Gustave Adolphe Mossa (1883-1971)

            Les Niçois célèbres ne sont pas rares, mais ils se laissent bien souvent éclipser par leurs voisins provençaux, dont la célébrité a atteint Paris ; Frédéric Mistral (1830-1914) est connu grâce à Mirèio, à son prix Nobel et comme fondateur du Félibrige en 1854, pourtant... et pourtant, alors que Mistral n’était même pas né, Joseph‑Rosalinde Rancher (1785-1843) menait déjà le combat pour préserver sa langue, la codifier et la promouvoir par la littérature. Toutefois, il est un Niçois dont le travail est connu, et reconnu internationalement, parce qu’il perfectionna le Carnaval de Nice dans la forme moderne qu’il conserve encore aujourd’hui. Mais, ce ne fut pas la seule œuvre de ce génie trop souvent méconnu : Gustave Adolphe Mossa (1883-1971).

 
Mossa en 1908

            Le 28 janvier 1883, Alexis Mossa (Santa-Fe de Bogota, 15 octobre 1844 – Nice, 2 décembre 1926), professeur à l’École d’art décoratif (future École des arts décoratifs de Nice), devient père. Madame Mossa, Marguerite Alfieri[1] (Castellinaldo, 31 décembre 1855 – Nice, 29 mai 1919), vient de donner le jour à leur unique enfant. Le jeune Gustave va grandir au milieu des toiles et des pinceaux de son père, qui deviendra, officiellement, son professeur de 1897 à 1900. Cette courte période à l’École d’art décoratif permettra au jeune Mossa de se perfectionner, car il est déjà rompu aux techniques classiques : Alexis, qui fut l’élève de Carlo Garacci (1818-1895) et d’Hercule Trachel (1820-1872), eut tout d’abord une influence académique sur son fils. Gustave fut également influencé par sa ville natale, où il trouva de nombreux sujets d’inspiration.

            Le rattachement, définitif cette foi, de Nice à la France est récent, et cela vaut à toute la région une attention particulière de la part de la République qui entend rendre bien française cette terre restée longtemps au royaume de Piémont-Sardaigne.

Les particularismes de Nice sont nombreux. Rattachée à la France ou bien au Piémont, qu’importe, ici, on parle nissart : ni provençal, ni italien, ni piémontais et encore moins français, simplement langue d’oc et de si qui berce tous les Niçois – petit peuple et grands bourgeois compris – parce qu’elle est leur langue et qu’ils sont fiers de la parler (maints récits de voyages signalaient cette particularité en s’étonnant que les personnages importants de la région s’abaissent à une telle pratique).

Aussi, les maisons neuves côtoient les vieilles bâtisses réputées insalubres de la Vieille Ville, partie de la ville qui vous rappelle que l’Italie est toute proche. Il faut également compter sur le caractère cosmopolite de Nice : le climat est réputé, quelques Français y séjournent, mais ce sont principalement les Anglais et les Russes qui y viennent et se font construire des demeures plus extravagantes les unes que les autres ; il est d’ailleurs à signaler que la communauté russe trouvera définitivement asile à Nice après 1917, et qu’elle apportera un style particulier qui s’intégrera parfaitement.

            Nice n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui ; passé Cimiez, le jeune Gustave se trouvait déjà dans la colline et la campagne, sous ce ciel bleu comme nulle part ailleurs.

Au nord, les premiers villages de l’arrière‑pays l’appelaient, accrochés à leurs montagnes, rescapés des temps anciens. À l’est, les Alpes et l’Italie (en 1902, il visite avec son père Gênes, Pise, Sienne et surtout Florence ; en 1903, Padoue et Venise). À l’ouest, la Provence et au sud, la mère Méditerranée.

 

            Tel est l’univers dans lequel Gustave Mossa a grandi. Alexis lui a fait découvrir les œuvres du passé ; en 1900, ils se rendent à Paris pour l’Exposition Universelle. Gustave, déjà sensible au symbolisme agonisant, découvre l’Art Nouveau, avec les œuvres de Gallé ou de Guimard, ainsi que l’historicisme de reconstitutions plus ou moins archéologiques.

 

            La première œuvre symboliste de celui qui signera Gustav Adolf Mossa date de 1904 (après la première guerre, il reviendra à l’orthographe française de ses prénoms). Attiré par le pointillisme, il utilisera cette technique en complément pour parfaire les décors de ses toiles. Toutefois, certains spécialistes reprochèrent à Mossa d’avoir un dessin trop imprécis.

L’étrangeté de son œuvre symboliste a longtemps dérangé et dérange encore.

Il trouve ses sujets notamment dans les œuvres de Shakespeare, de Baudelaire, dans la littérature ou les légendes niçoises, italiennes, germaniques (il fut sensible au romantisme allemand), dans l’opéra, dans l’Antiquité grecque ou romaine. 

Sa période symboliste sera intense, mais brève : en 1911, il découvre les primitifs flamands et fait ses adieux définitifs au symbolisme.

Mossa est également un illustrateur ; il travaille sur les œuvres de Rancher, de son ami Marie‑Barthélémy Marengo (1882-1925), de Georges Delrieu (1905-1966), de Francis Gag (1900-1988) et de bien d’autres.

Il réalise des aquarelles de paysages, niçois ou italiens principalement, et des scènes réalistes au pastel.

Il est surtout « l’Ymagier » du Carnaval. En 1873, son père avait inventé le corso, fastueux et complexe. Gustave Adolphe reprend la structure des chars carnavalesques ; dans sa période symboliste, le Carnaval, monde à l’envers, monde de transgression, permet à l’artiste de donner libre cours à ses fantasmes personnels, nés de ses lectures ou de ses références culturelles. C’est la naissance du Roi éphémère et de Madame Carnaval.

Jusqu’à sa mort, Mossa prendra part aux préparatifs carnavalesques. Mais il ne traite pas que de sujets légers. En 1914, il est mobilisé ; blessé à Ypres, il est renvoyé chez lui pour une longue convalescence et il commence une série sur la « Der des der » : Songeries de la guerre (1915), suivie des Très tristes heures de la guerre et Visions de guerre (1916) qui eurent beaucoup de succès à Paris.

            En 1918, Mossa et sa femme, Charlotte‑Andrée, née Naudin, se séparent[2], mais c’est en 1919 qu’il subit une perte bien plus cruelle encore : sa mère meurt et c’est un choc terrible pour ce fils unique qui avait été choyé et adoré par sa mère.

Il se remarie le 5 septembre 1925 avec Augustine Lucrèce Roux (Nice, 30 avril 1895 –  1955). Le couple a une fille, France Georgette Raphaëlle Rosalinde (Nice, 11 avril 1924 – 13 septembre 2001).

C’est le 24 juillet 1956 qu’il épouse sa nouvelle muse : Marie‑Marcelle[3] Buttelli (Saint-Martin-du-Var, 24 janvier 1908 – Nice, 23 octobre 1999), qu’il rebaptisera « Violette ».

 

Une autre responsabilité artistique allait bientôt échoir à Mossa : son père devient le conservateur du musée des Beaux‑Arts (devenu musée des Beaux‑Arts Jules Chéret en 1928), mais il meurt en 1926 et son fils le remplace. Qui mieux que Gustave Adolphe Mossa pouvait travailler à l’enrichissement et à la mise en valeur de ce musée ? Mossa se montre à la hauteur de la tâche.

