La famille du Teil faisait souvent carrière dans les armes.
Portrait du général du Teil par Alfred de Jaubert[1]
Ainé de Marguerite de Chambaran (1700 –31 janvier 1758) et de François du Teil (19 janvier 1686-4 février 1758), seigneur de Beaumont, capitaine au régiment Royal-artillerie et chevalier de l’ordre de Saint-Louis, Jean-Pierre du Teil de Beaumont naquit le mardi 14 juillet 1722 au château de Pommier à la Côte-Saint-André dans l’Isère ; il fut baptisé le lendemain. Le contrat de mariage de ses parents est en date du 20 avril 1722.
François et Marguerite du Teil
eurent trois autres fils, tous militaires : François Alexis (3 mars 1729-4 février 1760) qui mourut à
Pondichéry, Jérôme (28 mars 1730- 27
janvier 1759) qui fut mortellement blessé au siège de Madras et
Jean (1738-1820). Marguerite donna naissance à François en 1742, mais l'enfant mourut en 1743 ; elle eut aussi trois filles : Madeleine (1724-1725), Rosalie (1731-1733) et Marianne (1736-1742).
Le futur général eut une carrière militaire en deux temps. Il rejoignit en volontaire l’artillerie alors qu’il n’avait pas encore dix ans en mars 1731.
Le 18 décembre 1733, il devint cadet et participa à sa première campagne en Italie. Il y fut encore en campagne en 1734 et 1735.
Le 24 août 1735, il fut nommé sous-lieutenant de canonniers au bataillon de Labory (devenu Fontenay, puis Soucy).
En 1741 et 1742, il fut en campagne en Bohême.
Il passa lieutenant en second de canonniers le 9 novembre 1743. De 1743 à 1748, il participa aux campagnes dans les Flandres et il fut notamment blessé par un éclat de bombe au siège de Tournai en 1745.
Le 29 mars 1746, il fut nommé lieutenant en premier de canonniers.
Il passa capitaine en second de sapeurs le 14 avril 1748 et fut fait chevalier de Saint-Louis le 8 mai 1753.
Le jeudi 26 février 1756, à la Côte-Saint-André, il épousa Marie Florie Madeleine Fay de Perraud qui était la fille du lieutenant général de police local et conseiller du roi, Joseph Fay de Perraud, et de Marie Colin de La Marche. Le marié avait presque trente-quatre ans et sa jeune épouse seize. Marie Fay de Perraud était pensionnaire de la noble abbaye de Laval à la Côte Saint-André où le contrat de mariage fut signé dans le grand parloir
Il fut fait capitaine en premier de canonniers au bataillon de Cosne le 1er janvier 1757 et le 3 juillet, le premier des onze enfants du couple, Claude Jean Joseph Pierre, vit le jour au château de Pommier à la Côte Saint-André[2].
En 1757 et 1758, il participa à des campagnes en Allemagne.
Le 1er janvier 1759, il était employé à Sélestat[3]. Au château de Pommier, son fils Jean-Michel[4] vit le jour le 16 septembre 1759.
En 1760, il participa à une nouvelle campagne en Allemagne ; le 27 mars 1760, il était capitaine à la brigade de Mouy. Il demanda une pension de retraite pour raison de santé et l’obtint le 26 mai 1760 et Jean-Augustin[5] naquit au château le 19 novembre de cette année-là.
Il quitta sa retraite et rejoignit de nouveau l’armée et fut employé à Marbourg ; le 20 juin 1761, il fut réadmis au corps de l’artillerie et le 25 novembre de la même année, il devint capitaine de bombardiers à la brigade de Saint-Auban.
En 1762, il participa de nouveau aux campagnes en Allemagne. Marie donna naissance à Jean Albin cette année-là, mais l’enfant mourut le 5 décembre 1763. Dans la même année, Marie avait donné naissance à leur première fille, Jeanne[6].
Il fut envoyé à La Rochelle le 13 août 1765 et fut élevé au rang de chef de brigade le 15 octobre de la même année. C’est à ce grade qu’il fut envoyé au régiment d’artillerie de Toul le 25 août 1766. Cette année-là, Marie donna naissance à Jean Alexandre ; l’enfant ne vécut qu’un an.
Le 29 février 1768, il devint lieutenant-colonel.
Le 29 décembre 1769, Eulalie[7] vit le jour au château.
Il fut nommé sous-directeur à Collioure le 11 avril 1770.
Le 16 janvier 1771, Clotilde[8] naissait au château.
Il retourna au régiment d’artillerie de Toul le 27 novembre 1773 et son fils Marie-Césaire[9] vit le jour au château le 8 décembre. Il fut suivi d’un autre garçon, Alexandre[10], le 9 juillet 1775.
Le 1er janvier 1777, il fut nommé colonel du régiment d’artillerie de La Fère.
