Exposition : « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d'un phénomène » au musée Guimet (18 mars – 6 juillet 2026)

            Le musée Guimet va bientôt nous présenter une exposition sur la beauté coréenne.

 

Le site du musée nous dit : https://www.guimet.fr/fr/expositions/k-beauty-beaute-coreenne-histoire-dun-phenomene

«Du 18e siècle à la vague K-Pop, découvrez les origines d’une esthétique qui a conquis le monde !

Puissance culturelle majeure, la Corée du Sud modèle désormais les tendances et inspire une génération globalisée. Au sommet de cette vague, la K-Beauty impose une approche holistique de la beauté, typiquement coréenne, et établit une véritable esthétique. Dépassant la simple cosmétique, elle forge de nouvelles normes ainsi qu’une imagerie marquante et singulière.

Réunissant des chefs-d’œuvre issus des collections du musée Guimet et de grandes institutions sud-coréennes (peintures, photos, publicités, robes et accessoires de beauté du 18e siècle à nos jours) l’exposition « K-Beauty » en décrypte les codes et montre comment ceux-ci s’inscrivent dans une tradition séculaire, entre équilibre et vertu, naturel et sophistication.

Attribué à Kim Hongdo, Femme se coiffant, couleur sur papier, 24,7 × 26,0 cm, yuk2190-1, Musée de l’Université nationale de Séoul.

À la fin du 18e siècle, la Corée dominée par le courant néo-confucianiste célèbre une esthétique féminine particulière : vêtements fluides, peau pâle, maquillage et coiffures raffinées. Les peintres qui immortalisent ces beautés, dont Shin Yun-bok, participent à l’élaboration d’un patrimoine visuel qui influence durablement la culture populaire coréenne. Cette culture raffinée, où les cosmétiques puisent dans la pharmacopée traditionnelle, lie beauté, harmonie et équilibre intérieur.

Marqué par des dominations et influences étrangères successives, le 20e siècle en Corée voit l’émergence de codes esthétiques nouveaux. Photographie, cinéma et industrie cosmétique naissante diffusent et ancrent ces nouvelles normes tandis que le « miracle économique coréen » met patrimoine, art et cosmétique au cœur du discours culturel.

Dès les années 2000, la Hallyu (la vague coréenne) consacre le soft power sud-coréen : la K-Beauty, mêlant tradition et innovation, marque le cinéma, la mode, la littérature mais aussi la K-Pop, et conquiert le monde entier.

Three Boys in Front of Bogwang Karaoke, 1993, © Heinkuhn Oh  Courtesy of the Artist

À travers cette exposition, les visiteurs découvriront comment s’est consolidée une esthétique proprement coréenne, dont certains canons - forgés depuis le royaume du Joseon tardif (1392-1910) - ont conservé leur attrait jusqu’à nos jours et ont fait l’objet d’hommages et de nombreuses relectures. « K-Beauty » met en lumière l’évolution mais aussi la pérennité du concept de beauté coréenne, de la seconde moitié du 18e siècle au monde contemporain globalisé.

 

Commissariat :

Claire Bettinelli, musée Guimet

Claire Trinquet Soléry, musée Guimet »

 

 

 

Cuisine historique

            Nous aurions pu inclure les informations qui vont suivre dans un numéro « Des Nouvelles de Clio », mais nous avons une obsession pour la cuisine historique (my dear students, if you’re reading this… I’m so sorry).

Vous allez penser, chers Lecteurs que nous sommes en retard (ou très, très en avance) sur la saison quand vous lirez le descriptif des recettes données sur le site de l’Inrap,  mais ces recettes historiques sont bien tentantes.

À vos fourneaux…

« Un Noël de l'âge du Bronze ne s’improvise pas. En vue de ce repas féérique et festif, choisissez d'emblée la céramique pour tous vos plats, assiettes, pots et jarres, coupes, mais aussi gobelets imperméabilisés par de la poix de conifère. Si les recettes les plus simples peuvent être gastronomiques, il faut toujours apporter ce petit twist qui élèvera la préparation. Marinade parfumée au carvi ou à l'oseille, topping de glands de chêne ou de cenelles d'aubépine, tout (ou presque) est (déjà) possible ! (Toujours) pas de vin, mais un bon gobelet de lait ou une bière de blé d'amidonnier et d'orge, édulcorée au miel et aromatisée à l'artémisia et à la menthe fera la différence ! 