 

            Les œuvres du peintre Mossa prouvent qu’il fit de solides études classiques au Lycée de Nice, mais elles n’en sont pas les seules preuves, car Mossa fut aussi un écrivain. Si nous ne devons pas oublier ses nombreux articles et études détaillées, il attacha néanmoins plus d’importance à la poésie et au théâtre ; il écrivit la majeure partie de son œuvre en nissart. Ses œuvres les plus connues sont :

            Lou nouvé o sia lou pantai de Barb’Antò (Nice, 1921). Mystère de Noël qui n’a rien en commun avec la provençale pastorale Maurel ; les personnages prennent vie grâce aux dictons, proverbes et légendes de nos montagnes. Il l’écrivit en collaboration avec Barthélémy Marengo.

            La Nemaìda (Nice, 1923). Comédie en cinq actes, basée sur le poème du même nom composé par Rancher, pour le centenaire de l’œuvre.

            L’anticàri

(Nice, 1930).

Les œuvres de Mossa connurent un tel succès qu’il créa le théâtre de « Barba Martin », rendant ainsi hommage à Eugène Emanuel (1817-1880) et montrant la pérennité du théâtre niçois ; Mossa écrivait ses pièces, les mettait en scène et réalisait, bien évidemment, les décors.

Dans son théâtre, il accueillit Francis Gag, aujourd’hui une des plus importantes figures du théâtre niçois, mais aussi Louis Genari (1871-1952) et Guillaume Boréa (1866-1951).

Mossa connaît sa langue, et ses problèmes de graphies : différences entre les graphies anciennes, italiennes, de l’arrière‑pays, françisantes, mistraliennes, etc... Dans sa pièce La Tina figure une note : il donne pour boutiha (bouteille), vingt‑cinq orthographes différentes et ajoute, comme un clin d’œil, « e segur n’òublidi » (« et j’en oublie sûrement »).

 

            Mossa peignait et écrivait à la niçoise. Enfant de Nice, il aimait à chanter son pays. Le Musée Chéret, perché sur sa colline, dans le quartier des « Baumèta », devint la seconde maison de Mossa. Vers la fin de sa vie, Mossa recevait ses amis, mais également ses visiteurs, dans son bureau au musée comme s’il eut été dans son salon. Victime de problèmes cardiaques, il nous quitta le 25 mai 1971.


[1] : Le décès de Marguerite, chez elle, au 29, rue Lépante à Nice, à onze heures du matin, fut déclaré le lendemain à la mairie par son fils et par son frère, Jean-Baptiste Alféro, restaurateur de son état et alors âgé de cinquante ans.

[2] : Charlotte Gabrielle Andrée (Grenoble, 25 septembre 1887 – Nice, 7 janvier 1972) et Gustave Adolphe se marièrent à Nice le 6 juin 1908. Le divorce fut prononcé le 28 avril 1925. Le couple eut deux enfants : Nicolette Marguerite Yvonne Gabrielle (Nice, 22 mai 1912 – 15 janvier 1989) et Jean Gabriel Robert (Nice, 1er juillet 1914 – Oued Mellah [province de Casablanca, Maroc], 3 septembre 1965).

[3] : Marcelle Maria Louise pour l’état civil.

Des nouvelles de Clio (bulletin #13)

Dans ce bulletin, nous vous proposons :

 

* Le premier gastronome grec était aussi un poète. Si vous souhaitez en savoir plus sur Archestratus et son avis sur la nourriture, ainsi que sur les habitudes alimentaires des Grecs anciens, l’article qu’il vous faut est là et si vous vous demandez à qui nous devons l’invention du four de boulanger, c’est peut-être Théarion dont le travail fut mentionné par Platon. Dans l’antiquité, il existait au moins soixante-douze différentes sortes de pain en Grèce ; le pain était une part importante du régime alimentaire de l’époque (articles en anglais).

* Jacques Jaujard, conservateur du Louvre au moment où la Seconde guerre mondiale éclata, avait pris les devants afin de protéger et cacher les œuvres les plus précieuses du musée. Quand le comte von Metternich arriva au Louvre afin d’y récupérer les œuvres dont les Nazis voulaient s’emparer, le musée était vide. Un documentaire Illustre et inconnu retrace cette extraordinaire aventure (article en anglais).

* Prendre un bain à Pompéi ne devait pas être une très agréable expérience en fin de journée. En effet, des archéologues ont analysé les dépôts calcaires d’un établissement de bains publics et, en plus des canalisations en plomb qui contaminaient l’eau pour lentement vous transformer en légume, l’eau ne provenait pas d’un aqueduc, mais de sources et autres puits et n’était changée qu’une fois par jour. Pas très propre tout ça (article en anglais).

* Le 20 janvier 2026, Jeffrey Roth a sorti un documentaire sur l’archéologue égyptien Zahi Hawass : L’Homme au chapeau (The Man with the Hat). La carrière tumultueuse d’Hawass y est évoquée et il y explique qu’il espère trouver la tombe de Néfertiti avant de prendre sa retraite (article en anglais).

* L’Histoire de la Grèce a encore quelques mystères que les archéologues n’ont pas encore réussi à élucider. En revanche, au sujet de la mort d’Alexandre, la maîtresse de conférences à la Dunedin School of Medicine en Nouvelle-Zélande, Katherine Hall, a une théorie absolument fascinante (article en anglais).

* La guerre de Troie a-t-elle eu lieu ? Est-ce même la bonne question ? Troie, en tant que cité, a bien existé, mais l’histoire racontée par Homère est-elle un conte ou contient-elle une part de vérité historique ? Tout cela est très compliqué, mais fascinant (article en anglais).

* Une pièce très rare a été trouvée dans le Yorkshire. Un détecteur de métaux peut donc faire de jolies découvertes archéologiques (article en anglais).

* Il est bien évident que l’Athènes antique était de taille à remettre en question les élites et qu’il serait compliqué de faire la même chose aujourd’hui, mais… avouez que la possibilité d’une graphē paranómōn (action en justice à caractère public) afin d’empêcher les plus riches de se comporter comme s’ils étaient au dessus des lois fait rêver (article en anglais).

* On dit la « comète de Halley », mais cette comète est brodée sur la tapisserie de Bayeux (ce n’est pas une tapisserie !). Enfin, marquez son retour dans vos agendas pour juillet 2061 (article en anglais).

 

Expositions à venir en 2026 à Versailles

            « Le Grand Dauphin. Fils de roi, père de roi et jamais roi » fut la première exposition du château de Versailles à fermer ses portes le 15 février.

« 1725. Des alliés amérindiens à la cour de Louis XV » peut être visitée jusqu’au 3 mai.

 

            Le site du château annonce les prochaines expositions :

 

« Jardins des Lumières (1750-1800)

Du 5 mai au 27 septembre 2026
Grand Trianon, jardin anglais du Petit Trianon

Au printemps 2026 ouvrira Jardins des Lumières (1750-1800), une grande exposition qui rassemblera près de 150 œuvres - peintures, dessins, mobilier, projets d'architecture ou encore costumes - afin de révéler toute l'originalité et la diversité des jardins paysagers conçus dans la seconde moitié XVIIIe siècle. Inspiré du modèle né en Grande-Bretagne dans les années 1730, ce nouveau style s'affranchit des règles du jardin à la française, rompant avec la symétrie et les tracés géométriques pour privilégier l'irrégularité, le pittoresque et l'évocation poétique de la nature. À partir de la seconde moitié du siècle, cette esthétique conquiert l'Europe du Nord dans un mouvement d'anglomanie qui associe fabriques excentriques, rêveries philosophiques, goût de l'exotisme et recherche d'un refuge intime. L'exposition en explorera les multiples sources - de l'Antiquité à la Chine - ainsi que les nouveaux modes de vie qu'elle accompagne, entre plaisirs champêtres, fêtes et contemplation. Le parcours dialoguera étroitement avec les jardins historiques du domaine de Trianon, offrant une mise en perspective inédite des éléments de son jardin anglais : le Belvédère, le Temple de l'Amour ou encore le Hameau de la Reine. 

