d’honneur du château.
11h30 – 12h00 : Animations simultanées :

  • Saynète historique par l’état-major Murat et échange avec le public — Galerie des Batailles.
  • Présentation de l’école du soldat et du peloton — Jardin anglais.

12h0012h30 : Scènes de vie au bivouac / petits métiers : présentation de la vie quotidienne et préparation des repas.
12h30 – 14h00 : Pause méridienne et maintien de la vie de camp, accessible au public.
14h00 – 14h45 : Bal historique : présentation de la Cour, ouverture du bal par Leurs Majestés le roi et la reine de Naples puis danses d’époque — Galerie de Peintures.
15h00 – 15h30 : Démonstrations militaires (zone de manœuvre) : exercices de tir, charges à la baïonnette, formation en ligne – Jardin anglais.

En parallèle – Saynète historique par l’état-major Murat et échange avec le public — Galerie des Batailles.
15h30 – 16h15 : Conférence La mode sous l’Empire — Salon du Roi.
15h45 – 16h45 : Grandes manœuvres militaires — Jardin anglais.
16h00 – 16h30 : Saynète historique par l’état-major Murat et échange avec le public — Galerie des Batailles.
17h15 – 17h45 : Revue des troupes et cérémonial des distinctions : remise de médailles, galons et chevrons d’ancienneté — Parterre de la Volière.

Dimanche 20 septembre

10h0010h40 : Ouverture au public du bivouac militaire et du village des petits métiers – Jardin anglais.
10h40 – 11h00 : Mise en place des troupes et déplacement vers la cour d’honneur.
11h00 – 11h20 : Arrivée officielle de Leurs Majestés le roi et la reine de Naples et accueil protocolaire. Revue des troupes : présentation protocolaire et inspection officielle – Cour d’honneur du château.
11h20 – 11h30 : Salve d’artillerie – Jardin anglais.
11h30 – 12h00 : Animations simultanées :

  • Saynète historique par l’état-major Murat et échange avec le public — Galerie des Batailles.
  • Présentation de l’école du soldat et du peloton — Jardin anglais.

12h00 – 12h30 : Scènes de vie au bivouac / petits métiers : présentation de la vie quotidienne et préparation des repas – Jardin anglais.
12h30 – 14h00 : Pause méridienne et maintien de la vie de camp, accessible au public.
14h00 – 14h45 : Bal historique : présentation de la Cour, ouverture du bal par Leurs Majestés le roi et la reine de Naples puis danses d’époque — Galerie de Peintures.
15h00 – 15h30 : Démonstrations militaires (zone de manœuvre) : exercices de tir, charges à la baïonnette, formation en ligne.

En parallèle -Saynète historique par l’état-major Murat et échange avec le public — Galerie des Batailles.
15h30 – 16h15 : Conférence La mode sous l’Empire, par Cristina Barreto-Lancaster, spécialiste de la mode sous l’Empire, auteure et collectionneuse — Salon du Roi.
15h45 – 16h15 : Grandes manœuvres militaires — Jardin anglais.
16h00 – 16h30 : Saynète historique par l’état-major Murat et échange avec le public — Galerie des Batailles.
16h30 – 17h00 : Revue des troupes et salut au public — Parterre de la Volière.

Informations importantes
Les horaires et le déroulé des animations sont communiqués à titre indicatif et sont susceptibles d’être modifiés en fonction des contraintes d’organisation.
En cas de conditions météorologiques défavorables ou de circonstances exceptionnelles, le Château de Chantilly se réserve le droit de modifier, reporter ou annuler tout ou partie des animations prévues, sans que cela n’ouvre droit à un remboursement.
 »

            N’oubliez pas qu’il existe un pack TER qui inclut le billet aller-retour depuis Paris-Nord ou une gare des Hauts de France et la gare de Chantilly-Gouvieux et le billet d’entrée « 1 jour » à échanger à l’entrée du château.

 

Curiosités de musée : Anne de France, duchesse de Bourbon présentée par saint Jean l’Évangéliste

Le 7 décembre 2025, nous vous avions parlé du triptyque de Moulins qui a été restauré et est exposé en ce moment, jusqu’au 31 août, dans la salle 831 de l’aile Richelieu.