Le 3 juin 1779, il devint commandant de l’École d’artillerie d’Auxonne. Il demanda une permission d’un semestre en septembre : le 6 de ce mois, au château, Alexandrine[11] était née. Malheureusement, Marie ne devait jamais se remettre de cet accouchement. Jean-Pierre du Teil monta au grade de brigadier d’infanterie le 1er mars 1780 et il dut rejoindre son poste. Le dimanche 20 août 1780, Marie du Teil rendit l’âme ; le service funèbre eut lieu le lendemain et elle fut inhumée dans la chapelle des seigneurs. Le veuf demanda un nouveau congé : il devait prendre des dispositions testamentaires, ce qui fut fait le 1er juin.
Le 13 juin 1782, il reçut une gratification de huit cent livres, vraisemblablement pour avoir reçu le grand duc de Russie, Paul Petrovitch (1754-1801, futur Paul Ier de Russie.
Le gourverneur d’Auxonne était rarement à son poste et du Teil remplissait ses fonctions sans être rémunéré pour cela, aussi, le 10 février 1783, il fut suggéré de lui accorder un supplément de traitement de deux mille livres afin de couvrir les dépense qu’il pouvait avoir quand des visiteurs de marque venaient à Auxonne. Le 4 avril, le ministre répondit que les mérites de du Teil étaient connus, mais les finances de l’État ne permettaient pas d’accéder à cette requête. Le 24 octobre, il reçut de Louis XVI (1754-1793) un brevet spécial de commandant (depuis le 13, malade, du Teil avait demandé l’autorisation de prendre plusieurs permissions sur quatre mois, cela lui fut accordé le 15 novembre).
Il devint maréchal de camp le 1er janvier 1784.
Le 19 décembre 1787 arrivait à Auxonne le dernier régiment que du Teil allait commander là et le 25 du même mois arrivait le régiment de La Fère dont le lieutenant en second était Napolionne de Buonaparte.
En 1789, du Teil et Bonaparte quittèrent Auxonne. Il est possible que du Teil ait alors pris Bonaparte comme aide de camp et qu’ils partirent ensemble pour Lyon. Le baron du Teil dut se rendre à Pommier qui fut pillé, une partie de la collection d’armes étant volée, à la fin juillet et qui fut sauvé de l’incendie par le curé de la paroisse et un beau-frère du baron qui était sur place. Informé de la catastrophe, du Teil demanda une permission le 14 août qui lui fut accordée la semaine suivante.
Du Teil était convaincu que la Révolution n’était qu’une passade et que le mouvement prendrait vite fin.
Le 14 juillet 1790, tout en étant soldat du roi, lui et ses officiers prêtèrent le serment fédératif et reçurent des cocardes tricolores. De passage à Pommier en août, il fit une mauvaise chute et obtint une permission jusqu’en octobre ; cette permission fut prolongée jusqu’en mai 1791.
Il devint inspecteur général d’artillerie du sixième département le 1er avril 1791 et lieutenant général des armées du roi le 30 novembre de la même année.
Le baron du Teil s’efforçait de passer le plus de temps possible au château de Pommier. Selon Joseph du Teil, il avait rassemblé « une belle bibliothèque militaire et une importante collection d'armes, pillée en partie en 1789[12] ». Son élève à Auxonne, Napoléon Bonaparte (1769-1821), lui rendit visite au château (c’est là qu’il fit la connaissance d’Alexandrine et se prit d’affection pour elle). La dernière visite de Bonaparte à Pommier date d’août 1791.
Au fil des ans, le baron du Teil avait su étendre son domaine et Pommier lui rapportait plus de douze mille livres par an. Ses fils suivaient tous la même carrière que lui, mais il était aussi attentif à l’éducation de ses filles qu’il confiait à de bonnes institutions (ses aînées étaient en charge des plus jeunes à Pommier).
En avril 1792, il fut nommé commandant en chef de l’équipage d’artillerie de l’armée du Rhin, mais son état de santé l’empêcha de rejoindre et il refusa le poste le 5 juillet ; la charge fut confiée à son propre frère, le chevalier Jean du Teil (1738-1820).
Ne voyant pas les horreurs qui allaient être commises pendant la Terreur, il refusa de fuir et resta en poste à Grenoble où il avait été envoyé. Ce fut là qu'il fut arrêté et envoyé à Lyon où il fut
jugé par la commission militaire le 4 ventôse An II (22 février 1794) pour avoir donné des ordres contre-révolutionnaires lors du siège de Toulon, condamné à mort le 8 ventôse An II (mercredi 26 février) et fusillé le 9 ventôse An II (jeudi 27 février 1794). Son fils Marie-Césaire était avec lui, mais il dut être traumatisé par l'exécution de son père et par sa propre fuite en Suisse afin de ne pas connaître le même sort, car il raconta que la sentence avait été immédiatement appliquée. Jean-Pierre du Teil de Beaumont repose à l'ossuaire des Brotteaux, chapelle des Capucins ; cette chapelle des Martyrs accueille de nombreuses victimes.
