En même temps que l’exposition « De Naples à Chantilly, les collections de la reine Caroline
Murat », le château de Chantilly nous présente
une exposition d’art contemporain dans la « Grande Singerie » (dans les
Grands Appartements du château) du 6 juin au 26 octobre 2026 :
« Diego Cibeli, confins de porcelaine
Dans le cadre de la
saison napolitaine qui s’inaugure le 6 juin 2026 au musée Condé du Château de Chantilly,
alors que le Jeu de Paume présente les collections de Caroline Murat, reine de
Naples sous l’Empire, l’artiste napolitain Diego Cibelli conçoit une
installation, c’est-à-dire un ensemble de sculptures créées pour l’expositions,
destinées à l’un des espaces les plus emblématiques des Grands Appartements.
Pour la première
fois, l’un des décors les plus emblématiques du XVIIIe siècle, la
Grande Singerie peinte en 1737 par Christophe Huet accueille une création
contemporaine. Dans cet intérieur où se superposent les strates du goût, du
pouvoir et de la mémoire, Diego Cibelli ne reconstitue pas la collection de
porcelaines des princes de Condé aujourd’hui disparues, il en fait renaître le
souvenir et l’imaginaire. Ses formes fragiles, où s’entrelacent figures
humaines, animales et végétales, semblent issues d’un monde enchanté. Entre
Naples et Chantilly, sa production relie deux grandes histoires du raffinement,
des arts décoratifs et du collectionnisme dans une méditation joyeuse sur
l’étrange, l’altérité et la mouvance des formes et des matières.
De Naples à Berlin et Chantilly
Né à Naples en 1987,
Diego Cibelli étudie aux Beaux-Arts de sa ville natale avant de se former à la
Weissensee Kunsthochschule de Berlin. De retour dans la cité parthénopéenne, il
travaille – depuis son atelier du quartier populaire de Scampia dans la
périphérie de Naples – un matériau emblématique de l’histoire artistique et
politique du royaume de Naples : le biscuit de porcelaine (une céramique cuite
sans glaçure).
Cette fragile
matière lactée lui permet d’explorer les formes poétiques du vivant, faisant
dialoguer et s’entrelacer figures humaines, animales, mythologiques et
chimériques dans un univers de métamorphoses.
Après une exposition
au musée de Capodimonte à Naples en 2021, Diego Cibelli obtient le premier Prix
Carta Bianca en 2024, avant de créer une installation permanente à la Fondation
Rovati à Milan en septembre 2025.
Porcelaine en héritage
À Naples, la
porcelaine occupe une place singulière dans l’histoire du pouvoir et du goût,
analogue à celle qu’elle revêtit à Chantilly. Fondée en 1743 par le roi Charles
de Bourbon, la manufacture royale de Capodimonte fut l’une des plus ambitieuses
d’Europe avant d’être appelée à une seconde vie sous le règne de Joachim Murat
et de Caroline Bonaparte, qui en ravivèrent l’élan expérimental et la portée
diplomatique.
Diego Cibelli
s’inscrit dans cet héritage, qu’il réinterprète librement dans une fusion féerique
de formes anthropomorphes, botaniques et animales, telle l’œuvre site-specific
qu’il crée pour la Grande Singerie.
Peint en 1737, ce
célèbre décor déployé en arabesques, peuplé d’espiègles figures simiesques où
dialoguent et s’interpénètrent les Cinq Sens et les Quatre Parties du monde,
abritait autrefois les précieuses collections de porcelaines du duc de Bourbon.
Dès 1725, ce prince avait fondé sa propre manufacture à Chantilly, qui perdura
jusqu’en 1870.
La Grande Singerie
réunissait des porcelaines produites à Chantilly comme d’autres venues des
confins de l’Asie, déployant un Orient imaginaire, promesse d’évasion vers
l’ailleurs chère aux sociétés des Lumières.
En 2026, Diego
Cibelli recrée, avec Confins de porcelaine, l’univers fantastique et
métamorphique de cette collection dont la trace s’est aujourd’hui perdue, dans
un harmonieux choc de représentations.
Le titre de
l’exposition évoque les lointains géographiques rêvés au XVIIIe siècle comme
les frontières mouvantes entre les règnes, les formes et les matières, au cœur
du travail de l’artiste. Confins de porcelaine interroge ainsi
l’étrangeté et l’altérité dans un jeu de rencontres entre les personnages,
l’architecture, le décor, l’œuvre contemporaine et le public.
Cette installation
tisse un dialogue inédit entre l’histoire des collections de Chantilly,
l’imaginaire exotique du XVIIIᵉ siècle et les formes contemporaines de
l’expérience de la découverte de l’étranger profondément ancrée dans la
tradition millénaire de la cité portuaire de Naples.
Diego Cibelli – Premier Prix
Carta Bianca 2024
Cette exposition et
sa communication sont soutenues par l’Association SANTéART, qui a décerné son
premier Prix Carta Bianca à Diego Cibelli en 2024. Trouvant sa source au
croisement de l’art et de la dimension sensible de l’être humain, le Prix Carta
Bianca construit une passerelle entre le monde des artistes et le monde des
patients. Il est fondé autour de valeurs-clés inhérentes aux professions de
santé: partage, don de soi, engagement, solidarité, humanité et considère
l’apport du contact avec l’œuvre comme source de revitalisation et de
renaissance. Avec une dotation annuelle le plaçant parmi les plus importants
Prix français et européens, le Prix Carta Bianca a permis au cours des trois
dernières éditions le soutien de vingt-quatre artistes, choisis par un comité
franco-italien.
Commissariat
Ulysse
Jardat, Conservateur du patrimoine, musée Condé »