Si vous souhaitez vous
aventurer à Villers-Cotterêts dans les mois qui viennent (jusqu’au 1er
mars), vous pourrez visiter l’exposition « Trésors et secrets d’écriture.
Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, du Moyen Âge à nos jours ».
Le site
de la Cité internationale de la langue française nous dit :
« Au
fil de cette exposition conçue par le Centre des monuments nationaux et la BnF,
découvrez plus de 100 manuscrits d'exception, à la fois supports matériels et
témoins historiques des métamorphoses de la langue française.
De Chrétien de Troyes à
Marguerite Yourcenar
Pour la
deuxième grande exposition temporaire de la Cité internationale de la langue
française, le Centre des monuments nationaux a choisi d’illustrer, la manière
dont, au fil des siècles, l’objet manuscrit a été le support matériel et le
témoin historique de l’évolution de la langue française, de ses usages divers
et de ses métamorphoses.
L’exposition
permettra d’admirer une centaine de documents d’exception issus des collections
de la Bibliothèque nationale de France, du XIIe siècle jusqu’aux
textes les plus contemporains, une traversée de Chrétien de Troyes à Marguerite
Yourcenar.
Parchemin ou papier,
graphies élégantes ou convulsives, mises en page, illustrations, ratures,
transformations, annotations... Dans l’univers de l’écrit, la singularité du
manuscrit réside dans le choix du support, la graphie ou tout ce qui peut
entourer le texte. Tout manuscrit est donc un témoignage vivant et
unique de la langue telle que les individus se la sont appropriée au fil des
siècles.
Simone de Beauvoir,
Christine de Pizan, Marcel Pagnol, Boris Vian, George Sand, Mme de Sévigné ou
Champollion : la Cité révèle des trésors de la Bibliothèque nationale de
France, en donnant à voir les secrets d’écriture de nos auteurs et autrices
parmi les plus célèbres à travers les siècles, que chacun a, à un moment,
étudié en classe, découvert dans la bibliothèque familiale ou emprunté à la
bibliothèque…
Commissariat d'exposition : Thomas Cazentre et
Graziella Pastore, conservateurs au département des Manuscrits de la
Bibliothèque nationale de France.
Une exposition du Centre des monuments nationaux et de la Bibliothèque nationale de France,
présentée à la Cité internationale de la langue française, soutenue par Beaux Arts Magazine et Lire Magazine.
Dix siècles d'histoire du français
Pour rendre compte
de dix siècles d’histoire du français, l’exposition
propose un voyage en cinq étapes, fondé sur le contenu
des manuscrits conservés et sur leurs usages.
Penser en français
Cette première salle
retrace, à travers des manuscrits savants, la manière dont le français s’est
progressivement affirmé et développé comme une langue écrite capable de dire et
de penser le monde. Le manuscrit devient le support de l’expression de la
pensée, s’inscrivant dans une tradition de traduction et de transmission du
savoir. À découvrir notamment dans cette section, les manuscrits de deux
grandes femmes de science françaises : Emilie du Châtelet et Sophie
Germain.
Parmi les
œuvres à voir dans cette section : Jean-François Champollion, Grammaire
égyptienne, 1830-1832 ; Thibaut
Desmarchais, Le Secrétaire des astres, XVIIIe siècle ; Simone Weil, Cahiers,
1933-1941
La littérature avant
l’imprimerie
Sous quelle forme se
présentent les grands textes de la littérature française du Moyen Âge que nous
lisons aujourd’hui dans des éditions imprimées ? Où ces textes ont-ils été
produits et copiés ? À travers une sélection de manuscrits allant du xiie au
xvie siècle, rédigés sur papier ou sur parchemin, cette section offre un aperçu
de quelques exemples parmi les plus emblématiques ; elle illustre la
spécificité matérielle de leur « mise à l’écrit » dans le vaste espace
francophone médiéval. Du Roman d’Alexandre au Chansonnier cordiforme de
Montchenu, le manuscrit avant l’invention de l’imprimerie est un véritable
objet fini et esthétique.