Joyeux Noël à l’âge du Bronze ! 

Gigue de chevreuil aux figues

Ingrédients (pour 4 personnes)

  • Une gigue de chevreuil
  • Huile
  • Carottes
  • Celeri
  • Figues

Déposer la gigue badigeonnée d’huile dans un plat en céramique et celui-ci sur la sole d’un four ou des pierres chauffantes.

Après une quinzaine de minutes ajouter les carottes et le cèleri.
Prévoir une cuisson d’environ 45 mn en pensant à retourner la gigue. Sortir du four (ou pierres chauffantes).

Ajouter les figues dans le four chaud pendant environ 15 minutes.


Ragoût de cerf

Ingrédients 

  • Une épaule de cerf
  • Bouillon de légumes préparé à l’avance avec carottes et cèleri
  • Airelles

Découper une épaule de cerf en petits morceaux.

Faire cuire le bouillon préparé avec les morceaux de viande préalablement marinés pendant environ 2 heures dans une grande marmite en terre avec des carottes et du cèleri.
Ajouter les airelles en fin de cuisson.

Jambon de cochon de lait au four

Ingrédients

  • Un beau jambon
  • Bouillon de légumes à préparer à l’avance (option selon le type de cuisson)
  • Miel

Enduire la pièce de viande de graisse (du saindoux par exemple), la déposer dans un plat
(dans ce cas on peut ajouter le bouillon) ou sur la sole d’un four. Retourner le morceau en
cours de cuisson.

Piquer la peau afin que la graisse s’échappe. La graisse de la peau doit être fondue.
En fin de la cuisson, soit 2 à 3 heures, enduire les surfaces de miel.

Servir avec des carottes sauvages.

Purée de fèves ou de féveroles

Ingrédients

  • Féveroles sèches (à défaut prendre des fèves)
  • Ail
  • Huile végétale (caméline ou olive)
  • Carvi moulu (optionnel)

Faire tremper les féveroles pendant une nuit. Faire cuire pendant plusieurs heures, avec
quelques gousses d’ail entière, jusqu’à ce que les graines soient bien tendres. Mixer les
graines entières avec de l’huile d’olive ou de caméline, du carvi moulu, sel et [poivre.][1]

Galettes de millet

Ingrédients (pour 4 personnes) 

  • 150 g de millet décortiqué
  • 1 cuillère à soupe de farine (d’épeautre par exemple)
  • 2 œufs
  • 1 carotte râpée
  • 1 oignon tranché
  • 100 gr de petits lardons fumés
  • 1 cuillère à soupe de crème épaisse (facultatif)
  • 200 grammes de champignons en lamelles
  • + ail, ciboulette

Faire griller doucement le millet à sec dans une poêle (ou pierre chauffante) adhésive pendant quelques minutes (5 à 10), en le remuant régulièrement pour qu’il dore sans brûler (cela permet qu’il se défasse moins à la cuisson).

Le rincer pour ôter toute trace d’amertume, puis le faire cuire dans quatre volumes d’eau bouillante non salée une dizaine de minutes. Hors du feu le laisser gonfler 10 mn à couvert. Faire fondre l’oignon et les lardons, puis les champignons à part (à la fin on peut leur rajouter ail et ciboulette hachées).

Une fois le millet cuit, le mettre dans un saladier, ajouter la farine, les œufs, la crème, la carotte, les lardons, l’oignon, les champignons et saler. Bien remuer, l’aspect doit être très pâteux.
Faire chauffer une poêle graissée, former des petites galettes circulaires pas trop épaisses et les faire bien dorer de chaque côté.

On peut faire des versions végétariennes sans lardons. Dans ce cas rajouter un peu de gras végétal dans la pâte pour qu’elle ne soit pas trop sèche.

Biscuits au miel et graines de pavot

Ingrédients (pour environ 15 biscuits)

  • 100 g de beurre a température ambiante
  • 50 g de miel (plutôt un miel fonce, type foret ou pin)
  • 175 g de farine complète ou farine d’épeautre
  • une pincée de sel
  • 40 grammes de graines de pavot

Préchauffer le four (ou les pierres chauffantes) à 150°C.