Cette œuvre est absolument magnifique :


« JEAN HEY

Actif en France vers 1480-1500

Triptyque de la Vierge glorieuse, dit Triptyque de Moulins […]

Peint sur bois (chêne), vers 1498 […]

Moulins, cathédrale Notre-Dame. Œuvre classée au titre des monuments historiques en 1898. »


« VOLET GAUCHE

Pierre II de Bourbon en prière, accompagné par saint Pierre

Pierre II, couronné, est vêtu de manière quasi royale, tandis que saint Pierre, tenant les clés du paradis, apparaît en pape, pour accentuer encore le prestige du duc. Ici, Pierre II veut exprimer sa foi, mais aussi clamer sa souveraineté sur le duché de Bourbon qu’il entend léguer à sa fille Suzanne. 

Cadre fabriqué en 2025 à l’occasion de la restauration de l’œuvre. »


« PANNEAU CENTRAL

La Vierge et l’Enfant dans une gloire entourés d’anges

Alors qu’il était la plupart du temps fermé, la vue du triptyque ouvert devait susciter une émotion extraordinaire. La Vierge surgit comme une apparition dans le ciel. La couronne d’étoiles et la lune à ses pieds sont ses attributs lorsqu’elle est présentée comme l’Immaculée Conception. Pour la magnifier plus encore, Jean Hey associe la préciosité inhérente de l’or à la texture légère des cercles colorés, pour créer un halo solaire, d’où émane la lumière. »


« VOLET DROIT

Anne de France accompagnée de sainte Anne, avec sa fille Suzanne de Bourbon, en prière

La duchesse et sa fille sont agenouillées sur de riches coussins, sous une chapelle de soie. L’absence d’éléments d’architecture accentue l’impression qu’elles se trouvent dans un lieu intermédiaire entre terre et ciel. Les Bourbons apparaissent pleinement associés à la gloire de la Vierge.

Cadre fabriqué en 2025 à l’occasion de la restauration de l’œuvre. »


« VOLET DROIT (REVERS)

L’ange de l’Annonciation

La restauration a permis de comprendre que Jean Hey a plusieurs fois changé sa composition. Ainsi derrière l’ange, sous l’arc gothique, on voit le dessin d’un plafond voûté, de type Renaissance : le peintre a ensuite renoncé à ce projet. En outre, il n’a pas terminé ses grisailles, pour une raison encore inconnue : certains des anges sont juste esquissés, d’autres sont plus aboutis. »


« VOLET GAUCHE (REVERS)

La Vierge de l’Annonciation

Agenouillée dans un lieu qui évoque une église, Marie est surprise par l’ange dans sa prière ; derrière elle, la branche de lys symbolise sa pureté. La scène est surmontée d’un arc gothique, qui créait une continuité entre la peinture et l’architecture de la collégiale de Moulins où le Triptyque se trouvait. »

 

            Le triptyque est splendide et il faut vraiment prendre le temps de l’admirer, mais il faut aussi admirer les autres œuvres qui se trouvent dans la même salle.

            C’est l’une de ces œuvres qui nous a intriguée ; elle fut également peinte par le Maître de Moulins dont l’identité resta un relatif mystère jusqu’à une date assez récente (ce ne fut qu’en 2011 qu’une inscription au dos d’une toile intitulée Ecce Homo éclaira l’identité du maître). Aujourd’hui nommé Jean Hey, on sait peu de choses sur la vie de ce peintre, dessinateur et enlumineur.

Il est possible qu’il soit originaire du nord : toujours l’inscription au dos d’Ecce Homo désigne le peintre comme « teutonicus » (teuton/germanique) et comme de nombreux historiens pensent qu’il a été formé à Gand, ils pensent également qu’il était flamand… comme si aucun jeune homme n’avait jamais changé de pays afin de se former auprès d’un maître renommé (ce patronyme se trouve effectivement en Flandres, mais aussi en Alsace et pourquoi ne pas utiliser le latin « flandricus », qui existe ?).

Naissance et formation de Hey sont inconnues, mais on sait qu’il fut au service de l’archevêque de Lyon, Charles de Bourbon (1433-1488). À la mort de son protecteur, il se mit au service de Pierre II de Bourbon (1438-1503) dont l’Histoire se souvient aussi sous le nom de Pierre de Beaujeu. Pierre avait épousé Anne de France (1461-1522), fille de Louis XI (1423-1483), et ils avaient assuré la régence de 1483 à 1491 pour Charles VIII (1470-1498). Leur fille, Suzanne (1491-1521), fut duchesse de Bourbon et d’Auvergne et comtesse de la Marche.

