En 1890, elle résidait au 34, rue Notre-Dame des Champs à
Paris et participa avec une gravure de paysage à l’exposition internationale de
blanc & noir.
En 1892, elle fut remarquée au salon des Champs-Élysées.
Les journaux de l’époque, qui avaient tendance à se partager les informations,
écrivirent : « Mlle Rose Maireau, d’Étrœung
expose une gravure remarquable : le Matin au bord du Doubs d’après le
beau tableau de Rapin ».
Le 28 mai
1893, elle obtint une mention honorable au salon des
Champs-Élysées, où elle avait exposé un portrait et un paysage.
Le 28 mai
1897, elle perdit celui qui avait été son inspiration, son mentor,
son compagnon et son patient (n’oublions pas qu’il avait quarante-neuf ans de
plus qu’elle) : le peintre François Louis Français.
Elle fut nommée officier d’Académie par le ministre de l’instruction
publique en février 1898.
Le 18
juin 1899, à la clinique Bonjour de Lausanne, à 20h15, elle donna naissance à son fils, Jean Maurice
Henry. Sur l’acte de naissance, elle est désignée comme « rentière »
et Jean était de père inconnu.
À l’exposition universelle de 1900, elle obtint une
médaille de bronze.
Le 17
janvier 1901, le conseil municipal de la ville de Paris publia dans
son bulletin qu’une commande avait été passée auprès de Maireau en 1900 pour
1800 francs d’une gravure du panneau de paysage de M. Guillemet décorant l’Hôtel
de Ville et représentant « la Fontaine Médicis ».
En 1908, son travail figura dans l’album publié par la
Société septentrionale de gravure. En juin, elle fit don d’estampes au Palais
des Beaux-arts de la ville de Paris (Petit palais) à l’occasion de l’ouverture
d’une nouvelle salle.
Le 22
juin 1909, l’Union Valenciennoise à Paris organisa un « banquet
Harpignies » pour les 90 ans du maître (l’événement fut rapporté dans le
journal L’Impartial du Nord) : « Parmi les convives se
trouvait le célèbre paysagiste Antoine Guillemet, qui a été prié de dire quelques
mots au nom des amis et admirateurs du Maître. Voici à peu près l’improvisation
si chaudement accueillie de M. Guillemet. Au nom de la grande admiration et de
la profonde affection que je porte à notre cher doyen le Maître Harpignies, je
lève mon verre en l’honneur de ses 90 printemps qui seront suivis de beaucoup d’autres,
j’en ai l’intime conviction. Nous l’aimons et l’admirons, car il est de la
grande race des maîtres de 1830 qui portent dans le monde le renom de la
glorieuse école des paysagistes. Gloire donc à lui ! Je joins un autre toast à
celui-ci. Je bois à Mlle Rose Maireau qui
entoure le Maître de tant de soins et d’attentions affectueuses ; elle est
vraiment la bonne fée du logis, le Maître ne me contredira pas. ».
En 1910, son travail fit partie des dons au Palais des
Beaux-Arts (Petit Palais).
Elle fut présente au Salon des artistes français en 1911.
Le 1er mars 1912, elle accompagna Harpignies à l’inauguration
de l’exposition d’Henri Coulon, élève d’Harpignies, à la galerie Haussmann, rue
de la Boëtie.
D’après La Riviera et les artistes de Pierre Borel,
publié en 1922, Harpignies résidait à Menton « où sa verte vieillesse
était jalousement veillée par sa compagne dévouée, Mlle Rose Maireau ». L’importance
de Maireau dans la vie d’Harpignies est aussi mentionnée par Léonce Bénédite
dans son ouvrage Nos maîtres : notre art. J.-F. Millet, G. Courbet, Paul
Huet, Les grands paysagistes au Louvre, Harpignies publié en 1922-1923 : « Il y aurait de l’ingratitude
à ne pas rappeler, dans la biographie du grand paysagiste, le rôle tenu par
Mlle Rose Maireau. Artiste elle-même, élève
de Gaillard et de Burney, comme elle gravait une peinture du maître, elle le
trouva, à son âge, si désemparé et si près d’être odieusement circonvenu, qu’elle
n’hésita pas à se consacrer à lui. Elle le comprit dans tous ses goûts, de
peinture ou de musique, et lui fit une fin d’existence digne et bien remplie. »
Le 28
août 1916, Maireau perdait Harpignies. Ce dernier lui légua son
manuscrit autobiographique.