Mélanger le beurre et le miel, puis ajouter la farine, les graines de pavot et le sel jusqu’à l’obtention d’une pâte homogène (ne travaillez pas trop la mixture).

Étaler la pâte sur un plan de travail fariné jusqu’à une épaisseur d’environ 1cm.
Découper des formes (cercles) et les poser sur une plaque à cuisson beurrée.

Mettre au four un quart d’heure environ, jusqu’à ce que les biscuits commencent à prendre de la couleur.

Sortir et laisser refroidir sur une grille.

Bibliographie : G. Auxiette , C. Mougne , R. Peake , F. Toulemonde (dir.), 2020
« Autour de la table : l’alimentation à l’âge du Bronze et au premier âge du Fer »
Actes de la journée thématique du 3 mars 2017 à Saint Germain-en-Laye
Bulletin de l’APRAB ; Supplément n° 6, 208 p. »



[1] : Le mot manque sur la page, mais du poivre semble plausible.

 

Conclusion (?) du mystère Rose Maireau

            Le mystère de la date et du lieu de décès de Marie Rose Maireau qui nous avait fait rédiger un article sur le sujet a été résolu grâce au commentaire de Mme Chantal Degels qui a eu la gentillesse de nous communiquer les informations dont elle disposait (vous pouvez aller lire nos premiers échanges sous notre premier article).

            Nous allons donc boucler avec vous, ici, l’affaire Maireau.

 

La jeune Marie Rose Maireau quitta un jour Étrœung, où elle était née le 12 février 1863, afin d’aller apprendre le dessin et la gravure. Elle fut l’élève du graveur François Eugène Burney (1845-1907), du graveur Henri-Émile Lefort (1852-1937) et du peintre, graveur et médailleur André-Charles Coppier (1866-1948). D’ailleurs, en 1881, elle reçut un prix alors qu’elle était élève à l’École nationale de dessin pour les jeunes filles.

En 1890, elle résidait au 34, rue Notre-Dame des Champs à Paris et participa avec une gravure de paysage à l’exposition internationale de blanc & noir.

En 1892, elle fut remarquée au salon des Champs-Élysées. Les journaux de l’époque, qui avaient tendance à se partager les informations, écrivirent : « Mlle Rose Maireau, d’Étrœung expose une gravure remarquable : le Matin au bord du Doubs d’après le beau tableau de Rapin ».

Le 28 mai 1893, elle obtint une mention honorable au salon des Champs-Élysées, où elle avait exposé un portrait et un paysage.

Le 28 mai 1897, elle perdit celui qui avait été son inspiration, son mentor, son compagnon et son patient (n’oublions pas qu’il avait quarante-neuf ans de plus qu’elle) : le peintre François Louis Français.

Elle fut nommée officier d’Académie par le ministre de l’instruction publique en février 1898.

Le 18 juin 1899, à la clinique Bonjour de Lausanne, à 20h15, elle donna naissance à son fils, Jean Maurice Henry. Sur l’acte de naissance, elle est désignée comme « rentière » et Jean était de père inconnu.

À l’exposition universelle de 1900, elle obtint une médaille de bronze.

Le 17 janvier 1901, le conseil municipal de la ville de Paris publia dans son bulletin qu’une commande avait été passée auprès de Maireau en 1900 pour 1800 francs d’une gravure du panneau de paysage de M. Guillemet décorant l’Hôtel de Ville et représentant « la Fontaine Médicis ».

En juin 1902, elle obtint une médaille de 3ème classe au salon des artistes français.

À la mairie du VIe arrondissement de Paris, elle fut témoin au mariage de Georges Harpignies (1875[1]-1931) et Louise Jeanne Marie Raffet (1874-1955) le 19 décembre 1903. Georges était le fils de Maurice Harpignies (1847-1933), commissionnaire en marchandises, et de Marie Thiébault (1847-1889) ; Jeanne était la fille d’un bibliothécaire à la Bibliothèque nationale, Charles Raffet (1839-1910) et de Marie Rochebilière (1842-1908).   En plus de Maireau, étaient témoins, Albert Thiébault (1860[2]- ?), oncle maternel et grand-oncle paternel de Georges, Jean Cesvet (1863-1918), époux de Marie Raffet, sœur de la mariée, et le grand-oncle du marié, le peintre Henri Harpignies (1819-1916). Le mariage religieux fut célébré le 23 décembre par l’abbé Catesson à l’église Saint-Sulpice avec les mêmes témoins.

