Les horreurs de l'Histoire : La solidarité des peuples colonisés

            Les peuples opprimés, les peuples colonisés, se serrent les coudes, même quand leur propre situation est bien sombre. Cette empathie, cette solidarité, cet amour sont et resteront toujours un mystère pour les oppresseurs et les colons.

 

            En 1795, l’Espagne céda aux États-Unis des territoires et parmi ces terres se trouvaient les terres de la Nation Choctaw ou Chactas – incidemment, « Choctaw » est l’anglicisation incorrecte de leur nom : « Chahta » (ce nom serait celui d’un ancien chef ou le résultat de la compression de la phrase « hvcha hattak » qui signifie « peuple du fleuve », ce qui ferait de leur nom une référence géographique quant à d’anciennes cités de ce peuple).

Ce peuple natif des états que les colons ont appelé Louisiane, Mississippi et Alabama était réparti en plusieurs groupes ; les Espagnols les rencontrèrent au XVIe siècle, les Français au siècle suivant (notamment en Louisiane).

Tandis que ce peuple avait soutenu les colons britanniques dans leur guerre d’indépendance quand ils en eurent assez de payer des impôts au roi d’Angleterre sans pour autant avoir des représentants au Parlement de Londres pour défendre leurs intérêts, ainsi que dans d’autres conflits, les Choctaws furent arrachés à leurs terres de 1831 à 1833. Paradoxalement, en vertu du Traité de Dancing Rabbit Creek de 1830, ceux qui décidèrent de rester au Mississippi furent considérés comme simples citoyens américains.

Afin de donner les terres des natifs à des colons, une grande partie de la Nation Choctaw, environ quinze mille âmes, fut déportée, à pied, en Oklahoma ; ce fut la « piste des larmes » (1/6 d’entre eux mourut en route). Dans le traité de 1830, la Nation avait accepté de partir pour des nouvelles terres à l’ouest, mais pas dans les conditions atroces que les soldats leur firent subir.

La déportation en Oklahoma fut terrible. L’installation sur les nouvelles terres maintint la Nation dans la pauvreté.

 

            En parallèle, l’Irlande fut réduite par l’Angleterre au statut de simple colonie en 1801. Les natifs, gaéliques et catholiques, n’avaient pratiquement aucun droit face aux colons protestants.

La situation des Irlandais s’était déjà dégradée en 1649 quand Oliver Cromwell (1599-1658) avait mis en place des lois systématiquement en défaveur des catholiques à la suite de leur tentative de révolte contre le pouvoir anglais.

Si Antoine Parmentier (1737-1813) eut une excellente idée en arrivant à faire adopter la pomme de terre aux Européens, il n’aurait pu imaginer comment ce légume allait permettre une explosion de la population – malgré le fait que les terres qui avaient été morcelées jusqu’à être de ridicules parcelles (en effet, à cause de Cromwell, tous les fils d’une famille héritaient d’une parcelle des terres du père et plus seulement l’aîné, ce qui causa bien des problèmes) et ce que l’arrivée du mildiou en Irlande allait causer comme tragédie.

À partir de 1845, le mildiou attaqua les récoltes irlandaises. Les propriétaires terriens anglais continuèrent à exporter le peu qui était produit. Trois des quatre récoltes suivantes furent catastrophiques et Sir Charles Trevelyan (1807-1886) minimisa les conséquences des mauvaises récoltes sur la population – il contribua à lui seul à l’exil de deux millions d’Irlandais et la mort d’un million d’entre eux.

L’exil des Irlandais fit se poser des questions au monde et on commença à parler de la famine en Irlande.

            Quand les membres de la Nation Choctaw apprirent ce qui se passait – et malgré leur situation qui n’était guère reluisante – ils firent une collecte pour les Irlandais et, en 1847, ils envoyèrent 170 $. Cette somme correspond environ à cinq mille dollars aujourd’hui, mais il s’agissait d’une somme énorme à l’époque.

 

            Le geste de solidarité de la Nation Choctaw aurait pu s’arrêter à ce don de 1847, mais les peuples opprimés se soutiennent. Aussi, ils se souviennent de la main tendue et de l’aide apportée.