Commissariat
Elisabeth Maisonnier, conservateur en chef du patrimoine au château de Versailles

Les abords du pavillon de Bagatelle, Louis Belanger, 1785, gouache sur vélin
© Château de Versailles, Dist. RMN / © Christophe Fouin

 

« Marie-Antoinette » de Sofia Coppola

Dès le 22 septembre 2026
Petit Trianon

En septembre 2026, le château de Versailles célébrera les vingt ans du film Marie-Antoinette de Sofia Coppola à travers une exposition présentée au Petit Trianon, lieu intimement lié à la reine et cadre de nombreuses séquences du tournage. Devenu film culte, Marie-Antoinette a profondément renouvelé l'image de la dernière reine, contribuant à façonner une icône culturelle mêlant histoire, modernité et imaginaire pop. Récompensée par l'Oscar des meilleurs costumes en 2007, l'esthétique singulière de Sofia Coppola - entre rigueur historique, audace contemporaine et raffinement pastel - a donné naissance à un véritable « style Marie-Antoinette », dont l'influence se fait encore sentir dans la mode, le design et la photographie. 

Déployée au cœur du domaine de Trianon, l'exposition invitera les visiteurs dans les coulisses de cette création cinématographique : costumes originaux de Milena Canonero, chaussures créées par Manolo Blahnik, accessoires du tournage, storyboards, scénarios annotés, photographies de plateau et esquisses de décors. Des projections permettront de revoir des séquences filmées dans les pièces même où elles furent réalisées, offrant une expérience immersive unique où se répondent espace historique et relecture cinématographique.

Commissariat
Laurent Salomé, directeur du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
Hélène Delalex, conservatrice en chef du patrimoine au château de Versailles

Avec la participation exceptionnelle de Sofia Coppola.

© Château de Versailles / C. Milet

 

Adriaen De Vries

Du 17 novembre 2026 au 2 mai 2027
Salles Empire de l'aile du Midi

Du 17 novembre 2026 au 2 mai 2027, le château de Versailles consacrera une exposition dédiée à Adriaen De Vries, figure majeure de la sculpture européenne du début du XVIIe siècle. Grâce à une collaboration exceptionnelle avec le Nationalmuseum de Stockholm, l'exposition réunira pour la première fois depuis 1998 un ensemble significatif d'œuvres du sculpteur, placé au cœur du dialogue artistique qui unissait alors les cours de France, de Suède et d'Italie. L'exposition bénéficiera d'un contexte architectural unique : les salles ouvrent largement sur le parterre du Midi dessiné par André Le Nôtre, qui inspira Nicodème Tessin le Jeune pour le parc de Drottningholm, rappelant combien les décors de jardin ont façonné la réception de la sculpture européenne. De Vries fut d'ailleurs apprécié de Louis XIV, qui choisit d'installer en 1694 dans le jardin de l'Orangerie l'un de ses chefs-d'œuvre issu de la collection de la reine Christine, aujourd'hui conservé au musée du Louvre. Considéré comme le plus grand musée de sculpture en plein air au monde, le château de Versailles offre avec cette exposition l'opportunité de redécouvrir un artiste essentiel dont l'œuvre, héritière de la Renaissance italienne et admirée dans toute l'Europe, n'a cessé d'enrichir le langage de la sculpture baroque. 

Adriaen De Vries, Triton (détail), vers 1617
© Nationalmuseum

Commissariat
Christophe Leribault, président du château de Versailles

Yasumichi morita

A partir du 8 décembre 2026
Appartement de madame de Maintenon

L’architecte d’intérieur et photographe japonais Yasumichi Morita a parcouru le château de Versailles durant plusieurs années, au fil des saisons, pour composer un reportage photographique empreint de silence, de matière et de lumière. Présentée pour la première fois en 2023 au Chanel Nexus Hall de Tokyo sous le titre In Praise of Shadows — hommage explicite au célèbre essai esthétique de Jun’ichirō Tanizaki — cette série trouve son inspiration dans l’histoire humaine du château : dans les gestes, les traces et les présences qui ont façonné le lieu. Morita saisit ce qu’il nomme « l’espace étroit entre la lumière et l’obscurité », là où affleure la mémoire sensible des décors versaillais. L’exposition proposera un florilège de ces images méditatives en noir et blanc, révélant un Versailles intime, où les jeux d’ombre et de lumière deviennent les témoins discrets des siècles passés.

© Yasumichi Morita / Château de Versailles »

Exposition : « Michel-Ange / Rodin - Corps vivants » au musée du Louvre (15 avril – 20 juillet 2026)

          Une nouvelle exposition va ouvrir ses portes au musée du Louvre. Elle se trouvera à la mezzanine Napoléon.

Le site du musée nous dit :


« Michel-Ange Rodin - Corps vivants 

Exposition : « Martin Schongauer - Le bel immortel » au musée du Louvre (8 avril – 20 juillet 2026)

            Une nouvelle exposition va ouvrir ses portes au musée du Louvre. Elle se trouvera à la mezzanine Napoléon.

Le site du musée nous dit :


 

« Martin Schongauer

Le bel immortel

Martin Schongauer est l’un des artistes germaniques les plus importants et les plus populaires de la fin du Moyen-Âge. Né à Colmar vers 1445, mort à Vieux-Brisach en 1491, il est installé comme peintre mais doit sa renommée, dès son vivant, à son œuvre de graveur. Fils et frère d’orfèvres, il n’a pas lui-même exercé ce métier mais a certainement appris dans l’atelier paternel le maniement délicat du burin, qu’il porte à un haut degré de perfection. 

L’exposition présente une large sélection de son œuvre gravé et dessiné et, pour la première fois, la quasi-totalité de ses peintures de chevalet et retables, dont la Vierge au buisson de roses de 1473, son seul panneau peint daté. Schongauer s’y montre fin observateur de la nature, narrateur inventif et délicat, mais aussi artiste lettré.

Les gravures de Martin Schongauer, abondamment diffusées, ont séduit plusieurs générations d’artistes. Faisant appel à tous les arts, les œuvres présentées dans la seconde partie de l’exposition, originaires d’une grande partie du continent européen et créées jusqu’au tout début du 17e siècle, permettent d’apprécier cette large réception artistique des œuvres du « Beau Martin ».

Commissariat 

Pantxika Béguerie De Paepe, conservatrice honoraire du Musée Unterlinden.
Hélène Grollemund, musée du Louvre.

Remerciements 

Cette exposition bénéficie du soutien de la Fondation Etrillard.

Avec le soutien exceptionnel du Musée Unterlinden, Colmar, et du Conseil de Fabrique de la Collégiale Saint-Martin, Colmar. »


Des nouvelles de Clio (bulletin #12)

Dans ce bulletin, nous vous proposons :

 

* Des fouilles archéologiques à Senon ont mis à jour d’intéressants vestiges, mais aussi trois importants dépôts monétaires.

* Mélos fait plus souvent penser à la célèbre Aphrodite, mais cette île nous a aussi donné Diagoras, qui plaidait la raison face aux superstitions (article en anglais).

* De récentes découvertes archéologiques viennent modifier ce que nous pensions savoir de la vie des Romains en poste le long du mur d’Hadrien (article en anglais).