            Vers 1906, Rose devint le soutien constant d’Henri Harpignies qui était veuf : Marguerite Vantillard, son épouse depuis le 19 mars 1863, avait rendu l’âme à Saint-Privé[3] le 5 septembre 1903 dans sa soixante-treizième année (elle était née le 12 novembre 1829). 

Rose Maireau et Henri Harpignies

En 1908, son travail figura dans l’album publié par la Société septentrionale de gravure. En juin, elle fit don d’estampes au Palais des Beaux-arts de la ville de Paris (Petit palais) à l’occasion de l’ouverture d’une nouvelle salle.

Le 22 juin 1909, l’Union Valenciennoise à Paris organisa un « banquet Harpignies » pour les 90 ans du maître (l’événement fut rapporté dans le journal L’Impartial du Nord) : « Parmi les convives se trouvait le célèbre paysagiste Antoine Guillemet, qui a été prié de dire quelques mots au nom des amis et admirateurs du Maître. Voici à peu près l’improvisation si chaudement accueillie de M. Guillemet. Au nom de la grande admiration et de la profonde affection que je porte à notre cher doyen le Maître Harpignies, je lève mon verre en l’honneur de ses 90 printemps qui seront suivis de beaucoup d’autres, j’en ai l’intime conviction. Nous l’aimons et l’admirons, car il est de la grande race des maîtres de 1830 qui portent dans le monde le renom de la glorieuse école des paysagistes. Gloire donc à lui ! Je joins un autre toast à celui-ci. Je bois à Mlle Rose Maireau qui entoure le Maître de tant de soins et d’attentions affectueuses ; elle est vraiment la bonne fée du logis, le Maître ne me contredira pas. ».

En 1910, son travail fit partie des dons au Palais des Beaux-Arts (Petit Palais).

Elle fut présente au Salon des artistes français en 1911.

Le 1er mars 1912, elle accompagna Harpignies à l’inauguration de l’exposition d’Henri Coulon, élève d’Harpignies, à la galerie Haussmann, rue de la Boëtie[4].

D’après La Riviera et les artistes de Pierre Borel, publié en 1922, Harpignies résidait à Menton « où sa verte vieillesse était jalousement veillée par sa compagne dévouée, Mlle Rose Maireau »[5]. L’importance de Maireau dans la vie d’Harpignies est aussi mentionnée par Léonce Bénédite dans son ouvrage Nos maîtres : notre art. J.-F. Millet, G. Courbet, Paul Huet, Les grands paysagistes au Louvre, Harpignies publié en 1922-1923 : « Il y aurait de l’ingratitude à ne pas rappeler, dans la biographie du grand paysagiste, le rôle tenu par Mlle Rose Maireau. Artiste elle-même, élève de Gaillard et de Burney, comme elle gravait une peinture du maître, elle le trouva, à son âge, si désemparé et si près d’être odieusement circonvenu, qu’elle n’hésita pas à se consacrer à lui. Elle le comprit dans tous ses goûts, de peinture ou de musique, et lui fit une fin d’existence digne et bien remplie.[6] »

Le 28 août 1916, Maireau perdait Harpignies. Ce dernier lui légua son manuscrit autobiographique.

Dans le Compte-rendu des travaux de la société des artistes français aux pages 447 à 452 se trouvent les discours qui furent prononcés aux obsèques d’Harpignies et qui prirent tous soin de rendre hommage à Maireau :

 

« Henri HARPIGNIES
28 juillet 1819 — 29 août 1916

Les obsèques de M. Harpignies (Henri), membre fondateur de la Société des Artistes français, du Comité et du jury de peinture du Salon, grand officier de la Légion d’honneur, ont été célébrées le jeudi 31 août 1916, à Saint-Privé (Yonne).

Au cimetière de Saint-Privé, où a eu lieu l’inhumation, les  discours suivants ont été prononcés :


Discours prononcé par le Sous-Préfet de Joigny

au nom du Gouvernement


MESDAMES, MESSIEURS,

 

M. Painlevé, ministre de l’Instruction et des Beaux-Arts, m’a chargé, en l’absence de M. le Préfet, de l’insigne honneur de représenter le Gouvernement de la République aux obsèques du grand paysagiste Harpignies.