En 1990, des chefs de la Nation Choctaw se rendirent en Irlande, dans le comté de Mayo, afin de participer à la commémoration de la marche de 1848 où les Irlandais allèrent voir leurs propriétaires terriens.

En 1992, des représentants irlandais rendirent visite aux membres de la Nation Choctaw qui se préparaient à commémorer la piste des larmes. La même année, une plaque commémorative rappelant le don des Choctaws fut installée à Mansion House, résidence officielle du Lord maire de Dublin depuis 1715.

Les représentants politiques des deux nations se rendent régulièrement visite pour diverses commémorations et l’échange de cadeaux culturels. Le Taoiseach Leo Varadkar a même déclaré que le lien entre la Nation Choctaw et le peuple irlandais n’est pas qu’un souvenir sacré, mais un lien sacré qui lie ces deux peuples pour l’éternité.

En 2017, la statue Kindred Spirits d’Alex Pentek fut installée dans le parc Bailick à Midleton dans le comté de Cork en Irlande. Neuf plumes d’aigle en métal de plus de six mètres sont en cercle autour d’un bol vide.

En 2024, Samuel Stitt de la Nation Choctaw créa Eternal Heart, une sorte de nœud celtique sans début ni fin. L’œuvre est installée sur le terrain du Capitol Choctaw à Tuskahoma en Oklahoma.


            Cette solidarité n’est pas limitée à deux peuples.

La Nation Cherokee, dont la situation n’était pas meilleure que celle de la Nation Choctaw, avait aussi envoyée 200 $ aux Irlandais au moment de la famine.

En 2020, alors que la Nation Navajo et la Nation Hopi souffraient particulièrement à cause de la pandémie, l’Irlande lança une campagne de levée de fonds en leur faveur qui récolta plus de quatre millions de dollars. En juillet 2025, les Nations Navajo et Hopi ont remercié les Irlandais, ce qui montre que des liens se tissent entre ces peuples.

En septembre 2020, l’équipe nationale d’Irlande de lacrosse donna sa place au championnat du monde à l’équipe « Iroquois Nationals », composée de Mohawk, Onondaga, Oneida, Cayuga, Seneca et Tuscarona parce que les organisateurs ne reconnaissaient pas leur équipe comme étant celle d’une nation souveraine.

En octobre 2025, la nouvelle présidente d’Irlande, Catherine Connolly, défend toujours le peuple palestinien en rappelant que la Palestine est occupée depuis des décennies et fait ainsi écho aux démarches officielles de l’Afrique du Sud en aide à la Palestine.

 

            Les peuples opprimés se reconnaissent et se soutiennent.

 

Sources :

https://www.choctawnation.com/about/history/irish-connection

https://www.choctawnation.com/news/news-releases/choctaw-nation-unveils-eternal-heart-sculpture/

https://en.wikipedia.org/wiki/Native_American_and_Irish_interactions

https://en.wikipedia.org/wiki/Choctaw

https://en.wikipedia.org/wiki/Trail_of_Tears

https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_famine_irlandaise

Des nouvelles de Clio (Bulletin #9)

Dans ce bulletin, nous vous proposons :

* Une nouvelle fois, archéologues et scientifiques ont collaboré afin d’essayer de recréer des senteurs du passé (article en anglais).

* Un entretien avec le professeur Stephen Tuck nous donne un aperçu de ses recherches sur les habitants de Pompéi qui ont réussi à fuir avant que la ville ne disparaisse sous les cendres. Il a écrit un ouvrage sur ses découvertes (article en anglais).

* Quand l’humain ne comprend pas quelque chose, il invente des histoires. La naissance de jumeaux, encore aujourd’hui dans certaines cultures, a longtemps posé bien des questions et, dans l’antiquité, les hommes ont créé des explications qui, pour la plupart, devaient servir d’avertissements. La mythologie a alors influencé la façon dont les jumeaux étaient perçus (et souvent craints). La science peut aider à améliorer l’Histoire (article en anglais).