* Hérodote avait-il raison en disant que l’alphabet grec était d’origine phénicienne ? Oui. Et non. En fait, le lien phénicien a une origine en Égypte et se base sur certains caractères égyptiens anciens (article en anglais).

* Il fut un temps où le British Museum nourrissait des chats qui protégeaient ses collections et le plus célèbre s’appelait Mike. Il garda une patte protectrice sur le musée jusqu’à près de vingt-et-un ans. Des articles furent publiés sur lui et un des employés du musée écrivit un émouvant poème lorsqu’il partit chasser les mulots célestes (article en anglais)

Mike, gardien de la porte principale du musée de février 1909 à janvier 1929.

* Pour l’instant, nous ne sommes en possession que d’un seul mot , en grec, écrit de la main de Cléopâtre VII. Si vous voulez en savoir plus, allez lire l’article (en anglais) sur le sujet.

* D’ailleurs, en parlant de Cléopâtre, sa fille, Cléopâtre Séléné II, si elle fut envoyée comme prisonnière à Rome après la défaite d’Actium et la mort de sa mère, fut la seule des enfants de la reine d’Égypte à remonter sur un trône (ses frères disparurent de l’Histoire à Rome). (article en anglais)

* Faire la circulation au carrefour a toujours été pénible. Les Athéniens avaient une façon bien à eux de remercier les policiers en faction (article en anglais).

Exposition : « Après Michel-Ange » à l’École nationale supérieure des beaux-arts (24 mars – 24 mai 2026)

            Une nouvelle exposition à l’École nationale supérieure des beaux-arts va bientôt s’ouvrir. Si elle s’ouvre un mardi, elle pourra être visitée du mercredi au dimanche de 13h à 19h (sauf le 1er mai, bien sûr).

Elle sera présentée au Cabinet des dessins et estampes - Jean Bonna au 14, rue Bonaparte dans le VIe.

Le site de l’école nous dit : 

La nouvelle exposition du cabinet des dessins et estampes - Jean Bonna des Beaux-Arts de Paris se saisit de la figure de Michel-Ange pour interroger la notion d’influence et de transmission.


Michel-Ange détient une place particulière dans le panthéon des grands artistes : son œuvre, unanimement admiré et fondé sur une originalité inédite, résiste à ceux qui y cherchent l’exemplarité. 
Au XIXe siècle, Michel-Ange devient une référence incontournable parce qu’il est l’archétype de « l’artiste-magicien », selon l’expression de Rodin, qui a recherché dans ses réalisations les ressorts mystérieux de sa propre créativité.

Après Michel-Ange rassemble une quarantaine d’œuvres – dessins, estampes, photographies, sculptures – issues des collections qui révèlent les diverses manières dont le « divin » Michel-Ange a été étudié, copié, regardé ou réinterprété depuis la Renaissance, et particulièrement au XIXe siècle, par Géricault, Carpeaux ou encore Rodin. Le parcours est enrichi d'œuvres réalisées pour l'exposition par des étudiants de neuf professeurs qui se sont rassemblés autour de ce projet : Pascale Accoyer, Claude Closky, Clément Cogitore, Frédérique Loutz, Jack McNiven, Guillaume Paris, Philippe Renault, Daniel Schlier et Valérie Sonnier.

L'exposition est accompagnée d’un catalogue et donnera lieu à une manifestation du 9 au 11 avril 2026 qui rassemblera historiens de l’art, spécialistes du patrimoine, étudiants et professeurs des Beaux-Arts de Paris autour de la réception de cette immense figure de la Renaissance italienne en France. Programme complet bientôt disponible ici.

COMMISSARIAT

Alice Thomine-Berrada, responsable des collections aux Beaux-Arts de Paris, et Estelle Lambert, conservatrice des imprimés et manuscrits aux Beaux-Arts de Paris.
 

PARMI LES ARTISTES

Domenico del Barbiere, Guillaume Boichot, Léon Bonnat, Numa Boucoiran, Adolphe Braun, Jean Baptiste Carpeaux, Alphonse Chamson, Jacques Louis David, Étienne Delaune, Mathias Duval, Guillaume Duchenne de Boulogne, Jacques Édouard Gatteaux, Théodore Géricault, Alexandre Charles Guillemot, Hermann Heid, Louis Alexis Jamar, Paul Lepage, Charles Marville, Raffaele da Montelupo, Alphonse Antoine Montfort, Antoine Quatremère de Quincy, Joseph Théodore Richomme, Joseph Nicolas Robert-Fleury, Auguste Rodin, Martino Rota, Henri Joseph François de Triqueti, François Joseph Toussaint Uchard...

Légende : Jean-Baptiste Carpeaux, Étude d'après un détail du plafond de la Chapelle Sixtine de Michel-Ange, XIXe siècle, plume et encre brune sur papier, 11,5 x 18,7 cm © Beaux-Arts de Paris

Exposition : « Byblos, cité éternelle » à l'Institut du monde arabe (24 mars-23 août 2026)

Du 24 mars au 23 août 2026, l’Institut du monde arabe présentera une nouvelle exposition.

Le site de l'Institut nous dit :

« Byblos, cité éternelle

Plongez dans l’histoire du premier port maritime international au monde : Byblos, qui joua un rôle clé dans l’histoire méditerranéenne, relia de haute Antiquité la côte libanaise à l’Égypte, la Mésopotamie et le monde égéen, noua des liens uniques avec les pharaons et joua un rôle majeur dans la diffusion de l’alphabet phénicien.

Exposition organisée par l’Institut du monde arabe et le ministère de la Culture / Direction Générale des Antiquités du Liban (DGA) avec la collaboration exceptionnelle du musée du Louvre, sur une idée originale du musée des Antiquités de Leiden et de la DGA

Obélisque d’Abishemou, mosaïque de l’enlèvement d’Europe… : 400 pièces d’exception, déployées dans une scénographie spectaculaire, vous immergent dans l’épopée de cette cité parmi les plus anciennes du Liban, classée sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Une histoire qui débuta  il y a plus de 8900 ans et dont les protagonistes sont des navigateurs et des marchands, des rois et des pharaons.  À découvrir en exclusivité : les dernières découvertes du port antique et le fruit des fouilles les plus récentes, ayant mis au jour la porte Sud de la ville et une nécropole de l’Âge du bronze parvenue, fait exceptionnel, intacte jusqu’à nous. 

De la pêche au commerce international 

Byblos est le meilleur témoin de l’urbanisation de la région, qui débute dès le début du IIIe millénaire avant notre ère. Le site atteste d’une occupation humaine et d’aménagements ininterrompus depuis les premières installations d’une communauté de pêcheurs, il y a 9000 ans, jusqu’à nos jours. La ville de l'Âge du Bronze est au cœur de l’exposition ; c’est l’un des premiers et plus impressionnants exemples de cité-État dans le monde méditerranéen. Mais le visiteur est aussi invité à découvrir les Byblos phénicienne, hellénistique, romaine, et enfin le témoignage de ceux qui habitent, aujourd’hui encore, le cœur battant de la ville historique médiévale.  Byblos est implantée sur un promontoire surplombant la Méditerranée, à 40 km au nord de l’actuelle Beyrouth. À partir de 3200 av. notre ère, elle devient l’un des ports principaux de la Méditerranée et le restera pendant plus de 2000 ans. La cité doit ce statut à la relation unique qu’elle a notamment nouée avec les pharaons d’Égypte autour du commerce du cèdre. Byblos est en effet située au pied des grandes forêts de cèdre, dont le bois est recherché dès la plus haute Antiquité pour la construction et pour les senteurs qu’il exhale, et dont la résine est utilisée pour la momification.  