Je n’aurais jamais pu penser, dans le cours de ma carrière administrative, être appelé à recevoir une si haute et douloureuse mission.

C’est donc avec une profonde émotion qu’au nom du Gouvernement, en même temps qu’au nom de M. le Préfet de l’Yonne, qu’une indisposition empêche, à son plus vif regret, de présider cette cérémonie, que je m’incline respectueusement devant la dépouille de l’illustre maître, une des gloires du génie français.

Cette émotion, j’en suis sûr, sera partagée par tous les amis, par tous les admirateurs du .grand artiste et du philanthrope.

Les privilégiés qui furent admis dans l’intimité des dernières années de son existence ont pu apprécier, comme moi, les ressources inépuisables de son cœur, et sa petite commune de Saint-Privé, où il aimait à venir se reposer quelques mois chaque année, n’oubliera jamais sa bonhomie souriante, sa main toujours prête à donner. Nombreux les déshérités qui gravissaient dignement les quelques marches qui partent de la vieille église et qui conduisent à la « Tremellerie », ce petit Élysée d’où on ne redescendait jamais les mains vides !

C’est qu’en effet Harpignies, qui avait connu toutes les peines, toutes les misères de ce monde, comme toutes les joies, aurait voulu que son cœur fût assez grand pour soulager toutes les infortunes.

Mon rôle d’administrateur ne m’autorise qu’à rendre un juste et fidèle hommage à mon illustre administré et je ne me permettrai pas d’esquisser brièvement la vie pleine de labeur du maître, en laissant à plus autorisé que moi le soin de nous révéler toute la puissance de l’œuvre qu’il a laissée à son pays.

Henri-Joseph Harpignies, grand-officier de la Légion d’honneur, était né à Valenciennes le 24 juillet 1819 ; il s’est éteint dans sa quatre-vingt-dix-septième année, lundi soir, entouré de soins, que la Providence seule, à chaque instant de sa vieillesse, eût été capable de lui donner.

Ce n’est que vers l’âge de vingt-cinq ans et malgré l’opposition de ses parents, qu’il vint à Paris, entraîné par l’irrésistible vocation ; il avait trente-quatre ans quand il se fit remarquer pour la première fois au Salon de 1853 et c’est avec le Soir dans la campagne de Rome, qu’il avait rapporté d’Italie, qu’il reçut sa première récompense. Nombreux furent les paysages du Centre de la France, du Loiret et particulièrement de la Puisaye, cette partie boisée de l’Yonne, qui le séduisirent.

Poète réaliste de la nature, toujours égal à lui-même, Harpignies obtint toutes les récompenses dues à sa maîtrise ; médaille d’honneur à 78 ans, grand-prix des Artistes Français à 81 ans. L’œuvre toujours vivante d’Harpignies entre, avec lui, dans la postérité.
La France perd un de ses meilleurs et de ses plus brillants enfants; il disparaît à l’heure de la délivrance qui va bientôt sonner pour sa ville natale, mais qu’il n’aura pas eu la joie de revoir.

Que la famille d’Harpignies, que la toute digne Mademoiselle Rose Maireau, qui dirigeait avec un dévouement inlassable les derniers pas de l’illustre vieillard, reçoivent ici l’hommage de nos condoléances attristées.

 

Discours de M. Bénédite

Conservateur du Musée du Luxembourg

au nom de l’Administration des Beaux-Arts

 

MESSIEURS,

 

Ce n’est pas l’heure de faire de longs discours ni de retracer le tableau de cette admirable existence quasi séculaire d’artiste. Un jour viendra, un jour prochain sans doute, alors que la Patrie, sortie du lourd cauchemar qui pèse sur tous les peuples, sous le soleil- de la victoire que notre illustre et vénéré ami n’aura pas eu la dernière joie de voir luire, alors que la Patrie aura repris son activité féconde dans son labeur pacifique, un jour viendra, nous l’espérons, où il nous sera permis de recueillir, en une inoubliable leçon, par la voix unanime
des principaux chefs-d’œuvre du maître, le témoignage le plus imposant de ce noble et fervent génie naturaliste. Nous en formulons le vœu devant celle qui fut la compagne, au dévouement inlassable, à la pitié toute filiale, de ses dernières années et qui veut se vouer désormais à la gloire, comme elle s’est vouée au bonheur du grand artiste.

