Encore le Titanic (critique d'un documentaire)

            Il se trouve que, grâce à une cousine, nous avons pu voir un documentaire qui, au moment où nous écrivons ces lignes, n’a pas encore été diffusé en France. Il s’agit du Titanic – The Digital Resurrection (Titanic – Résurrection digitale [notre traduction]).

L’idée de départ était de créer un « jumeau » virtuel grâce aux nombreux clichés pris sur place. Il fallut deux ans de travail afin de réaliser ce documentaire : en 2022, les sous-marins miniature, Romeo et Juliet, furent envoyés prendre des clichés de la totalité du site de naufrage et, après un an d’analyses, il fut possible de créer un double digital de l’épave.

Des spécialistes furent appelés afin de livrer leurs conclusions… et certaines d’entre elles nous ont profondément chiffonnée et nous allons donc partager avec vous ces éléments qui nous semblent problématiques.

            En premier, ils attribuent encore la découverte de l’épave à Ballard. Même s’il a fait un travail de propagande des plus impressionnants, il dormait quand Jean-Louis Michel[1] de l’IFREMER (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) et ses deux collègues ont découvert la proue du Titanic et que Michel a envoyé le cuisinier, erreur terrible, réveiller Ballard qui s’attribua tout le mérite de la découverte. Si nous avons trouvé la lettre ouverte du commandant Nargeolet qui remet les pendules de Ballard à l’heure alors que nous ne nous sommes que récemment penchée sur l’histoire du Titanic, il est curieux que des spécialistes du sujet ne rendent pas à Michel ce qui lui revient de droit.

            Ensuite, le jumeau digital du Titanic porte encore la trace d’un incident, en accord avec le témoignage d’une survivante du Titanic dont le hublot fut brisé par la collision avec l’iceberg, ce qui fit estimer la hauteur de l’iceberg par l’équipe de spécialistes, mais ce hublot brisé ne peut donner qu’une vague idée de la hauteur si l’on en croit les témoignages de ceux qui ont vu l’iceberg, puisqu’il fut déclaré qu’il ressemblait au rocher de Gibraltar (nous vous renvoyons à notre article sur le sujet). On peut retourner le problème dans tous les sens, mais la partie visible de l’iceberg reste et restera un mystère. L’estimation de la hauteur ne peut donc être exacte en se basant seulement sur le hublot brisé.

            La hauteur de l’iceberg n’est pas le seul problème que nous avons avec ce documentaire. La proue est tellement enfoncée dans la boue qui se trouve au sol qu’il est littéralement impossible de voir les dommages sur la coque, mais l’équipe a quand même fait une simulation – avec un iceberg dont on ignore complètement la forme sous-marine, puisque cette partie de chaque iceberg est unique et avec des dégâts inventés par ordinateur puisque les vrais dommages sur la coque sont enfoncés dans plusieurs mètres de boue – en fait, une expédition française en 1996 a utilisé un sonar qui a révélé que six petites brèches avaient scellé le destin du Titanic en touchant six compartiments (Contrairement à ce documentaire américain, le documentaire français de Simon Viguié en 2023 Titanic : le naufrage aurait-il pu être évité ? donne au spectateur toutes les informations nécessaires et donne la parole à Jean-Louis Michel et au commandant Nargeolet. Il présente également les conclusions de spécialistes qui décryptent simplement leurs conclusions). Les réalisateurs de ce documentaire ont arbitrairement décidé de la forme de l’iceberg.

Ils n’allaient pas s’arrêter à ce genre de petit détail s’ils pouvaient rentabiliser leur projet d’épave virtuelle… Est-il permis d’être déçue par un tel manque de rigueur scientifique et ce désir de titiller l’imaginaire du commun des mortels qui ne remettra pas en cause la forme de l’iceberg sur ordinateur et ses dégâts supposés ?

