Les langues évoluent – bien évidemment.
De nouveaux mots sont créés ou adoptés par l’intermédiaire d’autres langues
selon les besoin du temps. Bien évidemment.
Il y a quelques semaines, l’utilisation
de la forme féminine d’un mot nous a chiffonnée. Comme le suggère le titre de
cet article sur un sujet d'Histoire contemporaine (désolée !), il s’agit du mot Ambassadrice utilisé à la place d’Ambassadeur
dans un contexte diplomatique.
Ce n’est
pas seulement le souvenir nostalgique de la série Le Mari de l’ambassadeur de
1990 basé sur le roman de Frédérique Hébrard et transformé en scénario par
cette dernière, son mari, Louis Velle, et un de leurs fils, François Velle, et
où un scientifique (interprété par Louis Velle) et l’Ambassadeur de France (interprétée
par Diane Bellego) se rencontrent au mariage de cette dernière, tombent
amoureux et passent treize épisodes à se croiser, s’avouer leur amour et finir
ensemble qui nous fait utiliser le mot Ambassadeur, même pour une femme
dès qu’on parle de diplomatie. Heureusement, aujourd’hui, le mari de l’Ambassadeur
pourrait être un homme (peut-être pas sur certains postes chez des bizarres aux
cerveaux coincés par des croyances qui n’ont plus et pas lieu d’être) ; de
même qu’une Ambassadrice pourrait fort bien être mariée à une femme Ambassadeur.
Le mot, lui-même, a évolué et évolue :
la première édition de 1694 du dictionnaire de l’Académie française donne comme définition « Dame envoyée en ambassade. Une telle Dame
fut envoyée Ambassadrice en Pologne.
On
appelle aussi, Ambassadrice, La femme d’un
Ambassadeur. » et dès 1718,
on passe à « La femme d’un Ambassadeur. Il s’est
dit aussi autrefois d’une Dame qui avoit esté envoyée en Ambassade avec le
titre d’Ambassadrice. ». En 1835,
on a « La femme d’un ambassadeur. Madame l’ambassadrice. » et « se dit aussi,
figurément et familièrement, d’Une femme chargée de quelque message. Vous m’avez envoyé une jolie ambassadrice. » et la
dernière édition du dictionnaire, qui date de 2024,
donne comme définition « Femme d’un ambassadeur. Madame l’ambassadrice vous prie à dîner mardi. L’ambassadeur et l’ambassadrice sont attendus. Par analogie. Femme chargée d’une mission, d’un message, etc., pour un
particulier. Vous m’avez envoyé une charmante
ambassadrice. »
En 2002,
l’Académie se déclarait encore contre la féminisation du titre d’Ambassadeur,
mais en 2019, elle décida que cette féminisation était possible. Changements d’Immortels ?
Évolution de la langue ? Augmentation du nombre de femmes en diplomatie ?
Pression populaire ? Peur de se faire traiter de vieux croutons déconnectés
du présent ? Allez savoir.
Belges
et Canadiens n’ont, pendant ce temps, aucun problème de modernisation de la langue
et il est probable que les Suisses francophones soient neutres sur le sujet.
La définition d’Ambassadeur dans sa
version 2024 a trois sens :
« 1. Vieilli. Personne qui fait partie d’une mission auprès d’un État étranger.
Les ambassadeurs que les Scythes envoyèrent à Darius.
Les ambassadeurs revinrent sans avoir rien pu obtenir.
Titre célèbre : Les
Ambassadeurs, tableau de Holbein (1533).
2. Chef de mission diplomatique
représentant un État auprès d’un autre ou d’un organisme international. Ambassadeur ordinaire. Ambassadeur
extraordinaire. L’ambassadeur de France à Rome. L’ambassadeur d’Espagne en France. La qualité,
le titre d’ambassadeur. L’ambassadeur tient le rang le
plus élevé dans la représentation diplomatique des États. Nommer un ambassadeur. Rappeler un
ambassadeur. Recevoir un ambassadeur. Madame l’ambassadeur. Le nouvel ambassadeur est une femme
énergique. Autrefois,
seuls les représentants diplomatiques auprès des États les plus importants
portaient le titre d’ambassadeur. Aujourd’hui tous les
chefs de poste diplomatique français ont droit au titre d’ambassadeur, mais
quelques-uns seulement ont la dignité d’ambassadeur de France, soit à titre
personnel, soit en raison du poste qu’ils occupent.