Mais, j’ai du moins le devoir de porter ici, à la dépouille d’un maître qui était hier le doyen de l’École et qui est un de ceux qui l’ont le plus hautement honorée, le salut respectueux et l’hommage reconnaissant du Sous-Secrétaire d’État des Beaux-Arts, au nom du Gouvernement de la République.

Et j’ai ainsi l’honneur particulier et la triste satisfaction de venir moi-même apporter mon adieu profondément ému et mon souvenir, qui demeurera plein de gratitude, au grand artiste et en môme temps à l’homme bon, sensible et indulgent qui voulait bien honorer de sa bienveillance tous les jeunes amis et admirateurs que lui attiraient la beauté grandiose de
son œuvre et la jeunesse éternelle de son esprit et de son cœur.

Car c’est là un phénomène extraordinaire de cette exceptionnelle nature que ce don perpétuel de sensibilité, d’émotion, de jeunesse en un mot, qui marque sa vie jusqu’à son dernier jour. Qu’il est beau et réconfortant le mot de cet agonisant presque centenaire qui bénit la vie « parce que la vie est si belle et aussi qu’il y aurait encore tant à dire d’elle ! »

Ce splendide et viril optimisme se marque dans l’œuvre du maître ; elle ignore les tristesses moroses et les mélancolies ; elle est mâle, puissante et vigoureuse et s’élève avec majesté comme les beaux chênes aux bras tordus de ses paysages sur les grands ciels mouvementés. Harpignies est en ce sens l’héritier-direct de son maître de prédilection, de Corot, avec moins de sérénité attendrie et de volupté païenne sans doute, mais avec une allégresse robuste, une ampleur magistrale, tout l’éclat de la nature dans sa force et sa richesse. Ce grand mélomane avait compris, lui aussi, la valeur mélodique d’une
belle ligne d’horizon, d’une noble silhouette d’arbres sur l’accompagnement lumineux du ciel.

Harpignies est, par le style, la noblesse, l’héritier de Corot, comme il est le continuateur de la grande tradition française. Il est, lui aussi, un classique par excellence, un classique dans tout ce que ce terme a de grand et signifie de traditionnel, de permanent, nous dirions d’éternel.

Je salue donc avec regret, avec admiration et aussi avec une profonde gratitude émue la mémoire de ce grand paysagiste, qui demeurera toujours vivante et je reporte avec vous ma pensée émue vers eux, et vers celle surtout que cette séparation cruelle met en deuil.

 

Discours de M. Léon Bonnat

Membre de l’Institut,

Directeur de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts

 

MESSIEURS,

 

Un grand peintre vient de mourir.

Harpignies n’est plus. Le « Vieux Chêne », comme nous l’appelions familièrement, vient de tomber à l’âge de 97 ans. Nous nous faisons une fête de célébrer son centenaire. Sa robuste constitution, sa puissante vieillesse nous faisaient espérer le voir atteindre cet âge avancé. La fatalité nous a enlevé cette joie.

Il a travaillé jusqu’au dernier jour, et ses œuvres, toujours empreintes de sa forte originalité, ne sont pas inférieures à celles de sa jeunesse et de son âge mûr. En lui s’éteint un des représentants les plus glorieux de cette pléiade admirable de paysagistes qui a jeté tant d’éclat sur l’École Française.

Harpignies était non seulement un grand peintre et le Maître le plus dévoué à ses élèves, c’était aussi un fidèle ami dont celui qui écrit ces lignes a pu, pendant près de soixante ans, apprécier le charme. D’un caractère entier, comme son art vigoureux, il avait le sentiment de sa valeur, et, parfois, ne ménageait-il pas des coups de boutoir à ceux qui ne partageaient pas ses avis ; mais il tempérait souvent ces duretés parades douceurs de langage, des intonations de voix d’une grâce infinie.

Il était passionné de musique et jusqu’au terme de sa longue existence il à su s’entourer d’une élite de jeunes musiciennes, auxquelles il se plaisait parfois à s’associer pour interpréter les grands maîtres qui le ravissaient, « ses Dieux », disait-il.