            Situé pour l’instant à gauche du triptyque quand vous lui faites face, vous trouvez le volet gauche d’un triptyque dont le panneau central est aujourd’hui perdu ; cette huile sur bois représente Pierre II, sire de Beaujeu, duc de Bourbon, présenté par saint Pierre et elle fut réalisée vers 1492. Un fragment fut découpé dans le volet droit et ne présente plus aujourd’hui que Suzanne de Bourbon, dit enfant en prière ; il se trouve sur le même mur, juste à côté de l’œuvre qui nous intéresse : le volet droit qui représente Anne de France, dame de Beaujeu, duchesse de Bourbon présentée par saint Jean l’Évangéliste.


            Si vous regardez bien la toile, vous remarquerez des bestioles dans le calice que tient saint Jean :

Les autres visiteurs étaient tous focalisés sur le grand triptyque. Nous avons demandé à la charmante surveillante qui se trouvait dans la salle si elle savait ce que racontait cette représentation, mais nous étions toutes deux perdues.

Une réponse se trouve sur la fiche de cette toile sur le site des collections du Louvre :

« Portrait de la duchesse Anne de Beaujeu en buste, agenouillée en prière les mains jointes. Elle est présentée par saint Jean bénissant de la main droite, à la gauche un de ses attributs courants, le calice d'où s'échappent deux serpents (selon le récit miraculeux raconté par Jacques de Voragine dans la Légende dorée, dans lequel Jean se trouvant à Éphèse fut mis à l'épreuve par le grand prêtre du temple de Diane : le poison que Jean devait boire fut transformé en serpent lorsqu'il bénit sa coupe). Ils se tiennent dans une galerie ouverte sur un paysage visible par une arcade en anse de panier. »

Cette description donne une piste de recherche, mais pas la bonne réponse : Jean Hey est bien trop précis dans ses représentations de la Nature pour avoir peint des serpents aussi mal faits (regardez la bosse sur la créature centrale). Et puis, il y a trois têtes, pas deux.

Le calice représente la coupe remplie de poison donnée par le grand prêtre du temple de Diane à Éphèse. Saint Jean bénit la coupe et neutralisa le poison, mais plusieurs versions existent et dans certaines deux serpents s’échappent du calice, dans d’autres c’est un petit dragon bicéphale. Certaines versions parlent d’un serpent d’airain ou d’un dragon à trois têtes. Ici, nous avons donc un dragon à trois têtes ; c’est à la fois un symbole du Christ, un rappel du serpent d’airain de Moïse et une promesse de guérison.

Cette créature dans le calice tenu par l’Évangéliste est beaucoup plus importante et intéressante qu’il n’y paraît au premier regard.

 


Flash info : théâtre baroque à Chantilly (29 août 2026)

            Si vous avez envie de faire un saut dans le passé, vous pourrez profiter d’une pièce de théâtre à Chantilly le 29 août prochain. L’événement est décrit comme une représentation « à la bougie », mais puisque l’horaire indiqué est « 20 h » et que la pièce dure une heure et quart, l’utilisation d’éclairage à la bougie (Cf. la présentation vidéo) devrait être minimal.

 

            La représentation aura lieu dans les jardins de la Maison de Sylvie (vers l’entrée principale du château, mais non loin de l’hippodrome), sauf en cas de pluie où les organisateurs semblent avoir prévu un « plan B ».

            Le site nous dit :

« Pyrame et Thisbé, une œuvre de Théophile de Viau

Soirée théâtrale à la bougie : Pyrame et Thisbé

Dans le cadre des commémorations du 400e anniversaire de la mort de Théophile de Viau, cette célèbre pièce baroque prend vie au cœur même des jardins de la Maison de Sylvie, lieu chargé de son histoire : c’est ici, dans cette maison de Sylvie, que ce poète du début du XVIIe trouva refuge et inspiration, et qu’il donna son nom à ce pavillon en hommage à la protectrice qui l’accueillit.

Un théâtre à la bougie sous le ciel étoilé, où les mots anciens reprennent vie dans une expérience hors du temps grâce à la compagnie Oghma. La déclamation en vieux français en révèle toute la musicalité et la puissance, tandis que le spectacle déploie un jeu d’ombre et de lumière caravagesque, où visages et corps émergent de la pénombre avec une intensité saisissante.

Adaptée d’un mythe antique transmis par Ovide, la pièce raconte l’amour tragique de deux jeunes amants séparés par la haine de leurs familles. Contraints de se parler à travers une fente dans un mur, Pyrame et Thisbé bravent les interdits pour se retrouver, au prix d’un destin funeste. Dans cette œuvre emblématique du théâtre baroque, Théophile de Viau exalte la liberté, la passion et la révolte contre l’ordre imposé, jusqu’à une métamorphose finale où amour et nature se confondent.