Dans
le Compte-rendu des travaux de la société des artistes français aux
pages 447 à 452 se trouvent les discours qui furent prononcés aux obsèques
d’Harpignies et qui prirent tous soin de rendre hommage à Maireau :
« Henri
HARPIGNIES
28 juillet 1819 — 29 août 1916
Les obsèques de M. Harpignies (Henri), membre fondateur de
la Société des Artistes français, du Comité et du jury de peinture du Salon,
grand officier de la Légion d’honneur, ont été célébrées le jeudi 31 août 1916, à Saint-Privé
(Yonne).
Au cimetière de Saint-Privé, où a eu lieu l’inhumation,
les discours suivants ont été prononcés
:
Discours prononcé par le Sous-Préfet de Joigny
au nom du Gouvernement
MESDAMES, MESSIEURS,
M.
Painlevé, ministre de l’Instruction et des Beaux-Arts, m’a chargé, en l’absence
de M. le Préfet, de l’insigne honneur de représenter le Gouvernement de la
République aux obsèques du grand paysagiste Harpignies.
Je n’aurais
jamais pu penser, dans le cours de ma carrière administrative, être appelé à
recevoir une si haute et douloureuse mission.
C’est
donc avec une profonde émotion qu’au nom du Gouvernement, en même temps qu’au
nom de M. le Préfet de l’Yonne, qu’une indisposition empêche, à son plus vif
regret, de présider cette cérémonie, que je m’incline respectueusement devant
la dépouille de l’illustre maître, une des gloires du génie français.
Cette
émotion, j’en suis sûr, sera partagée par tous les amis, par tous les
admirateurs du .grand artiste et du philanthrope.
Les
privilégiés qui furent admis dans l’intimité des dernières années de son
existence ont pu apprécier, comme moi, les ressources inépuisables de son cœur,
et sa petite commune de Saint-Privé, où il aimait à venir se reposer quelques
mois chaque année, n’oubliera jamais sa bonhomie souriante, sa main toujours
prête à donner. Nombreux les déshérités qui gravissaient dignement les quelques
marches qui partent de la vieille église et qui conduisent à la « Tremellerie
», ce petit Élysée d’où on ne redescendait jamais les mains vides !
C’est qu’en
effet Harpignies, qui avait connu toutes les peines, toutes les misères de ce
monde, comme toutes les joies, aurait voulu que son cœur fût assez grand pour
soulager toutes les infortunes.
Mon rôle
d’administrateur ne m’autorise qu’à rendre un juste et fidèle hommage à mon
illustre administré et je ne me permettrai pas d’esquisser brièvement la vie
pleine de labeur du maître, en laissant à plus autorisé que moi le soin de nous
révéler toute la puissance de l’œuvre qu’il a laissée à son pays.
Henri-Joseph
Harpignies, grand-officier de la Légion d’honneur, était né à Valenciennes le 24 juillet 1819 ; il s’est
éteint dans sa quatre-vingt-dix-septième année, lundi soir, entouré de soins,
que la Providence seule, à chaque instant de sa vieillesse, eût été capable de
lui donner.
Ce n’est
que vers l’âge de vingt-cinq ans et malgré l’opposition de ses parents, qu’il
vint à Paris, entraîné par l’irrésistible vocation ; il avait trente-quatre ans
quand il se fit remarquer pour la première fois au Salon de 1853 et c’est avec
le Soir dans la campagne de Rome, qu’il avait rapporté d’Italie, qu’il
reçut sa première récompense. Nombreux furent les paysages du Centre de la
France, du Loiret et particulièrement de la Puisaye, cette partie boisée de l’Yonne,
qui le séduisirent.