* Le directeur du musée de l’Acropole a profité du vol au Louvre afin de demander au musée de restituer les quelques marbres du Parthénon qui avaient été achetés au XVIIIe siècle. En fait, le but final est de récupérer les marbres volés par Lord Elgin et qui se trouvent au British Museum – où il semble qu’ils n’en prennent pas si bon soin que ça (article en anglais).

* Loin des clichés au sujet de Cléopâtre VII, cet article se penche sur l’excellente éducation reçue par la reine d’Égypte selon les meilleurs critères grecs et rend justice à son extraordinaire intellect (article en anglais).

* Des chercheurs se sont penchés sur le roi Midas et si aucun homme n’a jamais transformé en or tout ce qu’il touchait en dehors des récits mythologiques, ce nom apparaît réellement en Histoire (article en anglais).

* Si vous vous posez des questions au sujet de l’état de la médecine en Égypte antique et en Grèce antique, le tout agrémenté de petites vidéos instructives, l’article dont vous avez besoin est ici (en anglais).

* L’existence d’Homère  - et le fait qu’il ait, ou non, écrit l’Iliade et l’Odyssée  - est toujours source de débats (plus ou moins virulents) chez les chercheurs. Cet article propose également une fascinante vidéo qui se penche sur la question « Homère aurait-il pu être une femme ? » (article et vidéo en anglais).

L'aile de Trianon-sous-bois au Grand Trianon

            Afin de célébrer les 150 ans de la IIIe République, l’aile du Grand Trianon, Trianon-sous-Bois, où résida le général de Gaulle, a été ouverte au public en visite libre les week-ends à partir du 5 avril et jusqu’à la fin octobre 2025.

Le communiqué de presse sur le site Internet du domaine de Versailles nous dit :

« Ouverture des appartements du général de Gaulle à Trianon

En 2025, dans le cadre des 150 ans de la IIIe République, le château de Versailles célèbre son héritage républicain. Après la salle du Congrès et l’appartement du président du Congrès, l’aile de Trianon-sous-Bois ouvrira au public à partir du 5 avril. Ces appartements avaient été réaménagés par le général de Gaulle dans les années 1960 pour en faire une résidence présidentielle privée.

 

Trianon-sous-Bois, l’Élysée à la campagne

Trianon-sous-Bois est une aile discrète du Grand Trianon qui ne se dévoile qu’en contournant le parterre haut du jardin. L'aile apparait sur le plan ancien de Trianon par Hardouin-Mansart et a été bâtie pour loger la famille de Louis XIV. Si le Grand Trianon est construit en pierre calcaire, seule l'aile de Trianon-sous-Bois n'a pas reçu de placage de marbre. Elle est aussi la seule aile du palais pourvue d’un étage. Son style préfigure celui du XVIIIe siècle. 

Dans le cadre d’importants travaux de restauration et de modernisation du Grand Trianon dans les années 1960, c’est à Trianon-sous-Bois que fut aménagée la résidence privée du général de Gaulle. Son rez-de-chaussée se compose de différents bureaux, dont celui du Général et ceux de ses aides-de-camp, de salons et d’une salle à manger. L’étage est dévolu aux appartements privés avec une série de chambres et de salles de bains. Le président peut y séjourner et recevoir les invités de la France dès 1966. 

Au sous-sol, ce sont 800 m2 qui sont consacrés à des cuisines ultra-modernes pouvant servir un nombre important de convives lors de banquets officiels organisés dans la galerie des Cotelle. 

Jean Coural, alors administrateur du Mobilier national, demande au décorateur Serge Royaux de meubler cette nouvelle résidence privée. Scénographe d’expositions et décorateur de résidences privées luxueuses, il était l’homme de la situation. Pour les salons du rez-de-chaussée, le choix du mobilier se porte sur les collections Empire du Mobilier national. Certains meubles ont été adaptés aux usages modernes, comme des vases montés en lampes ou des bancs transformés en tables basses. Concernant les textiles, Serge Royaux va jouer sur les contrastes colorés et imposer le velours frappé. Pour le premier étage, espace véritablement privé, le style est plus discret : on opte pour un mobilier de style Louis XVI et des cotonnades imprimées rappelant la toile de Jouy. 