À voir :
Queste del Saint Graal, XIVe siècle (dernier quart, vers 1385) ; Chansonnier
cordiforme de Jean de Montchenu, vers 1475 ; Gautier de Coinci, Miracles
de Nostre Dame, 1328-1332
À entendre :
Chansonnier cordiforme : diffusion d’un extrait de chanson (env. 3 min.)
Le brouillon littéraire
Témoignages précieux
et émouvants de la naissance des grands textes de la littérature française, les
brouillons littéraires autographes sont quasi inexistants pour le Moyen Âge, et
restent rares jusqu’au XVIIIe siècle. Aux XIXe et XXe siècles en revanche,
d’abondantes archives d’écrivains permettent d’observer et d’étudier la
création dans tous ses états et ses déclinaisons individuelles. Les textes romanesques,
dramatiques et autobiographiques présentés dans cette salle offrent, sous leur
aspect initial parfois un peu ingrat en comparaison des manuscrits médiévaux,
toute une variété de supports (feuilles libres, cahiers…), de graphies
(certaines parfaitement limpides, voire élégantes, d’autres confinant à
l’illisible), de mises en page (ordonnées, scolaires, ou au contraire saturées,
voire chaotiques).
À voir : Marcel
Proust, cahiers de brouillons pour À la recherche du temps perdu, 1908-1922 ; Wajdi Mouawad, Fauves, 2021;
Colette, Les Vrilles de la vigne, 1908.
À entendre :
Lecture par Denis Podalydès de Mort à crédit de Céline (INA)
; Extrait d’une pièce de théâtre : Roberto Zucco de Bernard-Marie
Koltès (France Culture).
Écrire pour soi, écrire
sur soi : les manuscrits intimes
L’écriture a
longtemps été le privilège des clercs et des puissants. Cette pratique qu’il
fallait
apprendre en des temps où l’école était rare, et dont les outils étaient
coûteux, était réservée à un petit nombre et s’inscrivait dans un cadre social
: on écrivait toujours pour quelqu’un, singulier ou multiple, proche ou
lointain. La philosophie comme la morale chrétienne ont longtemps condamné la
manifestation de l’ego, sauf dans le cadre du témoignage ou de la confession.
Il a fallu des siècles pour que la pratique de l’écriture se répande, que de
nouveaux groupes sociaux se l’approprient et que des individus s’en emparent
pour raconter leur vie, confier au papier la chronique de leurs jours, de leurs
sentiments, de leurs réflexions sur tout et rien, à l’intention de leurs
proches ou de leurs descendants, ou pour eux-mêmes.
À voir :
Giacomo Casanova, Histoire de ma vie, vers 1789-1797
La correspondance
Écrire une lettre a
sans doute été, jusqu’à une époque récente, la pratique d’écriture la plus
universellement répandue ; le passage de la lettre manuscrite et de la carte
postale au message électronique n’a fait que démultiplier la communication
écrite. Or celle-ci a longtemps été une pratique très codifiée. Au Moyen Âge et
à la Renaissance, les lettres sont rarement personnelles, et s’appuient sur des
modèles rhétoriques prescriptifs. À l’âge classique, l’écriture épistolaire se
libère.
À l’époque
contemporaine, des masses considérables de correspondances sont conservées dans
les bibliothèques et les archives, publiques ou privées. Qu’elles soient
produites par des personnalités historiques et littéraires ou de parfaits
inconnus, toutes offrent des témoignages précieux et riches d’informations :
sur la langue et sa pratique dans les divers milieux, sur une époque, sur les
mentalités, les relations sociales… Au-delà de ces apports historiques, les
lettres valent aussi par les voix singulières qu’elles font entendre, les
sentiments et les pensées intimes qu’elles expriment, et la manière dont chaque
correspondant, écrivain ou non, s’approprie littérairement et matériellement
l’objet-lettre pour en faire une petite création sous enveloppe.
À voir : Ovide,
Héroïdes, traduit en français par Octovien de Saint-Gelais, vers 1505-1515 ; Marie de Rabutin-Chantal, marquise
de Sévigné, lettre à Madame de Grignan, 6 octobre 1688 »