Fielding par Delacroix
Thales Angelo Vernet Fielding fut baptisé à l’église All
Saints de Stamford dans le Lincolnshire, le 4 décembre 1793.
Il était l’un des cinq fils du
peintre Nathan Theodore Fielding (1747 ?-1814) et d’Elizabeth Baker (1760 ?-1807 ?).
En 1810, il exposa pour la première fois à la Society of
Painters in Water Colours (Société des aquarellistes). Il fut sans doute aussi
formé par son père et peut-être d’autres tuteurs, puis il devint étudiant aux
Royal Academy Schools (Écoles de l’Académie royale de peinture) sous le
matricule H1057 après avoir été pris à l’essai le 27 juillet 1813. D’ailleurs, le 22 mars 1815, « T. A.
Fielding » apparaît sur le registre des étudiants autorisés à dessiner
dans la galerie Townley du British Museum. Il était recommandé par un des
membres de la Royal Academy, Henry Fuseli (1741-1825).
En 1818, il fit probablement un passage à la British
Institution School of Painting (École de
l’Institution britannique de peinture)
De 1814 à sa mort, il exposa à la Royal Academy, la Society
of British Artists et la British Institution.
En 1818,
il s’installa au 26, Newman Street à Londres et, quand il résidait en Angleterre, ce fut son adresse jusqu’à sa mort.
En plus d’être un aquarelliste, il était aussi graveur à
l’aquatinte et le fait que son style soit proche de celui de Theodore, son frère
aîné, ralentit sa reconnaissance par le public.
En 1823, il séjourna à Paris avec son père et deux de ses
frères, Theodore et Newton. Ils étaient venus en France afin de créer un
atelier. Ce fut à cette occasion qu’ils devinrent tous ami avec Delacroix, mais
le lien fut plus important entre Eugène et Thales. Ce fut l’aquarelliste
Charles-Raymond Soulier (1792-1866) qui présenta Delacroix aux Fielding.
Delacroix et Soulier se connaissaient depuis 1816 ; Soulier avait initié
Delacroix à l’aquarelle, mais selon les techniques anglaises (Soulier avait
grandi en Angleterre et était élève de Copley Fielding). Soulier apprit aussi
l’anglais à Delacroix.
Thales Fielding profita de son séjour parisien afin
d’exposer au Salon de 1824. En octobre de cette année-là, il partagea son
atelier au 20, rue du Colombier (l’actuelle rue Jacob dans le VIème
arrondissement de Paris) avec Delacroix. Ce fut sans doute lors de cette
cohabitation artistique qu’ils peignirent leurs portraits.
De la fin mai à la fin août 1825, il fit un séjour à
Londres avec Delacroix, puis ils retournèrent à Paris où Fielding resta
jusqu’en 1827, puis il retourna à Londres gérer les affaires de sa famille. Ce
fut cette année-là qu’il exposa son portrait de Delacroix à la Royal academy.
En 1829, il fut élu associé à la Society of Painters in
Water Colours.
En 1836, il signa un contrat pour un salaire annuel de
300 £ en tant
que professeur de dessin à la Royal Military Academy (Académie royale militaire)
à Woolwich.
Emporté par une fulgurante
maladie, il mourut chez lui, à Londres, le 27
décembre 1837, et fut enterré au cimetière All Souls à Kensal Green.
Le 7 floréal an VI (26 avril 1798), Ferdinand Victor Eugène Delacroix
naquit à Charenton-Saint-Maurice. Il fut une surprise pour ses parents,
Victoire Œben
(1758-1814) et Charles François Delacroix de Contaut (1741-1805) qui avaient
déjà trois enfants : Charles-Henri (1779-1845), qui finit sa carrière avec
le grade général d’empire,
Henriette (1782-1827), qui épousa le diplomate Raymond de Verninac-Saint-Maur
(1761-1822), et Henri, né en 1784 et tué à la bataille de Friedland le 14 juin 1804.