En somme, Harpignies a eu une vie admirable de travail et de succès, dont les dernières années ont été entourées des soins les plus intelligents, les plus dévoués d’une compagne à. laquelle, au nom de tous, je me fais un devoir d’adresser ici les remerciements chaleureux qu’elle a si bien mérités. »

 

Rose Maireau mourut le 7 novembre 1923 à Saint-Privé. Elle fut enterrée dans le même caveau qu’Harpignies (elle avait organisé ses obsèques), mais son nom ne figure pas sur la tombe – soit la configuration de la pierre ne se prêtait pas à l’ajout de son nom, soit les fonds manquaient afin qu’un graveur la mentionne.

 

En 1925, Jean Maireau s’était installé sur la plus méridionale des Îles Australes, Rapa, qu’on appelle parfois « Rapa Iti », la « petite Rapa », afin de la différencier de sa voisine Rapa Nui, aussi connue sous le nom d’île de Pâques. Le 16 décembre de cette année-là, il épousa Murena Nounou Angia.

Nous avons trouvé une référence à une enfant, Rose Maireau, qui était boursière en 1939.

Rapa est une fascinante île volcanique d’à peine 40 km² avec deux villages : Ahurei et Area. L’île est si loin de tout que seul un cargo la ravitaille quatre à cinq fois par an. Jean était chef de postes à Ahurei quand il mourut le 7 février 1943 à 19h.

            Il y a peut-être toujours des descendants de Rose Maireau à Rapa ; un troisième épisode n’est donc pas impossible… si nous arrivons à avoir accès aux archives des Îles Australes (ce qui est plus compliqué qu’il n’y paraît).

 



[1] : De nombreux arbres sur Geneanet donnent « 1872 » comme son année de naissance, mais il était né le 6 juillet 1875 à Famars dans le Nord. Il était comptable et mourut chez lui, au 11, rue Mazarine dans le VIe arrondissement de Paris.

[2] : Dans les actes de naissances de Dunkerque, se trouve une transcription en date du 31 octobre 1862. C’est cette date de naissance qui est généralement donnée pour Albert Thiébault, mais la transcription indique qu’Albert Marie Joseph fut baptisé le 3 mars 1860 dans le village de New Inn (Comté de Tipperary en Irlande).

[3] : La famille Vantillard a deux caveaux au cimetière Montparnasse à Paris et c’est là que Marguerite fut enterrée le 12 septembre. Son frère était vitrailliste.

[4] : Cf. L’Aéro du 2 mars, p. 4

[5] : Cf. p. 13.

[6] : Cf. pp. 235-236.

Flash info : Visites guidées gratuites en mars à Athènes

            Si, par hasard, vous passez par Athènes au mois de mars, de nombreuses visites guidées sont proposées gratuitement.

Un article du Greek Reporter détaille les événements prévus et en donne la liste complète (en anglais).


Exposition : « Licornes ! » au musée de Cluny (10 mars-12 juillet 2026)

            La prochaine exposition du musée de Cluny, Licornes !, ouvrira ses portes le 10 mars et pourra être visitée jusqu’au 12 juillet 2026.


 

Le site du musée nous dit : https://www.musee-moyenage.fr/activites/expositions/expositions-en-cours-.html

« Vous pensez tout savoir sur la licorne ? Omniprésente dans la culture populaire contemporaine, la licorne a traversé les siècles et les continents. Et pourtant, cet animal fantastique reste encore plein de mystères. 

Connue depuis l’Antiquité, il faut attendre la période moderne pour que son existence soit remise en cause. Elle ne disparaît pas pour autant de l'imaginaire collectif. Figure de pureté ou de l'amant délaissé, elle peut aussi se révéler dangereuse et menaçante, comme dans certaines représentations médiévales. Gage de chance dans la culture asiatique, elle est recherchée en Europe pour ses vertus médicinales. Sa corne, en particulier, est réputée purificatrice. Aujourd'hui encore, la licorne fascine et peuple la littérature fantastique comme les univers enfantins. Elle revêt des significations variées, évocatrice de singularité quand elle est brandie en étendard des différences de genre, ou de succès dans le monde des start-up. 

Une exposition du Museum Barberini, Potsdam et du musée de Cluny - musée national du Moyen Âge, Paris, en collaboration avec le GrandPalaisRmn. 

Consultez le communiqué de presse de l'exposition ici. »

 

Des nouvelles de Clio (bulletin #11)

Dans ce bulletin, nous vous proposons :

* Si vous voulez savoir comment les archéologues font des fouilles en pleine ville, l’Inrap a un article sur le sujet.