Trésors des rois et  des temples 

Les trésors découverts dans la nécropole royale et les temples de la cité du début du IIe millénaire av. J.-C. constituent l’un des temps forts de l’exposition. Elle en présente une sélection, provenant des tombes des rois de Byblos Abi-Shemou et Yapi-Shemou-Abi : vaisselle d’or et d’argent, parures en or incrustées de pierres semi-précieuses, miroirs, armes d’apparat... Beaucoup de ces pièces dénotent une forte influence égyptienne ; certaines proviennent mêmes directement d’Égypte, cadeaux des pharaons Amenemhat III et IV. Les dépôts votifs du Temple aux obélisques ne sont pas moins riches : figurines de faïence, haches fenestrées en or et en argent, poignards d’apparat, bijoux... accompagnent le cortège impressionnant des centaines de figurines humaines en bronze, parfois plaquées d’or.  

Une nécropole intacte 

Le site de Byblos, exploré dès le XIXe siècle par Ernest Renan, conserve encore de nombreux secrets, dont certains viennent d’être percés à jour et sont pour la première fois présentés au public, faisant l’objet de sections centrales de l’exposition : la découverte récente et unique d’une nécropole de la classe supérieure et des élites de la ville de l’Âge du Bronze Moyen (vers 1800 av. notre ère), restée intégralement intacte, fait rarissime dans la région, est un des éléments centraux de l’exposition. Depuis 2019, cette nécropole fait l'objet de fouilles archéologiques dans le cadre d'une coopération entre la Direction Générale des Antiquités du Liban et le département des Antiquités orientales du musée du Louvre. 
Cette présentation permet de découvrir la campagne de fouilles et des artefacts mis au jour, qui ont d’ores et déjà bouleversé la compréhension de l’organisation sociale et économique de cette emblématique cité maritime. 

Vue intérieure du temple aux Obélisques de Byblos. © Philippe Maillard / IMA

 Haches fenestrées à décor animalier. Byblos, temple aux Obélisques, âge du Bronze moyen, or. Beyrouth, Direction générale des Antiquités. 
© IMA / Philippe Maillard

Salles d'exposition (niveau +1 / +2)

Exposition organisée en collaboration avec le ministère de la Culture / Direction générale des Antiquités du Liban (DGA),sur une idée originale du musée des Antiquités de Leiden et de la DGA »

Exposition : « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d'un phénomène » au musée Guimet (18 mars – 6 juillet 2026)

            Le musée Guimet va bientôt nous présenter une exposition sur la beauté coréenne.

 

Le site du musée nous dit : https://www.guimet.fr/fr/expositions/k-beauty-beaute-coreenne-histoire-dun-phenomene

«Du 18e siècle à la vague K-Pop, découvrez les origines d’une esthétique qui a conquis le monde !

Puissance culturelle majeure, la Corée du Sud modèle désormais les tendances et inspire une génération globalisée. Au sommet de cette vague, la K-Beauty impose une approche holistique de la beauté, typiquement coréenne, et établit une véritable esthétique. Dépassant la simple cosmétique, elle forge de nouvelles normes ainsi qu’une imagerie marquante et singulière.

Réunissant des chefs-d’œuvre issus des collections du musée Guimet et de grandes institutions sud-coréennes (peintures, photos, publicités, robes et accessoires de beauté du 18e siècle à nos jours) l’exposition « K-Beauty » en décrypte les codes et montre comment ceux-ci s’inscrivent dans une tradition séculaire, entre équilibre et vertu, naturel et sophistication.

Attribué à Kim Hongdo, Femme se coiffant, couleur sur papier, 24,7 × 26,0 cm, yuk2190-1, Musée de l’Université nationale de Séoul.

À la fin du 18e siècle, la Corée dominée par le courant néo-confucianiste célèbre une esthétique féminine particulière : vêtements fluides, peau pâle, maquillage et coiffures raffinées. Les peintres qui immortalisent ces beautés, dont Shin Yun-bok, participent à l’élaboration d’un patrimoine visuel qui influence durablement la culture populaire coréenne. Cette culture raffinée, où les cosmétiques puisent dans la pharmacopée traditionnelle, lie beauté, harmonie et équilibre intérieur.

Marqué par des dominations et influences étrangères successives, le 20e siècle en Corée voit l’émergence de codes esthétiques nouveaux. Photographie, cinéma et industrie cosmétique naissante diffusent et ancrent ces nouvelles normes tandis que le « miracle économique coréen » met patrimoine, art et cosmétique au cœur du discours culturel.

Dès les années 2000, la Hallyu (la vague coréenne) consacre le soft power sud-coréen : la K-Beauty, mêlant tradition et innovation, marque le cinéma, la mode, la littérature mais aussi la K-Pop, et conquiert le monde entier.

Three Boys in Front of Bogwang Karaoke, 1993, © Heinkuhn Oh  Courtesy of the Artist

À travers cette exposition, les visiteurs découvriront comment s’est consolidée une esthétique proprement coréenne, dont certains canons - forgés depuis le royaume du Joseon tardif (1392-1910) - ont conservé leur attrait jusqu’à nos jours et ont fait l’objet d’hommages et de nombreuses relectures. « K-Beauty » met en lumière l’évolution mais aussi la pérennité du concept de beauté coréenne, de la seconde moitié du 18e siècle au monde contemporain globalisé.

 

Commissariat :

Claire Bettinelli, musée Guimet

Claire Trinquet Soléry, musée Guimet »

 

 

 

Cuisine historique

            Nous aurions pu inclure les informations qui vont suivre dans un numéro « Des Nouvelles de Clio », mais nous avons une obsession pour la cuisine historique (my dear students, if you’re reading this… I’m so sorry).

Vous allez penser, chers Lecteurs que nous sommes en retard (ou très, très en avance) sur la saison quand vous lirez le descriptif des recettes données sur le site de l’Inrap,  mais ces recettes historiques sont bien tentantes.

À vos fourneaux…

« Un Noël de l'âge du Bronze ne s’improvise pas. En vue de ce repas féérique et festif, choisissez d'emblée la céramique pour tous vos plats, assiettes, pots et jarres, coupes, mais aussi gobelets imperméabilisés par de la poix de conifère. Si les recettes les plus simples peuvent être gastronomiques, il faut toujours apporter ce petit twist qui élèvera la préparation. Marinade parfumée au carvi ou à l'oseille, topping de glands de chêne ou de cenelles d'aubépine, tout (ou presque) est (déjà) possible ! (Toujours) pas de vin, mais un bon gobelet de lait ou une bière de blé d'amidonnier et d'orge, édulcorée au miel et aromatisée à l'artémisia et à la menthe fera la différence ! 

Joyeux Noël à l’âge du Bronze ! 

Gigue de chevreuil aux figues

Ingrédients (pour 4 personnes)

  • Une gigue de chevreuil
  • Huile
  • Carottes
  • Celeri
  • Figues

Déposer la gigue badigeonnée d’huile dans un plat en céramique et celui-ci sur la sole d’un four ou des pierres chauffantes.

Après une quinzaine de minutes ajouter les carottes et le cèleri.
Prévoir une cuisson d’environ 45 mn en pensant à retourner la gigue. Sortir du four (ou pierres chauffantes).

Ajouter les figues dans le four chaud pendant environ 15 minutes.


Ragoût de cerf

Ingrédients 

  • Une épaule de cerf
  • Bouillon de légumes préparé à l’avance avec carottes et cèleri
  • Airelles

Découper une épaule de cerf en petits morceaux.