[1] : Le comte Alfred Werner de Jaubert naquit à Metz le 19 septembre 1804 et mourut à son domicile au 27 bis, rue de la Chaussée d’Antin dans le IXe arrondissement de Paris le 17 décembre 1863. Louise Michaud (1822-1848), son épouse, était déjà morte et il était, selon son acte de décès, « rentier ». Aucune mention de son activité de peintre – alors qu’il fut formé par Louis Hersent (1777-1860) et exposa au Salon.
[2] : Tout comme son père, il fut dans l’artillerie, dès 1775, et prit sa retraite en 1816. Il fut chevalier de Saint-Louis et mourut à Beaune le samedi 9 novembre 1822. Il se maria deux fois et eut quatre enfants (trois fils avec Angèle de Berbis et une fille avec Louise de Luzy-Pélissac – Cf. http://genobco.free.fr/provence/Tillia4
Beaumont.htm).
[3] : Dans Napoléon Bonaparte et les généraux Du Teil (1788-1794), l'école d'artillerie d'Auxonne et le siège de Toulon publié en 1897, le baron Joseph du Teil (1863-1918) appelle l’Alsacienne Schlettstadt « Schelestadt ».
[4] : Il devint militaire en 1775 et fut capitaine au régiment de Saintonge en 1789. En 1792, il fut aide de camp de son père. Il fut mortellement blessé à Berstheim le 2 décembre 1793
[5] : Il commença sa carrière militaire en 1776 et fut lieutenant au régiment de Lorraine en 1787. Il rendit l’âme à Bayeux le 18 février 1789.
[6] : Cette enfant mourut en 1773.
[7] : Elle épousa Louis Boizot. Elle était veuve quand elle mourut à Metz le 16 février 1830. Elle était rentière. Ce fut son neveu, le chevalier Charles Cézar du Teil (il avait trente-six ans et était capitaine au septième régiment de dragons ; il était le troisième fils de Claude du Teil, aîné des enfants de Jean-Pierre et Marie), qui déclara son décès.
[8] : Elle mourut à Paris le 19 février 1832 (il existe un acte reconstitué aux archives de Paris). Elle était l’épouse de François Jacquesson, qui était rentier. Le couple résidait au 2, rue des Colonnes dans le IIe arrondissement.
[9] : Ce baron du Teil fut lieutenant au corps royal d’artillerie en 1788 et il fut aide de camp de son père en 1791 (un an avant son aîné Jean-Michel). Il fut nommé capitaine en 1793, puis chef de bataillon en 1817. Il fut député de la Moselle de 1825 à 1830. chevalier de Saint-Louis et officier de la légion d’honneur, il fut nommé baron héréditaire par lettres patentes en date du 14 avril 1820. Il épousa Marie de Wayde le 4 septembre 1797 à Metz et ils eurent quatre enfants : trois filles, Henriette, Eulalie et Louise (l’aînée épousa son cousin Charles, celui qui avait déclaré le décès de sa tante Eulalie) et un fils, Henri, qui fut l’un des fondateurs de Jockey Club à Paris et fut à l’origine d’une branche de la famille établie au Guatemala. Marie-Césaire mourut à Paris le 18 décembre 1842.
[10] : Il est aujourd’hui connu sous le nom de baron du Teil de Chars ; sa branche fut fixée à Paris. Il fut nommé lieutenant au corps royal d’artillerie en 1788 et servit jusqu’en 1795, participant à quatre campagnes. Il reprit du service en 1816 : il fut colonel, chef d’État-major des Gardes nationales de Saône et Loire. Il fut fait chevalier de Saint-Louis en 1821 et chevalier de la Légion d’Honneur en 1826. En Loraine, à Gorze, il épousa Françoise de Jouslard d’Ivernay (Ivernay, 1777-Paris, 18 juin 1857) ; ils eurent trois filles (Lydie, Clémence et Flavie) et un fils (James). Alexandre du Teil mourut à Paris le 20 août 1854. Le couple résidait au 2, rue des Saints-Pères.
[11] : Elle épousa Paul Étienne de Patris (Rodez, 29 juin 1778-Tarragone, 23 juin 1811) ; l’acte de décès d’Alexandrine à Metz le 30 septembre 1868 l’appelle « Patris », mais il nomme la défunte « Alexandre ». Une Famille militaire au XVIIIe siècle, ouvrage rédigé par le baron Joseph du Teil et publié en 1896 qui l’appelle « de Patris » donne la bonne version. Le couple eut une seule fille avant que de Patris meure au siège de Tarragone et le jeune couple fut longtemps séparé par les affectations militaires de Paul Étienne. La jeune veuve se retira auprès de son oncle, Jean du Teil de Beaumont (1738-1820). À Metz, le 10 mai 1812, elle parvint à s’approcher de l’empereur qu’elle connaissait depuis que Jean-Pierre du Teil avait pris le jeune officier sous son aile à Auxonne et fit établir un brevet de pension pour Alexandrine ; elle en bénéficiait encore au moment de son décès.
[12] : Teil (baron Joseph du), Napoléon Bonaparte et les généraux Du Teil (1788-1794), l'école d'artillerie d'Auxonne et le siège de Toulon, Paris, 1897, p. 264.