Le mobilier de Trianon-sous-Bois a été restitué par le Mobilier national en 2015. L’aile se découvre donc aujourd'hui dans son état des années 1960. 

 

Le Grand Trianon, mille-feuille de l’histoire

Le Grand Trianon a été bâti dès 1687 par Jules Hardouin-Mansart pour Louis XIV qui désirait un lieu privé pour lui et sa famille, à l’écart du château où bourdonnait la vie de cour. Le palais se caractérise par sa construction de plain-pied, ses marbres roses et son péristyle majestueux ouvert vers les jardins. 

Moins prisé mais non délaissé par Louis XV et Louis XVI, le Grand Trianon fut investi par Napoléon à partir de 1808 puis par Louis-Philippe qui en fit une résidence familiale lui permettant de séjourner au plus près des travaux de transformation du château de Versailles en musée de l’histoire de France. 

Ainsi, chaque souverain qui vécut à Trianon laissa une trace dans le palais. Aujourd’hui, le Grand Trianon fait s’entremêler ces différentes époques : les boiseries et l'essentiel des peintures datent de Louis XIV et le mobilier date de Napoléon et de Louis-Philippe. 

 

La restauration et la modernisation du Grand Trianon dans les années 1960

Le général de Gaulle fut le dernier chef d’État à laisser sa marque au Grand Trianon. Dans les années 1960, des aménagements au palais de l’Élysée privèrent les hôtes de marque étrangers d’une résidence officielle en France. Sur proposition d’André Malraux en 1962, alors ministre des Affaires culturelles, le général de Gaulle choisit le Grand Trianon pour y remédier. 

Le projet prévoyait une importante restauration générale prenant en compte d’une part des considérations d’ordre logistique et pratique comme l’électricité et le chauffage, le palais étant devenu très vétuste, et d’autre part l’aménagement d’une résidence pour les hôtes étrangers de la France dans l’aile gauche et l’aménagement d’une résidence présidentielle privée dans l’aile droite, dite de Trianon-sous-Bois. »

            Une fois traversé le péristyle, on arrive à la galerie des Cotelle, ainsi nommée en l’honneur des toiles de Jean Cotelle (1642-1708) qui ornent les murs (sur les vingt-quatre toiles de la galerie, vingt-et-une sont de lui ; emportées au château par Louis-Philippe (1773-1850), elles furent ramenées dans la galerie en 1913. Le 4 juin 1920, ce fut dans cette galerie que fut signé le traité de Trianon qui mit fin à la guerre avec la Hongrie.

Les grandes réceptions organisées par de Gaulle avaient lieu là.

 Au bout de cette galerie, on trouve le salon des jardins.

En continuant la visite sur la droite, on arrive à la chapelle Louis-Philippe.

Puis commencent les appartements du général de Gaulle :

La salle à manger du président de la République


 Le salon du président de la République

Le bureau du président de la République

Le bureau du premier aide de camp

 Le bureau du deuxième aide de camp

Le salon d’attente

Le salon des huissiers

 

Les jardins


            Pour une petite explication en vidéo au sujet de la plus récente version de Trianon-sous-Bois, la chaîne YouTube du château de Versailles a créé ceci :

Activités au musée de Cluny les 17 et 18 janvier 2026

            Nous avons reçu un message du musée de Cluny au sujet d’activités la semaine prochaine, ce qui nous permet de partager la nouvelle avec vous :

Les Légendaires à Cluny

Événement


Date : samedi 17 janvier 2026 - 11:00

À l'occasion de la sortie du film, les Légendaires s'invitent au  musée de Cluny le temps d'un week-end. 

Entre amis ou en famille, venez suivre les héros dans les collections du musée.  Au programme : des visites guidées, des rencontres avec le réalisateur et le scénariste du film, un concert et des tirages au sort pour gagner des BD, des places de cinéma et des entrées au musée...

Danaël, Jadina, Gryf, Shimy et Razzia vous attendent nombreux pour fêter l'événement ! 