Faire cuire le bouillon préparé avec les morceaux de viande préalablement marinés pendant environ 2 heures dans une grande marmite en terre avec des carottes et du cèleri.
Ajouter les airelles en fin de cuisson.

Jambon de cochon de lait au four

Ingrédients

  • Un beau jambon
  • Bouillon de légumes à préparer à l’avance (option selon le type de cuisson)
  • Miel

Enduire la pièce de viande de graisse (du saindoux par exemple), la déposer dans un plat
(dans ce cas on peut ajouter le bouillon) ou sur la sole d’un four. Retourner le morceau en
cours de cuisson.

Piquer la peau afin que la graisse s’échappe. La graisse de la peau doit être fondue.
En fin de la cuisson, soit 2 à 3 heures, enduire les surfaces de miel.

Servir avec des carottes sauvages.

Purée de fèves ou de féveroles

Ingrédients

  • Féveroles sèches (à défaut prendre des fèves)
  • Ail
  • Huile végétale (caméline ou olive)
  • Carvi moulu (optionnel)

Faire tremper les féveroles pendant une nuit. Faire cuire pendant plusieurs heures, avec
quelques gousses d’ail entière, jusqu’à ce que les graines soient bien tendres. Mixer les
graines entières avec de l’huile d’olive ou de caméline, du carvi moulu, sel et [poivre.][1]

Galettes de millet

Ingrédients (pour 4 personnes) 

  • 150 g de millet décortiqué
  • 1 cuillère à soupe de farine (d’épeautre par exemple)
  • 2 œufs
  • 1 carotte râpée
  • 1 oignon tranché
  • 100 gr de petits lardons fumés
  • 1 cuillère à soupe de crème épaisse (facultatif)
  • 200 grammes de champignons en lamelles
  • + ail, ciboulette

Faire griller doucement le millet à sec dans une poêle (ou pierre chauffante) adhésive pendant quelques minutes (5 à 10), en le remuant régulièrement pour qu’il dore sans brûler (cela permet qu’il se défasse moins à la cuisson).

Le rincer pour ôter toute trace d’amertume, puis le faire cuire dans quatre volumes d’eau bouillante non salée une dizaine de minutes. Hors du feu le laisser gonfler 10 mn à couvert. Faire fondre l’oignon et les lardons, puis les champignons à part (à la fin on peut leur rajouter ail et ciboulette hachées).

Une fois le millet cuit, le mettre dans un saladier, ajouter la farine, les œufs, la crème, la carotte, les lardons, l’oignon, les champignons et saler. Bien remuer, l’aspect doit être très pâteux.
Faire chauffer une poêle graissée, former des petites galettes circulaires pas trop épaisses et les faire bien dorer de chaque côté.

On peut faire des versions végétariennes sans lardons. Dans ce cas rajouter un peu de gras végétal dans la pâte pour qu’elle ne soit pas trop sèche.

Biscuits au miel et graines de pavot

Ingrédients (pour environ 15 biscuits)

  • 100 g de beurre a température ambiante
  • 50 g de miel (plutôt un miel fonce, type foret ou pin)
  • 175 g de farine complète ou farine d’épeautre
  • une pincée de sel
  • 40 grammes de graines de pavot

Préchauffer le four (ou les pierres chauffantes) à 150°C.

Mélanger le beurre et le miel, puis ajouter la farine, les graines de pavot et le sel jusqu’à l’obtention d’une pâte homogène (ne travaillez pas trop la mixture).

Étaler la pâte sur un plan de travail fariné jusqu’à une épaisseur d’environ 1cm.
Découper des formes (cercles) et les poser sur une plaque à cuisson beurrée.

Mettre au four un quart d’heure environ, jusqu’à ce que les biscuits commencent à prendre de la couleur.

Sortir et laisser refroidir sur une grille.

Bibliographie : G. Auxiette , C. Mougne , R. Peake , F. Toulemonde (dir.), 2020
« Autour de la table : l’alimentation à l’âge du Bronze et au premier âge du Fer »
Actes de la journée thématique du 3 mars 2017 à Saint Germain-en-Laye
Bulletin de l’APRAB ; Supplément n° 6, 208 p. »



[1] : Le mot manque sur la page, mais du poivre semble plausible.

 

Conclusion (?) du mystère Rose Maireau

            Le mystère de la date et du lieu de décès de Marie Rose Maireau qui nous avait fait rédiger un article sur le sujet a été résolu grâce au commentaire de Mme Chantal Degels qui a eu la gentillesse de nous communiquer les informations dont elle disposait (vous pouvez aller lire nos premiers échanges sous notre premier article).

            Nous allons donc boucler avec vous, ici, l’affaire Maireau.

 

La jeune Marie Rose Maireau quitta un jour Étrœung, où elle était née le 12 février 1863, afin d’aller apprendre le dessin et la gravure. Elle fut l’élève du graveur François Eugène Burney (1845-1907), du graveur Henri-Émile Lefort (1852-1937) et du peintre, graveur et médailleur André-Charles Coppier (1866-1948). D’ailleurs, en 1881, elle reçut un prix alors qu’elle était élève à l’École nationale de dessin pour les jeunes filles.

En 1890, elle résidait au 34, rue Notre-Dame des Champs à Paris et participa avec une gravure de paysage à l’exposition internationale de blanc & noir.

En 1892, elle fut remarquée au salon des Champs-Élysées. Les journaux de l’époque, qui avaient tendance à se partager les informations, écrivirent : « Mlle Rose Maireau, d’Étrœung expose une gravure remarquable : le Matin au bord du Doubs d’après le beau tableau de Rapin ».

Le 28 mai 1893, elle obtint une mention honorable au salon des Champs-Élysées, où elle avait exposé un portrait et un paysage.

Le 28 mai 1897, elle perdit celui qui avait été son inspiration, son mentor, son compagnon et son patient (n’oublions pas qu’il avait quarante-neuf ans de plus qu’elle) : le peintre François Louis Français.

Elle fut nommée officier d’Académie par le ministre de l’instruction publique en février 1898.

Le 18 juin 1899, à la clinique Bonjour de Lausanne, à 20h15, elle donna naissance à son fils, Jean Maurice Henry. Sur l’acte de naissance, elle est désignée comme « rentière » et Jean était de père inconnu.

À l’exposition universelle de 1900, elle obtint une médaille de bronze.

Le 17 janvier 1901, le conseil municipal de la ville de Paris publia dans son bulletin qu’une commande avait été passée auprès de Maireau en 1900 pour 1800 francs d’une gravure du panneau de paysage de M. Guillemet décorant l’Hôtel de Ville et représentant « la Fontaine Médicis ».

En juin 1902, elle obtint une médaille de 3ème classe au salon des artistes français.

À la mairie du VIe arrondissement de Paris, elle fut témoin au mariage de Georges Harpignies (1875[1]-1931) et Louise Jeanne Marie Raffet (1874-1955) le 19 décembre 1903. Georges était le fils de Maurice Harpignies (1847-1933), commissionnaire en marchandises, et de Marie Thiébault (1847-1889) ; Jeanne était la fille d’un bibliothécaire à la Bibliothèque nationale, Charles Raffet (1839-1910) et de Marie Rochebilière (1842-1908).   En plus de Maireau, étaient témoins, Albert Thiébault (1860[2]- ?), oncle maternel et grand-oncle paternel de Georges, Jean Cesvet (1863-1918), époux de Marie Raffet, sœur de la mariée, et le grand-oncle du marié, le peintre Henri Harpignies (1819-1916). Le mariage religieux fut célébré le 23 décembre par l’abbé Catesson à l’église Saint-Sulpice avec les mêmes témoins.