* Il est curieux – et fascinant – de voir comment de grandes villes se métamorphosent. Si vous voulez en savoir un peu plus sur Athènes au début du XXe siècle, c’est par ici (article en anglais – attention : peut contenir une photo de bergers et de leurs moutons en 1907).

* Un aspect des jeux du cirque chez les Romains a été largement oublié et peu étudié (mais principalement par manque de sources à analyser) : il y avait des femmes gladiateurs. Le peu d’éléments qu’il nous reste sur elles est très intéressant et nous donne une image plus complète de la société romaine en général (article en anglais).

* Aujourd’hui, qui connaît l’histoire d’Érysichthon ? Pourtant, ce souverain qui défia Déméter et fut puni par la déesse est, dès l’antiquité, un avertissement contre l’arrogance, la cupidité et le manque de respect de la Nature. Il existe plusieurs versions de son histoire, mais ce qui y est important est qu’il faut respecter la Terre ou les conséquences sont toujours terribles – même si Déméter n’est pas là pour choisir la punition infligée (article en anglais).

* Si la stèle de Lemnos se trouve au musée national archéologique d’Athènes où il est indiqué qu’il s’agit d’un don du Dr Vassilios Apostolidis, cette découverte archéologique majeure n’a, en fait, pas été saisie par l’école française d’Athènes (probablement pour l’envoyer au Louvre, comme bon nombre de leurs découvertes) grâce à Ioannis Pantelidis et à son fils, Odysseas. Ioannis cacha la stèle et, après sa mort, son fils parvint à l’envoyer en Égypte. Ce fut le Dr Apostolidis qui en fit don au musée afin que les autorités turques ne fassent pas – officiellement – le lien entre la stèle et la famille Pantelidis. Le musée pourrait peut-être ajouter une plaque en l’honneur des Pantelidis… (article en anglais)

* Les statues grecques nous présentent des personnes d’une incroyable beauté. Les Grecs anciens étaient-ils tous beaux ? Il est bien évident que non (les dramaturges nous éclairent sur ce point en se moquant de ceux qui mènent une vie d’excès), mais la beauté extérieure était censée refléter la beauté intérieure. Les statues sont donc une expression de la philosophie grecque (article en anglais).

* De nombreuses femmes sont beaucoup trop patientes, calmes et tolérantes face au sexisme institutionnel. Prenez Jocelyn Bell Burnell : alors qu’elle étudiait à Cambridge, en 1967, elle remarqua un signal qui mena à la découverte des pulsars et qui reçut un prix Nobel ? Son directeur de recherche ! Oh, sa contribution a éventuellement été reconnue… en 2018 (article et une vidéo – le tout en anglais).

* Une universitaire remet en question le fait que seuls des hommes étaient potiers à l’Âge du fer en Grèce (après tout, la plupart des peintures trouvées dans les cavernes sont dues à des femmes). Les sujets dépeints sont souvent liés aux activités féminines. Il faudrait maintenant examiner les marques laissées par les potiers afin d’essayer de déterminer leur sexe (article en anglais).

Curiosités de musée : Des chiots de Pompéi

            Le musée archéologique national de Naples se situe dans le Palazzo degli Studi et est un des plus grands musées archéologiques du monde. C’est sans doute le musée qui possède le plus d’objets romains au monde.

Les toutes premières pièces proviennent de la collection Farnèse (Alexandre Farnèse (1468-1549) qui fut pape sous le nom de Paul III, fut un très grand collectionneur), mais le nombre d’œuvres romaines augmenta grandement quand les archéologues commencèrent à explorer Pompéi et Herculanum.

            À Pompéi, une des maisons dont les œuvres d’art ont été préservées par les cendres de l’éruption du Vésuve en 79 a été baptisée « maison du faune », parce qu’une statue de faune dansant s’y trouvait. C’est aussi là que fut découverte la célèbre mosaïque d’Alexandre le Grand à la bataille d’Issos. La maison du faune occupait toute une insula (un pâté de maisons ou îlot urbain) et de nombreuses œuvres magnifiques y ont été découvertes.

Le musée archéologique national de Naples possède notamment un petit marbre touchant et assez inhabituel : un groupe de quatre chiots qui se serrent les uns contre les autres.