Une tragédie intime et envoûtante, où l’amour et la liberté se murmurent à la nuit dans une atmosphère à la fois picturale et profondément vivante. Une expérience unique, dans un lieu enchanteur, mêlant déclamation baroque, costumes d’époque, beauté de la langue et performance théâtrale, à la lumière seule des bougies. »

 

Des nouvelles de Clio (bulletin #17)

Dans ce bulletin, nous vous proposons :

* Empathie a aujourd’hui une signification positive, mais pas εμπάθεια en grec moderne. L’histoire linguistique et la métamorphose de ce mot est fascinante (article en anglais).

* Dès que des envahisseurs-colonisateurs s’emparent de monuments historiques, il y a deux possibilités : ils les préservent parce qu’ils apprécient leur beauté, leur Histoire et leur importance (l’Alhambra ne fut finalement pas détruite) ou leur manque de respect finit par causer des dommages - c’est ce qui arriva à l’Acropole à cause des Turcs et des Vénitiens (article en anglais).

* Nous devrions probablement parler du talus d’Achille et non pas de son talon. Quelques archéologues – et récemment Barbara Caré – sont convaincus que nous avons un problème de linguistique avec une mauvaise interprétation d’un mot qui a évolué. L’astragale, le talus aujourd’hui, aurait été confondu avec le talon et des interprétations littéraires en hommage à Homère largement postérieures auraient contribuées à placer le point faible d’Achille dans son talon alors qu’il est plus logique que la faiblesse ait été dans son talus et ce pour deux raisons : blesser Achille au talus était l’assurance qu’il ne pourrait plus combattre car sa cheville aurait été brisée et il est plus logique que sa mère, Thétis, l’ait plongé dans le Styx en le tenant par la cheville (quelle mère prendrait le risque de lâcher son enfant en ne le tenant que par le talon ?). Si vous souhaitez en savoir plus, un article en anglais vous attend ici.

* En 1963, les archéologues de l’École française d’Athènes découvrirent une statue de l’empereur Hadrien plus grande que nature sur l’île de Thasos, où la statue se trouve toujours et où elle peut être admirée au musée archéologique local (article en anglais).

Découverte de la statue. Photo : École française d’Athènes.

* Comme nous l’avions mentionné dans le bulletin #13, le pain était très important en Grèce. Si vous souhaitez tenter l’expérience à la maison, un article vous propose une histoire de pain et une recette en vidéo à la sauce reconstitution archéologique ou en version rapide (en anglais).

* Sara Corning fut une femme extraordinaire. Cette Canadienne devint infirmière, rejoignit la Croix rouge et contribua à sauver des milliers d’orphelins lors du génocide gréco-arménien après la Grande guerre. Elle aida à la fondation d’orphelinats en Grèce, en géra un elle-même et adopta même certains des enfants. Un article (en anglais) lui est consacré ici.

* En parlant de femme intéressante, Anne Comnène (1083-1153 ?) nous a laissé l’Aléxiade, long poème qui fait figure de chronique de son époque. Ce texte est si riche en détails historiques qu’il sert encore aux historiens d’aujourd’hui. Certes, la princesse byzantine fut privilégiée, mais son histoire montre ce qui arrive quand l’éducation des filles n’est pas négligée (article en anglais).

* En Grèce, le klérotèriôn était un appareil qui permettait de désigner, par tirage au sort, les citoyens d’Athènes qui siégeraient à l’Héliée (le tribunal situé sur l’Agora) et la Boulê (l’assemblée chargée des lois). Cet appareil garantissait que le choix n’était pas truqué. Nos politocards (poly-tocards ?[1]) auraient bien trop peur de faire de même ; en allant même plus loin, on pourrait se demander si certains postes officiels ne seraient pas mieux pourvus si on utilisait un tel système (article en anglais).


[1] : Si, si, c’est mérité.

Flash info : nouvelles du musée de Cluny

            Le musée de Cluny a un nouveau site Internet qui a de nouvelles pages thématiques :

* « Parcours de visite » 

* « Á faire à la maison » (Coloriages, Broderie médiévale ou Recettes médiévales)

* « Les podcasts du musée de Cluny »

* « Dossiers thématiques » (Cartes blanches aux chercheurs, Des clés pour comprendre le Moyen Âge, Ensembles architecturaux, L’iconographie chrétienne, Pour approfondir)

Bonne exploration ! Si nous disparaissons sur la page des recettes médiévales, que personne ne s’étonne…