Féminisation des noms de métiers et de
fonctions
La féminisation des noms de métiers et de fonctions se
développant dans l’usage, comme l’a constaté le rapport
de l’Académie française rendu public le 1er mars 2019, il est à
noter que la forme féminine ambassadrice se
rencontre également.
3. Par analogie. Personne chargée d’une mission délicate, d’un message, etc., pour un
particulier. Vous ne pouviez envoyer un plus habile
ambassadeur. »
La langue évolue. Les femmes ont de
plus en plus accès à des postes importants et les deux semblent se combiner
dans l’emploi actuel de la forme féminine de la personne en charge d’une
ambassade.
Notre
problème est avec « semblent ».
Nous
sommes persuadée qu’une grande partie de ceux qui utilisent Ambassadrice
afin de parler d’une femme diplomate chargée d’Ambassade le font sans ce poser
de question et simplement parce qu’ils parlent d’une femme et qu’ils utilisent
la forme féminine. Point.
Il y
a aussi ceux qui veulent donner autant de poids en diplomatie à Ambassadrice
qu’à Ambassadeur (les Canadiens, les Belges, et sans doute d’autres).
Il faut
cependant être lucide. Pour certains (minorité – ou… pas), une Ambassadrice
ne pourra jamais être aussi efficace, compétente et diplomate qu’un
Ambassadeur, parce que, historiquement, la charge diplomatique est
confiée à un Ambassadeur – et que ce n’est que très récemment qu’il peut arriver que cette personne soit une
femme. Ceux-là, drapés dans un voile pseudo-progressiste, utilisent sciemment
la forme féminine afin de dévaloriser la fonction et la personne dont ils
parlent. La plus grande partie des mentions qui nous ont chiffonnée étaient
présentées d’une façon qui nous a fait dresser l’oreille et suspecter une
misogynie latente déguisée et absolument pas assumée ; la façon dont
certaines personnes (des hommes, curieusement) dénigraient une femme
Ambassadeur qui venait d’être nommée et envoyée à son nouveau poste en
utilisant le mot ambassadrice (le « a » minuscule n’est pas une
coquille) comme si elle allait présenter des rouges à lèvres ou des boites en
plastique alors qu'elle était envoyée afin de représenter son pays.
-
Vous cherchez la petite bête,
penseront certains d’entre vous.
-
Mettez-vous à la page et acceptez
l’évolution de la langue ! penseront d’autres.
-
Mais, non ! Certains ont
peut-être été maladroits, mais c’est une victoire pour l’égalité des femmes,
diront encore d’autres.
Alors,
chercher la petite bête, c’est pathologique chez nous parce que nous détestons être
manipulée. Nous adorons les métamorphoses des langues (dans une autre incarnation, nous sommes dramaturge et romancière), mais pas quand elles servent de béquille au
maintien des injustices tout en prétendant qu’un nouveau mot (ou toute une
brochette d’expressions politiquement correctes) va changer la réalité des
humains ainsi désignés et nous avons justement les yeux et les oreilles assez
aiguisés et entrainés pour réagir à l’emploi hypocrite de néologismes ou autre
termes.
Soyons fous, pourquoi ne pas essayer « une
Ambassadeur » ? Ainsi, on garde l’Histoire liée à la charge et on
modernise le terme.
L'Académie française, misogyne à souhait depuis la version de 1718 de son dictionnaire, a ses fans encore de nos jours. Nous admirons réellement ceux qui utilisent sincèrement, aujourd'hui, Ambassadrice dans son sens diplomatique version 1694 (et antérieure) et nous envions profondément ceux qui féminisent le terme sans la moindre arrière-pensée... mais nous voyons ceux qui utilisent Ambassadrice parce qu'ils pensent « Mais pour qui est-ce qu'elle se prend ? Sa vraie place est d'être à la maison ou au service d'un vrai Ambassadeur - un homme, parce qu'une femme, c'est hystérique ».
En tout
cas, méfiez-vous de ceux qui sont trop prompts à détourner les avancées afin d’essayer
de maintenir des iniquités par des moyens tordus parce que ça les arrange. Nous
en revenons toujours à la même chose : méfiez-vous et faites vos
recherches (ah, oui, ça prend du temps et c’est souvent déprimant, mais c’est
ça ou se transformer lentement en mougeon).
Allez,
cher Lecteur,
bon courage !