Leur dernier enfant est
d’autant plus une surprise que Charles Delacroix avait un problème médical, un sarcocèle
(une tumeur charnue du testicule), au moment de la conception. Le docteur
Imbert-Delonnes réussit une première médicale en pratiquant l’ablation de cette
tumeur et son patient se rétablit en deux mois. Comme Eugène naquit juste un
peu plus de sept mois après l’opération de son père qui fut hautement commentée, quelques langues de vipères de salon prétendirent que le petit dernier
des Delacroix avait pour père Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord
(1754-1838) ; c’était vraiment accorder foi à des ragots, simplement parce
que Talleyrand était proche des Delacroix.
Eugène
perdit son père le 4 novembre
1805 et dès janvier de l’année suivante, Mme Delacroix s’installait
pour quelques temps avec Eugène au 50, rue de Grenelle à Paris chez sa fille
Henriette et son époux, Raymond de Verninac. Eugène se trouva donc
proche du demi-frère de sa mère, le peintre Henri Riesener, ce qui
l’introduisit dans le monde de la peinture ; il semble qu’il ait eu des
dispositions pour la musique, mais son éducation musicale prit fin à la mort de
son père (il resta lié à la musique par ses fréquentations et ses amitiés).
Ce fut également en 1806, à la
rentrée d’octobre, qu’il fut envoyé au lycée Louis-le-Grand (lycée impérial à
l’époque). Il fut bon élève et se fit des amis qu’il conserva jusqu’à sa mort.
En 1813, Eugène obtint un quatrième accessit de dessin et
Riesener le présenta au baron Gérard (1770-1837) qui était un ancien élève de Jacques-Louis
David (1748-1825), comme Riesener.
En 1814, il se retrouva orphelin et partit vivre chez sa
sœur, qui résidait alors au 114, rue de l’Université.
En 1815, il
obtint le premier accessit de dessin et termina sa scolarité. Grâce à Riesener,
il intégra l’atelier du baron Guérin (1774-1833). Il y rencontra Théodore
Géricault (1791-1824). Malgré la maigre rente qui lui venait de son père et
quelques commandes, Delacroix manquait d’argent et l’enseignement en atelier
privé revenait fort cher. Il alla à l’école des Beaux-Arts de Paris dès 1816,
mais sa technique n’était pas assez bonne pour lui faire atteindre le prix de
Rome. 1816 fut aussi l’année où il fit la connaissance de Soulier qui lui
présenta les Fielding.
Delacroix
commença sa carrière en tant que décorateur (de 1819 à 1821). Il quitta le
domicile de sa sœur en 1820 et s’installa au 22, rue de la Planche (l’actuelle
rue de Varenne).
Il exposa au
Salon pour la première fois en 1822 avec La Barque de Dante ; si la
toile qui se trouve aujourd’hui au Louvre fut achetée par l’État (moins cher
que Delacroix ne la vendait), les réactions quant à son style furent
partagées : la vieille garde détesta (sauf le baron Gros (1771-1835), qui
était lucide quant à l’évolution de la peinture), mais les
critiques plus jeunes apprécièrent sa contribution.
Il est à noter qu’il était en
retard et utilisa un vernis qui abima la toile (il eut l’autorisation de la
restaurer lui-même en 1860). Il commit de nouveau la même erreur avec La
Liberté guidant le peuple en 1830 ; cette toile fut récemment sauvée
par les équipes du Louvre.
Toujours en 1822, sa sœur se
retrouva veuve et il l’accueillit chez lui, ainsi que son neveu, Charles de
Verninac (1803-1834).
En 1823, il retourna rue de Grenelle, mais au 114 cette
fois-ci.
Tout comme Géricault qui
s’inspirait de faits d’actualité, Delacroix peignit Scènes des massacres de
Scio, qu’il présenta au Salon de 1824 afin que le public n’oublie pas le
massacre d’avril 1822 commis par les Turcs sur la population de l’île de Chio.
