Parfois, une œuvre est juste ce qu’elle montre, mais il arrive que son auteur s’en serve afin de délivrer un message. Il arrive aussi que des choses soient cachées.
Il y a quelques semaines, nous avons croisé une référence à un morceau de musique caché dans une toile de Jérôme Bosch. Bosch était le nom de guerre de Jheronimus van Aken (1450 ?-1516) qui résidait à Bois-le-Duc – ‘s-Hertogenbosch (ou Den Bosch) en version originale, ce qui explique le nom de notre artiste.
Né dans une famille de peintres, il épousa une aristocrate, Aleid van de Meervene. En plus de la fortune que son épouse lui apporta et qui améliora sa position sociale à Bois-le-duc, il devint membre « notable » de la confrérie Notre-Dame, ce qui fit de lui le peintre attitré de la Vierge dans la région.
Le style de Bosch est très particulier et sa façon de représenter les péchés et les pécheurs peut être bien sombre et cruelle.
Ici, c’est son triptyque le Jardin des délices qui nous intéresse. Bosch a utilisé de la peinture à l’huile sur des panneaux de chêne (hauts de 2,20 m et, en tout, larges de 3,86 m).
Le commanditaire est inconnu et la date de création fluctue entre 1480 et 1504.
En 1570, le triptyque arriva en Espagne dans les bagages de Fernando Álvarez de Toledo y Pimentel, duc d’Albe (1507-1582). Ses héritiers donnèrent l’œuvre à la famille royale en 1593 ; elle resta au palais de l’Escurial jusqu’en 1939 et elle fut placée au musée du Prado où on peut l’admirer aujourd’hui encore.
Le Jardin des délices est ésotérique, énigmatique et… bizarre. Les dernières théories à son sujet sont que cette œuvre serait un speculum nuptiarum – un miroir nuptial devant servir de guide à de jeunes mariés afin de leur montrer l’importance des liens sacrés qui les unissent.
Le panneau de gauche représente le paradis et l’union d’Adam et Ève par Dieu, le panneau central décrit l’humanité avant le déluge et celui de droite dépeint l’enfer. Quand il est fermé, les deux panneaux du triptyque représentent la Création du monde.
C’est dans le panneau de droite qu’un personnage nu se trouve écrasé par un instrument de musique géant.
Ce personnage a de la musique sur le postérieur.
Le fait qu’il y ait peu d’indications musicales fait dire à certains que Bosch avait simplement placé des notes de façon aléatoire sur une partition. C’est tout à fait possible, mais il avait reçu une bonne éducation, connaissait le latin et était très impliqué dans la confrérie Notre-Dame ; peut-être connaissait-il des rudiments de musiques.
De
même, certains disent que cette partition avait déjà été transcrite en 1978 par
un moine espagnol, Gregorio Paniagua.
En 2014, une étudiante américaine, Amelia Hamrick, s’est penchée sur ce personnage et le morceau de musique sur sa face arrière. Depuis, d’autres se sont essayés à l’interprétation de ces notes et, que ce soit un air voulu par Bosch ou un heureux hasard musical, le son est fascinant ; en voici une version :

.jpg)