            Vers 1906, Rose devint le soutien constant d’Henri Harpignies qui était veuf : Marguerite Vantillard, son épouse depuis le 19 mars 1863, avait rendu l’âme à Saint-Privé[3] le 5 septembre 1903 dans sa soixante-treizième année (elle était née le 12 novembre 1829). 

Rose Maireau et Henri Harpignies

En 1908, son travail figura dans l’album publié par la Société septentrionale de gravure. En juin, elle fit don d’estampes au Palais des Beaux-arts de la ville de Paris (Petit palais) à l’occasion de l’ouverture d’une nouvelle salle.

Le 22 juin 1909, l’Union Valenciennoise à Paris organisa un « banquet Harpignies » pour les 90 ans du maître (l’événement fut rapporté dans le journal L’Impartial du Nord) : « Parmi les convives se trouvait le célèbre paysagiste Antoine Guillemet, qui a été prié de dire quelques mots au nom des amis et admirateurs du Maître. Voici à peu près l’improvisation si chaudement accueillie de M. Guillemet. Au nom de la grande admiration et de la profonde affection que je porte à notre cher doyen le Maître Harpignies, je lève mon verre en l’honneur de ses 90 printemps qui seront suivis de beaucoup d’autres, j’en ai l’intime conviction. Nous l’aimons et l’admirons, car il est de la grande race des maîtres de 1830 qui portent dans le monde le renom de la glorieuse école des paysagistes. Gloire donc à lui ! Je joins un autre toast à celui-ci. Je bois à Mlle Rose Maireau qui entoure le Maître de tant de soins et d’attentions affectueuses ; elle est vraiment la bonne fée du logis, le Maître ne me contredira pas. ».

En 1910, son travail fit partie des dons au Palais des Beaux-Arts (Petit Palais).

Elle fut présente au Salon des artistes français en 1911.

Le 1er mars 1912, elle accompagna Harpignies à l’inauguration de l’exposition d’Henri Coulon, élève d’Harpignies, à la galerie Haussmann, rue de la Boëtie[4].

D’après La Riviera et les artistes de Pierre Borel, publié en 1922, Harpignies résidait à Menton « où sa verte vieillesse était jalousement veillée par sa compagne dévouée, Mlle Rose Maireau »[5]. L’importance de Maireau dans la vie d’Harpignies est aussi mentionnée par Léonce Bénédite dans son ouvrage Nos maîtres : notre art. J.-F. Millet, G. Courbet, Paul Huet, Les grands paysagistes au Louvre, Harpignies publié en 1922-1923 : « Il y aurait de l’ingratitude à ne pas rappeler, dans la biographie du grand paysagiste, le rôle tenu par Mlle Rose Maireau. Artiste elle-même, élève de Gaillard et de Burney, comme elle gravait une peinture du maître, elle le trouva, à son âge, si désemparé et si près d’être odieusement circonvenu, qu’elle n’hésita pas à se consacrer à lui. Elle le comprit dans tous ses goûts, de peinture ou de musique, et lui fit une fin d’existence digne et bien remplie.[6] »

Le 28 août 1916, Maireau perdait Harpignies. Ce dernier lui légua son manuscrit autobiographique.

Dans le Compte-rendu des travaux de la société des artistes français aux pages 447 à 452 se trouvent les discours qui furent prononcés aux obsèques d’Harpignies et qui prirent tous soin de rendre hommage à Maireau :

 

« Henri HARPIGNIES
28 juillet 1819 — 29 août 1916

Les obsèques de M. Harpignies (Henri), membre fondateur de la Société des Artistes français, du Comité et du jury de peinture du Salon, grand officier de la Légion d’honneur, ont été célébrées le jeudi 31 août 1916, à Saint-Privé (Yonne).

Au cimetière de Saint-Privé, où a eu lieu l’inhumation, les  discours suivants ont été prononcés :


Discours prononcé par le Sous-Préfet de Joigny

au nom du Gouvernement


MESDAMES, MESSIEURS,

 

M. Painlevé, ministre de l’Instruction et des Beaux-Arts, m’a chargé, en l’absence de M. le Préfet, de l’insigne honneur de représenter le Gouvernement de la République aux obsèques du grand paysagiste Harpignies.

Je n’aurais jamais pu penser, dans le cours de ma carrière administrative, être appelé à recevoir une si haute et douloureuse mission.

C’est donc avec une profonde émotion qu’au nom du Gouvernement, en même temps qu’au nom de M. le Préfet de l’Yonne, qu’une indisposition empêche, à son plus vif regret, de présider cette cérémonie, que je m’incline respectueusement devant la dépouille de l’illustre maître, une des gloires du génie français.

Cette émotion, j’en suis sûr, sera partagée par tous les amis, par tous les admirateurs du .grand artiste et du philanthrope.

Les privilégiés qui furent admis dans l’intimité des dernières années de son existence ont pu apprécier, comme moi, les ressources inépuisables de son cœur, et sa petite commune de Saint-Privé, où il aimait à venir se reposer quelques mois chaque année, n’oubliera jamais sa bonhomie souriante, sa main toujours prête à donner. Nombreux les déshérités qui gravissaient dignement les quelques marches qui partent de la vieille église et qui conduisent à la « Tremellerie », ce petit Élysée d’où on ne redescendait jamais les mains vides !

C’est qu’en effet Harpignies, qui avait connu toutes les peines, toutes les misères de ce monde, comme toutes les joies, aurait voulu que son cœur fût assez grand pour soulager toutes les infortunes.

Mon rôle d’administrateur ne m’autorise qu’à rendre un juste et fidèle hommage à mon illustre administré et je ne me permettrai pas d’esquisser brièvement la vie pleine de labeur du maître, en laissant à plus autorisé que moi le soin de nous révéler toute la puissance de l’œuvre qu’il a laissée à son pays.

Henri-Joseph Harpignies, grand-officier de la Légion d’honneur, était né à Valenciennes le 24 juillet 1819 ; il s’est éteint dans sa quatre-vingt-dix-septième année, lundi soir, entouré de soins, que la Providence seule, à chaque instant de sa vieillesse, eût été capable de lui donner.

Ce n’est que vers l’âge de vingt-cinq ans et malgré l’opposition de ses parents, qu’il vint à Paris, entraîné par l’irrésistible vocation ; il avait trente-quatre ans quand il se fit remarquer pour la première fois au Salon de 1853 et c’est avec le Soir dans la campagne de Rome, qu’il avait rapporté d’Italie, qu’il reçut sa première récompense. Nombreux furent les paysages du Centre de la France, du Loiret et particulièrement de la Puisaye, cette partie boisée de l’Yonne, qui le séduisirent.

Poète réaliste de la nature, toujours égal à lui-même, Harpignies obtint toutes les récompenses dues à sa maîtrise ; médaille d’honneur à 78 ans, grand-prix des Artistes Français à 81 ans. L’œuvre toujours vivante d’Harpignies entre, avec lui, dans la postérité.
La France perd un de ses meilleurs et de ses plus brillants enfants; il disparaît à l’heure de la délivrance qui va bientôt sonner pour sa ville natale, mais qu’il n’aura pas eu la joie de revoir.

Que la famille d’Harpignies, que la toute digne Mademoiselle Rose Maireau, qui dirigeait avec un dévouement inlassable les derniers pas de l’illustre vieillard, reçoivent ici l’hommage de nos condoléances attristées.