Cet événement est organisé en partenariat avec PAN ANIMATION à l’occasion de la sortie du film "Les Légendaires", adapté de la série de bandes dessinées de Patrick Sobral. Sortie au cinéma le 28 janvier 2026.


Une programmation exceptionnelle

Livret-jeu gratuit "Les Légendaires au musée de Cluny" 

Disponible à l'entrée du musée.

Public : à partir de 8 ans

"Les Légendaires", des bulles au cinéma

Samedi 17 janvier de 16h30 à 17h30

Rencontre avec Guillaume Ivernel (réalisateur du film "Les Légendaires") et d'Antoine Schoumsky (scénariste)

Plongez dans les coulisses de l’adaptation au cinéma des "Légendaires" ! À travers un échange exclusif avec le réalisateur et le scénariste, découvrez les défis et les secrets de la transformation d’une BD culte en un film d’animation à couper le souffle. 
Des révélations qui promettent de vous donner envie de filer au cinéma dès la première séance !

Public : adultes

Tarif : inclus dans le billet d'entrée. Inscription sur place dans la limite des places disponibles. 


L'univers des "Légendaires" s'anime en musique

Dimanche 18 janvier de 16h15 à 17h15

Par Cécile Corbel et Simon Caby

Rencontrez le créateur des "Légendaires", Patrick Sobral, et laissez-vous emporter par les compositions inédites de Cécile Corbel et Simon Caby.

Une parenthèse artistique exceptionnelle, conçue rien que pour vous.

Public : à partir de 6 ans.

Tarif : inclus dans le billet d'entrée. Inscription sur place dans la limite des places disponibles. 

La programmation associée

Durant tout le week-end, la programmation du musée plonge dans l'univers des Légendaires. 
Visite guidée : 5€

Atelier : 10€ pour les moins de 18 ans / 20€ pour les adultes 

Samedi 17 janvier 

11h : Héros et héroïnes, visite guidée, durée 1h30 (à partir de 8 ans)

11h30 : Drôles d’animaux, visite guidée, durée 1h (à partir de 5ans)

14h : Atelier héraldique, atelier, durée 2h (8-12 ans)

14h30 : Héros et héroïnes, visite guidée, durée 1h30 (à partir de 8 ans)

16h15 : Vivre au Moyen Âge, visite guidée, durée 1h (à partir de 6 ans) 

Dimanche 18 janvier

11h : Héros et héroïnes, visite guidée, durée 1h30 (à partir de 8 ans)

11h30 : Drôles d’animaux, visite guidée, durée 1h (à partir de 5 ans)

14h : Atelier héraldique, atelier, durée 2h (adultes)

14h30 : Héros et héroïnes, visite guidée, durée 1h30 (à partir de 8 ans)

16h30 : Vivre au Moyen Âge, visite guidée, durée 1h (à partir de 6 ans)

Espace lecture

Samedi 17 et dimanche 18 janvier de 11h à 15h

Installez-vous confortablement et plongez dans les aventures des Légendaires. Des albums seront disponibles tout au long du week-end pour vous offrir une pause lecture au cœur de la salle Notre-Dame.

La chapelle royale du château de Versailles

            Quand on visite le château de Versailles, on a une vue de la chapelle royale seulement depuis la porte du premier étage qui donne sur la tribune royale.


            Il y a des événements et concerts dans cette chapelle, qui peut aussi être admirée lors d’une visite guidée, mais l’été dernier (du 8 juillet au 30 septembre 2025), la partie basse de la chapelle a été ouverte au public en visite libre.

La page Internet du château nous dit :

« La Chapelle royale a été achevée à la fin du règne de Louis XIV, en 1710. Elle est la cinquième – et dernière – des chapelles qui se sont succédé dans le château depuis Louis XIII. Jules Hardouin-Mansart en propose le plan au Roi en 1699. Le Premier architecte meurt en 1708 sans voir la fin des travaux qui sont achevés par son beau-frère Robert De Cotte.