Bref, c’est très joli à la télé, mais si c’est vraiment scientifique, nous aurions aimé que leur approche nous soit expliquée en détail ; autrement, c’est du sensationnalisme qui surfe sur la fascination du public pour tout ce qui concerne le Titanic et rien de plus – et hors de question de prétendre qu’il serait trop compliqué d’expliquer l’approche au public ; si les données sont vraiment fiables, les spécialistes pouvaient expliquer comment ils avaient procédé. Autrement, c’est prendre le grand public pour un ensemble d’idiots de village ou la démarche est une simple arnaque. Il y a toujours une façon d’expliquer les choses ; nous pensons que les spécialistes et les réalisateurs sont tous partis du principe que le public prendrait leur conclusion pour argent comptant – désolée, mais nous aimons comprendre les choses et notre positivisme, qui sait qu’il faut donner ses sources afin que les informations et conclusions avancées puissent être vérifiées, aurait aimé ne pas avoir à douter de la simulation offerte dans le documentaire.

Avec autant d’inconnues (en tout cas pour nous, puisque rien ne nous est expliqué) comment croire que leur modélisation permet d’arriver à des conclusions fiables ? C’est tout simplement impossible.

Après avoir procédé à une simulation de la collision, on nous présente une collision frontale – toujours sans connaître la réelle forme de l’iceberg.

Étant donné qu’il n’y eut qu’une demi-minute entre l’alarme et la collision, s’il y avait eut une épaisse brume cette nuit-là, il y aurait eu une collision frontale et la proue du Titanic se serait encastrée dans l’iceberg. Il y aurait eu des morts, mais pas autant que dans le naufrage et le navire aurait pu être réparé. Comme on peut le conclure en regardant l’une des vidéos sur le Titanic sur la chaîne Youtube de Mike Brady, la réputation de la White Star Line aurait terriblement souffert, mais pas autant que de la perte du Titanic.

Brady, qui a étudié des articles sur le comportement de l’acier en cas de collision (dont il a mis les liens en commentaire de sa vidéo, a des conclusions quant aux dégâts sur la proue qui ne sont pas aussi pessimistes que dans le documentaire. Brady mentionne d’autres navires (notamment l’Arizona, le Grampian et le Florida) dont les proues furent endommagées et furent compressées selon un effet télescopique ; donc, on sait que ce type de collision n’était pas nécessairement fatal à un navire.

Le documentaire affirme que Murdoch n’aurait jamais donné l’ordre de percuter l’iceberg de front, mais c’est ignorer que les marins savaient qu’un navire pouvait y survivre et que cette manœuvre devint la norme après le naufrage du Titanic car une proue peut se réparer, même si l’on doit déplorer quelques morts, tandis que nul ne peut connaître le volume de glace sous l’eau et un navire qui coule ne le fait que rarement dans des conditions où l’évacuation peut se faire sur une mer calme, ce qui met les passagers en danger une seconde fois.

            D’ailleurs, au sujet de Murdoch, il est rappelé que certaines personnes  (et les journaleux habituels) ont fait courir la rumeur qu’il se serait suicidé, ce qui fut interprété comme un acte de lâcheté ; Lightoller défendit son défunt collègue en réfutant ces allégations.

Sur l’épave, une potence de levage peut être observée en position levée. Elle se trouve sur la zone où Murdoch opérait et les réalisateurs du documentaire pensent que cela signifie qu’il était bien à son poste et s’apprêtait à affaler un autre canot. C’est en effet une possibilité.

Grâce au jumeau virtuel, les spécialistes ont repéré une valve vapeur ouverte qui est visible dans le champ de débris et qui semble indiquer que les hommes dans la salle des machines parvinrent effectivement à continuer à alimenter le système électrique du navire car cette valve était reliée au générateur d’urgence qui se trouvait au-dessus de la salle des machines n° 2.

Le chef mécanicien Joseph Bell (1861-15 avril 1912) travailla avec les pompiers et les chauffeurs de la salle des machines n° 2 qui était la seule et la dernière à ne pas être inondée et donc la seule en mesure de fournir du courant au navire et Bell resta avec les autres mécaniciens, les pompiers et les chauffeurs. Ils firent tous ensemble fonctionner les machines en les alimentant. Dès que la salle des machines n°5 commença à être inondée, Bell avait compris qu’ils étaient perdus et il décida de se sacrifier afin d’essayer de sauver un maximum de gens. Avoir de l’électricité permit aux passagers d’évacuer et aux opérateurs radio d’appeler à l’aide. Sans le sacrifice de ces hommes, il n’y aurait eu aucun survivant.