 

Discours de M. Bénédite

Conservateur du Musée du Luxembourg

au nom de l’Administration des Beaux-Arts

 

MESSIEURS,

 

Ce n’est pas l’heure de faire de longs discours ni de retracer le tableau de cette admirable existence quasi séculaire d’artiste. Un jour viendra, un jour prochain sans doute, alors que la Patrie, sortie du lourd cauchemar qui pèse sur tous les peuples, sous le soleil- de la victoire que notre illustre et vénéré ami n’aura pas eu la dernière joie de voir luire, alors que la Patrie aura repris son activité féconde dans son labeur pacifique, un jour viendra, nous l’espérons, où il nous sera permis de recueillir, en une inoubliable leçon, par la voix unanime
des principaux chefs-d’œuvre du maître, le témoignage le plus imposant de ce noble et fervent génie naturaliste. Nous en formulons le vœu devant celle qui fut la compagne, au dévouement inlassable, à la pitié toute filiale, de ses dernières années et qui veut se vouer désormais à la gloire, comme elle s’est vouée au bonheur du grand artiste.

Mais, j’ai du moins le devoir de porter ici, à la dépouille d’un maître qui était hier le doyen de l’École et qui est un de ceux qui l’ont le plus hautement honorée, le salut respectueux et l’hommage reconnaissant du Sous-Secrétaire d’État des Beaux-Arts, au nom du Gouvernement de la République.

Et j’ai ainsi l’honneur particulier et la triste satisfaction de venir moi-même apporter mon adieu profondément ému et mon souvenir, qui demeurera plein de gratitude, au grand artiste et en môme temps à l’homme bon, sensible et indulgent qui voulait bien honorer de sa bienveillance tous les jeunes amis et admirateurs que lui attiraient la beauté grandiose de
son œuvre et la jeunesse éternelle de son esprit et de son cœur.

Car c’est là un phénomène extraordinaire de cette exceptionnelle nature que ce don perpétuel de sensibilité, d’émotion, de jeunesse en un mot, qui marque sa vie jusqu’à son dernier jour. Qu’il est beau et réconfortant le mot de cet agonisant presque centenaire qui bénit la vie « parce que la vie est si belle et aussi qu’il y aurait encore tant à dire d’elle ! »

Ce splendide et viril optimisme se marque dans l’œuvre du maître ; elle ignore les tristesses moroses et les mélancolies ; elle est mâle, puissante et vigoureuse et s’élève avec majesté comme les beaux chênes aux bras tordus de ses paysages sur les grands ciels mouvementés. Harpignies est en ce sens l’héritier-direct de son maître de prédilection, de Corot, avec moins de sérénité attendrie et de volupté païenne sans doute, mais avec une allégresse robuste, une ampleur magistrale, tout l’éclat de la nature dans sa force et sa richesse. Ce grand mélomane avait compris, lui aussi, la valeur mélodique d’une
belle ligne d’horizon, d’une noble silhouette d’arbres sur l’accompagnement lumineux du ciel.

Harpignies est, par le style, la noblesse, l’héritier de Corot, comme il est le continuateur de la grande tradition française. Il est, lui aussi, un classique par excellence, un classique dans tout ce que ce terme a de grand et signifie de traditionnel, de permanent, nous dirions d’éternel.

Je salue donc avec regret, avec admiration et aussi avec une profonde gratitude émue la mémoire de ce grand paysagiste, qui demeurera toujours vivante et je reporte avec vous ma pensée émue vers eux, et vers celle surtout que cette séparation cruelle met en deuil.

 

Discours de M. Léon Bonnat

Membre de l’Institut,

Directeur de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts

 

MESSIEURS,

 

Un grand peintre vient de mourir.

Harpignies n’est plus. Le « Vieux Chêne », comme nous l’appelions familièrement, vient de tomber à l’âge de 97 ans. Nous nous faisons une fête de célébrer son centenaire. Sa robuste constitution, sa puissante vieillesse nous faisaient espérer le voir atteindre cet âge avancé. La fatalité nous a enlevé cette joie.

Il a travaillé jusqu’au dernier jour, et ses œuvres, toujours empreintes de sa forte originalité, ne sont pas inférieures à celles de sa jeunesse et de son âge mûr. En lui s’éteint un des représentants les plus glorieux de cette pléiade admirable de paysagistes qui a jeté tant d’éclat sur l’École Française.

Harpignies était non seulement un grand peintre et le Maître le plus dévoué à ses élèves, c’était aussi un fidèle ami dont celui qui écrit ces lignes a pu, pendant près de soixante ans, apprécier le charme. D’un caractère entier, comme son art vigoureux, il avait le sentiment de sa valeur, et, parfois, ne ménageait-il pas des coups de boutoir à ceux qui ne partageaient pas ses avis ; mais il tempérait souvent ces duretés parades douceurs de langage, des intonations de voix d’une grâce infinie.

Il était passionné de musique et jusqu’au terme de sa longue existence il à su s’entourer d’une élite de jeunes musiciennes, auxquelles il se plaisait parfois à s’associer pour interpréter les grands maîtres qui le ravissaient, « ses Dieux », disait-il.

En somme, Harpignies a eu une vie admirable de travail et de succès, dont les dernières années ont été entourées des soins les plus intelligents, les plus dévoués d’une compagne à. laquelle, au nom de tous, je me fais un devoir d’adresser ici les remerciements chaleureux qu’elle a si bien mérités. »

 

Rose Maireau mourut le 7 novembre 1923 à Saint-Privé. Elle fut enterrée dans le même caveau qu’Harpignies (elle avait organisé ses obsèques), mais son nom ne figure pas sur la tombe – soit la configuration de la pierre ne se prêtait pas à l’ajout de son nom, soit les fonds manquaient afin qu’un graveur la mentionne.

 

En 1925, Jean Maireau s’était installé sur la plus méridionale des Îles Australes, Rapa, qu’on appelle parfois « Rapa Iti », la « petite Rapa », afin de la différencier de sa voisine Rapa Nui, aussi connue sous le nom d’île de Pâques. Le 16 décembre de cette année-là, il épousa Murena Nounou Angia.

Nous avons trouvé une référence à une enfant, Rose Maireau, qui était boursière en 1939.

Rapa est une fascinante île volcanique d’à peine 40 km² avec deux villages : Ahurei et Area. L’île est si loin de tout que seul un cargo la ravitaille quatre à cinq fois par an. Jean était chef de postes à Ahurei quand il mourut le 7 février 1943 à 19h.

            Il y a peut-être toujours des descendants de Rose Maireau à Rapa ; un troisième épisode n’est donc pas impossible… si nous arrivons à avoir accès aux archives des Îles Australes (ce qui est plus compliqué qu’il n’y paraît).

 



[1] : De nombreux arbres sur Geneanet donnent « 1872 » comme son année de naissance, mais il était né le 6 juillet 1875 à Famars dans le Nord. Il était comptable et mourut chez lui, au 11, rue Mazarine dans le VIe arrondissement de Paris.

[2] : Dans les actes de naissances de Dunkerque, se trouve une transcription en date du 31 octobre 1862. C’est cette date de naissance qui est généralement donnée pour Albert Thiébault, mais la transcription indique qu’Albert Marie Joseph fut baptisé le 3 mars 1860 dans le village de New Inn (Comté de Tipperary en Irlande).

[3] : La famille Vantillard a deux caveaux au cimetière Montparnasse à Paris et c’est là que Marguerite fut enterrée le 12 septembre. Son frère était vitrailliste.

[4] : Cf. L’Aéro du 2 mars, p. 4

[5] : Cf. p. 13.

[6] : Cf. pp. 235-236.