 

Le dernier chantier de Louis XIV

L’élévation générale du bâtiment emprunte à l’architecture gothique son élévation, ses grandes verrières ou ses contreforts. Dédiée à Saint Louis, saint patron du Roi et ancêtre de la maison royale, la Chapelle, par son allure générale, fait écho à la Sainte-Chapelle de Paris qu’il avait fondée. L’élévation intérieure, dans sa distribution en deux niveaux, reprend la répartition habituelle des chapelles palatines, mais son traitement architectural, avec la puissante colonnade qui règne au premier étage, s’inspire ostensiblement de l’Antiquité.

Le plafond de la voûte, qu’Hardouin-Mansart a voulu sans aucun arc doubleau pour en faire une surface entièrement unie, est consacré à la Sainte-Trinité : au centre, Dieu le Père dans sa gloire par Antoine Coypel[1], dans l’abside La Résurrection par Charles de La Fosse[2] et, au-dessus de la tribune royale, La Descente du Saint‑Esprit par Jean Jouvenet[3].

 

 Anecdote

Chaque jour, généralement le matin à 10 heures, la Cour assistait à la messe du roi. Celui-ci se tenait à la tribune royale, entouré de sa famille. Les dames de la Cour occupaient les tribunes latérales. Dans la nef se trouvaient les « officiers » et le public.

Le roi n’y descendait que pour les grandes fêtes religieuses où il communiait, pour les cérémonies de l’ordre du Saint-Esprit, pour les baptêmes et pour les mariages des Enfants de France qui y furent célébrés de 1710 à 1789.

Au-dessus de l’autel, autour de l’orgue de Clicquot[4] orné d’un beau Roi David en relief et dont les claviers ont été tenus par les plus grands maîtres comme François Couperin[5], la musique de la Chapelle, renommée dans toute l’Europe, chantait quotidiennement des motets[6] tout au long de l’office. »

Le plafond : 

 
L'autel :
 
 
L'orgue:
 

La tribune royale :

Colonnades, vitraux et autres éléments de la chapelle :

 

            La chapelle royale a été récemment restaurée et la chaîne YouTube du château a publié un fascinant documentaire sur le sujet :



[1] : Antoine Coypel (1661-1722), peintre à la Cour de Louis XIV, puis Premier peintre du Roi en 1716 sous Louis XV…

[2] : Charles de La Fosse (1636-1716), peintre ayant œuvré à l’Hôtel des Invalides.

[3] : Jean Jouvenet (1644-1717), peintre, élève de Le Brun…

[4] : Robert Clicquot (1645-1719), facteur d’orgue français…

[5] : François Couperin (1668-1733), compositeur, organiste et claveciniste de musique baroque.

[6] : Compositions musicales à partir d’un texte religieux ou profane, à une ou plusieurs voix, avec ou sans accompagnement.




Quand Bosch nous laisse de la musique sur les fesses d'un personnage ou pourquoi il faut faire attention à tous les détails

            Parfois, une œuvre est juste ce qu’elle montre, mais il arrive que son auteur s’en serve afin de délivrer un message. Il arrive aussi que des choses soient cachées.

Il y a quelques semaines, nous avons croisé une référence à un morceau de musique caché dans une toile de Jérôme Bosch. Bosch était le nom de guerre de Jheronimus van Aken (1450 ?-1516) qui résidait à Bois-le-Duc – ‘s-Hertogenbosch (ou Den Bosch) en version originale, ce qui explique le nom de notre artiste.

Né dans une famille de peintres, il épousa une aristocrate, Aleid van de Meervene. En plus de la fortune que son épouse lui apporta et qui améliora sa position sociale à Bois-le-duc, il devint membre « notable » de la confrérie Notre-Dame, ce qui fit de lui le peintre attitré de la Vierge dans la région.

Le style de Bosch est très particulier et sa façon de représenter les péchés et les pécheurs peut être bien sombre et cruelle.

            Ici, c’est son triptyque le Jardin des délices qui nous intéresse. Bosch a utilisé de la peinture à l’huile sur des panneaux de chêne (hauts de 2,20 m et, en tout, larges de 3,86 m).

Le commanditaire est inconnu et la date de création fluctue entre 1480 et 1504.