S’il connaissait ses classiques latins et grecs, il se
révéla aussi philhelhène et connaisseur en littérature étrangère :
l’épisode choisit pour sa première toile n’est pas l’un de ceux repris par tant
d’autres artistes qui ne connaissaient pas vraiment l’œuvre de Dante et son
séjour en Angleterre l’initiera à Shakespeare dont le travail parlait à son
imaginaire et sa sensibilité Romantique. Il connaissait aussi la littérature
allemande.
En 1827, certains critiques assassinèrent La Mort de
Sardanapale, mais Victor Hugo (1802-1885), encore une fois, défendit cette
œuvre.
En 1830, Delacroix se trouva au cœur de la Révolution des Trois
Glorieuses (du 27 au 29 juillet) qui lui inspira La Liberté guidant le
peuple qu’il présenta (vernie trop vite) au Salon de 1831.
Ce fut en 1831 qu’il fut décoré
de la légion d’honneur. Thales Fielding ajouta alors cette décoration à sa
toile, mais nous ne savons pas exactement à quelle date.
En 1832, il séjourna au Maroc, en Algérie et en Espagne.
Il y trouva l’inspiration pour de très nombreuses toiles.
En 1833, il rencontra chez un amis une domestique
bretonne, Jeanne-Marie, dite Jenny, Le Guillou (1801-1869) qui entra à son
service environ deux ans plus tard et qui fut son intendante, garde du corps,
infirmière et amie jusqu’à sa mort.
Il reçut de nombreuses commandes de l’État, ce qui
l’occupa pendant des années (notamment la décoration de la bibliothèque du
Sénat et de la bibliothèque de l’assemblée nationale).
En 1839, il se rendit en Belgique et en Hollande.
En 1842, il fut gravement malade.
Le 5
juillet 1846, il fut promut officier de la légion d’honneur ;
Thales Fielding n’était plus de ce monde pour modifier la décoration de son
ami.
L’avènement de la République ne lui fit pas perdre ses
contrats et, en mars 1850, il fut chargé de décorer la partie centrale du
plafond de la galerie d’Apollon au Louvre. Cette année-là, il retourna en
Belgique et Hollande et visita aussi l’Allemagne.
En 1855, il
présenta une rétrospective de son œuvre lors de l’Exposition universelle (à
cette occasion, Charles Baudelaire (1821-1867) écrivit un bel éloge du style de
Delacroix) et il fut promu commandeur de la légion d’honneur.
En 1856, il s’installa 6, place de Furstenberg (où se
trouve son musée aujourd’hui).
Après neuf candidatures, il fut
enfin élu à l’Institut en 1857. Il pensa rédiger un Dictionnaire des
Beaux-Arts, mais il tomba gravement malade en fin d’année (en juillet 1858, il
n’était pas encore complètement remis). Il parvint à participer au Salon en
1859 – pour la dernière fois ; il retomba malade en janvier 1860.
Atteint de tuberculose, son état se dégrada en 1863 à
partir de juin et à 6 heures, le 13
août, il s’éteignit en tenant la main de sa fidèle Jenny à qui il légua de
nombreuses choses. Ce fut Jenny Le Guillou qui décida de faire éditer le
journal que Delacroix avait tenu, parfois pas très régulièrement.
Il repose au cimetière du
Père-Lachaise et sa fidèle Jenny l’y rejoignit, selon la volonté du peintre, en
1869.
Sources :
Myrone
(Martin), Drawing after the Antique at the British Museum - Supplementary
Materials: Biographies of Students Admitted to Draw in the Townley Gallery,
British Museum, with Facsimiles of the Gallery - Register Pages (1809 – 1817)
[téléchargeable ici]
https://www.britishmuseum.org/
https://www.assemblee-nationale.fr/14/evenements/delacroix.asp
https://www.musee-delacroix.fr