Poète
réaliste de la nature, toujours égal à lui-même, Harpignies obtint toutes les
récompenses dues à sa maîtrise ; médaille d’honneur à 78 ans, grand-prix des
Artistes Français à 81 ans. L’œuvre toujours vivante d’Harpignies entre, avec
lui, dans la postérité.
La France perd un de ses meilleurs et de ses plus brillants enfants; il
disparaît à l’heure de la délivrance qui va bientôt sonner pour sa ville
natale, mais qu’il n’aura pas eu la joie de revoir.
Que la
famille d’Harpignies, que la toute digne Mademoiselle Rose Maireau, qui dirigeait avec un dévouement
inlassable les derniers pas de l’illustre vieillard, reçoivent ici l’hommage de
nos condoléances attristées.
Discours de M. Bénédite
Conservateur du Musée du Luxembourg
au nom de l’Administration des Beaux-Arts
MESSIEURS,
Ce n’est
pas l’heure de faire de longs discours ni de retracer le tableau de cette
admirable existence quasi séculaire d’artiste. Un jour viendra, un jour
prochain sans doute, alors que la Patrie, sortie du lourd cauchemar qui pèse
sur tous les peuples, sous le soleil- de la victoire que notre illustre et
vénéré ami n’aura pas eu la dernière joie de voir luire, alors que la Patrie
aura repris son activité féconde dans son labeur pacifique, un jour viendra,
nous l’espérons, où il nous sera permis de recueillir, en une inoubliable
leçon, par la voix unanime
des principaux chefs-d’œuvre du maître, le témoignage le plus imposant de ce
noble et fervent génie naturaliste. Nous en formulons le vœu devant celle qui
fut la compagne, au dévouement inlassable, à la pitié toute filiale, de ses
dernières années et qui veut se vouer désormais à la gloire, comme elle s’est
vouée au bonheur du grand artiste.
Mais, j’ai
du moins le devoir de porter ici, à la dépouille d’un maître qui était hier le
doyen de l’École et qui est un de ceux qui l’ont le plus hautement honorée, le
salut respectueux et l’hommage reconnaissant du Sous-Secrétaire d’État des
Beaux-Arts, au nom du Gouvernement de la République.
Et j’ai
ainsi l’honneur particulier et la triste satisfaction de venir moi-même
apporter mon adieu profondément ému et mon souvenir, qui demeurera plein de
gratitude, au grand artiste et en môme temps à l’homme bon, sensible et
indulgent qui voulait bien honorer de sa bienveillance tous les jeunes amis et
admirateurs que lui attiraient la beauté grandiose de
son œuvre et la jeunesse éternelle de son esprit et de son cœur.
Car c’est
là un phénomène extraordinaire de cette exceptionnelle nature que ce don
perpétuel de sensibilité, d’émotion, de jeunesse en un mot, qui marque sa vie
jusqu’à son dernier jour. Qu’il est beau et réconfortant le mot de cet
agonisant presque centenaire qui bénit la vie « parce que la vie est si
belle et aussi qu’il y aurait encore tant à dire d’elle ! »
Ce
splendide et viril optimisme se marque dans l’œuvre du maître ; elle ignore les tristesses moroses et les mélancolies ; elle est mâle,
puissante et vigoureuse et s’élève avec majesté comme les beaux chênes aux bras
tordus de ses paysages sur les grands ciels mouvementés. Harpignies est en ce
sens l’héritier-direct de son maître de prédilection, de Corot, avec moins de
sérénité attendrie et de volupté païenne sans doute, mais avec une allégresse
robuste, une ampleur magistrale, tout l’éclat de la nature dans sa force et sa
richesse. Ce grand mélomane avait compris, lui aussi, la valeur mélodique d’une
belle ligne d’horizon, d’une noble silhouette d’arbres sur l’accompagnement
lumineux du ciel.