En 1570, le triptyque arriva en Espagne dans les bagages de Fernando Álvarez de Toledo y Pimentel, duc d’Albe (1507-1582). Ses héritiers donnèrent l’œuvre à la famille royale en 1593 ; elle resta au palais de l’Escurial jusqu’en 1939 et elle fut placée au musée du Prado où on peut l’admirer aujourd’hui encore.

            Le Jardin des délices est ésotérique, énigmatique et… bizarre. Les dernières théories à son sujet sont que cette œuvre serait un speculum nuptiarum – un miroir nuptial devant servir de guide à de jeunes mariés afin de leur montrer l’importance des liens sacrés qui les unissent.


Le panneau de gauche représente le paradis et l’union d’Adam et Ève par Dieu, le panneau central décrit l’humanité avant le déluge et celui de droite dépeint l’enfer. Quand il est fermé, les deux panneaux du triptyque représentent la Création du monde.

C’est dans le panneau de droite qu’un personnage nu se trouve écrasé par un instrument de musique géant.


Ce personnage a de la musique sur le postérieur.

Le fait qu’il y ait peu d’indications musicales fait dire à certains que Bosch avait simplement placé des notes de façon aléatoire sur une partition. C’est tout à fait possible, mais il avait reçu une bonne éducation, connaissait le latin et était très impliqué dans la confrérie Notre-Dame ; peut-être connaissait-il des rudiments de musiques.

De même, certains disent que cette partition avait déjà été transcrite en 1978 par un moine espagnol, Gregorio Paniagua.

En 2014, une étudiante américaine, Amelia Hamrick, s’est penchée sur ce personnage et le morceau de musique sur sa face arrière. Depuis, d’autres se sont essayés à l’interprétation de ces notes et, que ce soit un air voulu par Bosch ou un heureux hasard musical, le son est fascinant ; en voici une version :

 

Curiosités de musée : Une colonne byzantine

            Le recyclage de matériaux n’est pas chose nouvelle, mais, en 1917, on aurait pu espérer que les colons britanniques n’auraient pu eu l’arrogance de transformer une colonne byzantine (donc de la période entre 313 et 642 de notre ère) en stèle funéraire – remarquez… nous parlons des Britanniques qui ont fait ce qu’ils voulaient du pays lui-même, alors…

            Que les Romains qui sont retournés à Pompéi aient utilisé les pierres des monuments qui n’étaient pas enterrés sous la cendre, ça peut se comprendre.

Que le commun des mortels prenne les pierres taillées (et parfois gravées ou sculptées) de bâtiments abandonnés, ça peut se comprendre.

 

En revanche, un militaire, en 1917, a donné l’ordre de faire d’une colonne byzantine trouvée à Gaza en Palestine la stèle funéraire du lieutenant des lanciers du Bengale Fas Lansdowne. Une inscription en anglais a été sculptée en bas-relief, défigurant ainsi la colonne byzantine.

Si nous savons que ce lieutenant est mort le 14 août 1917, nous n’avons trouvé aucune autre information sur lui.


 

            Aujourd’hui, ce marbre découvert sur une dune côtière à Gaza fait partie des œuvres conservées au Musée d’art et d’histoire de Genève (le MAH) en Suisse au nom de l’Autorité Nationale Palestinienne. En 1962, la Suisse avait ratifié la Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé (cette convention de La Haye date de 1954) et c’est le MAH qui conserve les œuvres qui appartiennent à la Palestine, mais ne peuvent y retourner de crainte d’être détruite par les colons. Ce sont 529 objets que le MAH conserve pour la Palestine depuis dix-huit ans ; ces œuvres devaient être présentées dans un futur musée archéologique à Gaza, mais la construction de ce dernier n’a pas encore vu le jour – et vues les nouvelles des dernières annihilations dans la bande de Gaza où les lieux culturels ont été visés et systématiquement éliminés, il est heureux que ces quelques pièces, qui ont récemment été présentées à Paris à l’Institut du monde arabe, soient en sécurité à Genève.

Cette petite colonne de 71 cm et d’un diamètre de 22 cm a pour référence d’inventaire JKC 418. Cette pièce faisait partie de l’ancienne collection Jawdat Khoudary.