Harpignies
est, par le style, la noblesse, l’héritier de Corot, comme il est le
continuateur de la grande tradition française. Il est, lui aussi, un classique
par excellence, un classique dans tout ce que ce terme a de grand et signifie
de traditionnel, de permanent, nous dirions d’éternel.
Je salue
donc avec regret, avec admiration et aussi avec une profonde gratitude émue la
mémoire de ce grand paysagiste, qui demeurera toujours vivante et je reporte
avec vous ma pensée émue vers eux, et vers celle surtout que cette séparation
cruelle met en deuil.
Discours de M. Léon Bonnat
Membre de l’Institut,
Directeur de l’École nationale supérieure des
Beaux-Arts
MESSIEURS,
Un grand
peintre vient de mourir.
Harpignies
n’est plus. Le « Vieux Chêne », comme nous l’appelions familièrement, vient de
tomber à l’âge de 97 ans. Nous nous faisons une fête de célébrer son
centenaire. Sa robuste constitution, sa puissante vieillesse nous faisaient
espérer le voir atteindre cet âge avancé. La fatalité nous a enlevé cette joie.
Il a
travaillé jusqu’au dernier jour, et ses œuvres, toujours empreintes de sa forte
originalité, ne sont pas inférieures à celles de sa jeunesse et de son âge mûr.
En lui s’éteint un des représentants les plus glorieux de cette pléiade
admirable de paysagistes qui a jeté tant d’éclat sur l’École Française.
Harpignies
était non seulement un grand peintre et le Maître le plus dévoué à ses élèves,
c’était aussi un fidèle ami dont celui qui écrit ces lignes a pu, pendant près
de soixante ans, apprécier le charme. D’un caractère entier, comme son art vigoureux, il
avait le sentiment de sa valeur, et, parfois, ne ménageait-il pas des coups de
boutoir à ceux qui ne partageaient pas ses avis ; mais il tempérait souvent ces
duretés parades douceurs de langage, des intonations de voix d’une grâce
infinie.
Il était
passionné de musique et jusqu’au terme de sa longue existence il à su s’entourer
d’une élite de jeunes musiciennes, auxquelles il se plaisait parfois à s’associer
pour interpréter les grands maîtres qui le ravissaient, « ses Dieux »,
disait-il.
En somme,
Harpignies a eu une vie admirable de travail et de succès, dont les dernières
années ont été entourées des soins les plus intelligents, les plus dévoués d’une
compagne à. laquelle, au nom de tous, je me fais un devoir d’adresser ici les remerciements chaleureux qu’elle a si bien mérités. »
Rose Maireau mourut le 7 novembre 1923 à Saint-Privé. Elle fut enterrée
dans le même caveau qu’Harpignies (elle avait organisé ses obsèques), mais son
nom ne figure pas sur la tombe – soit la configuration de la pierre ne se
prêtait pas à l’ajout de son nom, soit les fonds manquaient afin qu’un graveur
la mentionne.
En 1925, Jean Maireau s’était installé sur la plus
méridionale des Îles Australes, Rapa, qu’on appelle parfois « Rapa
Iti », la « petite Rapa », afin de la différencier de sa voisine
Rapa Nui, aussi connue sous le nom d’île de Pâques. Le 16 décembre de cette
année-là, il épousa Murena Nounou Angia.
Nous
avons trouvé une référence à une enfant, Rose Maireau, qui était boursière en
1939.
Rapa
est une fascinante île volcanique d’à peine 40 km² avec deux villages :
Ahurei et Area. L’île est si loin de tout que seul un cargo la ravitaille quatre
à cinq fois par an. Jean était chef de postes à Ahurei quand il mourut le 7 février 1943 à 19h.
Il y a peut-être toujours des
descendants de Rose Maireau à Rapa ; un troisième épisode n’est donc pas
impossible… si nous arrivons à avoir accès aux archives des Îles Australes (ce
qui est plus compliqué qu’il n’y paraît).