            Une autre estimation qui n’est pas expliquée est qu’ils pensent que la vitesse était de 22 nœuds au moment de la collision, ce qui voudrait donc dire que le capitaine Smith allait trop vite (quelle

Pardon pour notre sarcasme, mais cette vitesse est exactement celle déclarée par Lightoller dans son entretien à la BBC en 1936. Encore une fois, si nous avons trouvé ce document, pourquoi les spécialistes l’ignorent-ils ?). De même, un passager aurait entendu qu’Ismay voulait que le navire arrive avec un jour d’avance, ce qu’il nia lorsqu’il témoigna officiellement.

Devons-nous déduire qu’ils ont calculé la vitesse possible en se basant sur l’heure de départ du dernier port quitté par le Titanic et le lieu du naufrage ? Encore une fois, comment leur faire confiance sans explication aucune ? Expliquer leur méthode ne devrait pas prendre des siècles ou alors ils nous prennent vraiment pour des buveurs d’eau dans les Alpes. Une autre possibilité serait, malheureusement, qu’ils ne soient pas très sérieux et à ce sujet, un détail dans une de leurs simulations nous fait douter de leur sérieux : alors que nous savons, depuis 2008, que l’hélice centrale était tripale, leur poupe nous montre une quadripale centrale. Certes, ce n’est qu’un détail, mais quand on se dit spécialiste du Titanic, il est étrange de ne pas intégrer cette découverte dans son travail simplement afin de répondre aux attentes d’un public auquel tous les films et tous les documentaires font voir une hélice quadripale centrale parce que c’est ce que montre la photo de l’Olympic. C’est de la paresse, de l’incompétence, ou la conviction profonde que le public est stupide et ne comprendrait pas une déclaration du genre : « Le carnet d’un ingénieur, retrouvé seulement en 2008, nous apprend que les trois hélices du Titanic étaient tripales – sans doute afin de faire des essais par rapport à celles de l’Olympic afin de déterminer quelle était la meilleure configuration ». C’est court, mais ça donne toutes les infos nécessaires.

            Le potentiel de ce documentaire était grand, surtout si l’on considère les moyens dont ils disposaient afin de créer le jumeau digital, mais le résultat est frustrant et c’est bien dommage.



[1] : Si le sujet vous intéresse, il y a un très bon article, « C’est moi qui ai découvert le Titanic » dans le Var-matin du 25 octobre 2024 à cette adresse : https://www.varmatin.com/temoignage/c-est-moi-qui-ai-decouvert-le-titanic-l-explorateur-jean-louis-michel-seul-francais-dans-l-expedition-americaine-a-la-recherche-de-la-celebre-epave-raconte-952978.

Curiosités de musée : Où est... Antinoüs ?

            Il y a quelques mois, après avoir rencontré le couple impérial à Écouen, nous avions croisé l’empereur Hadrien dans plusieurs musées.

            Cet été, c’est Antinoüs que nous avons retrouvé par hasard.

 

Une statuette de lui peut être actuellement admirée à l’Institut du monde arabe dans l’exposition sur Gaza.

Ce petit bronze moulé du début de notre ère (entre le Ier et le IIIème siècle) fut découvert au large de Gaza en 2004. Il faisait partie de la collection Jawdat Khoudary et appartient à l’autorité nationale palestinienne et est normalement conservée à Genève, au musée d’art et d’histoire afin d’assurer sa conservation et de garantir qu’il ne sera pas détruit par l’armée d’occupation.

La notice nous dit : « La statuette représente Antinoüs, le favori de l’empereur Hadrien, mort noyé dans le Nil en 130. Antinoüs fut divinisé et le culte d’Osiris-Antinoüs se répandit rapidement dans toutes les provinces de l’Empire. Hadrien visite Gaza en 129 qui organise par la suite une fête annuelle en son honneur. Gaza reçoit d’Hadrien le privilège exceptionnel d’émettre une gamme de 5 monnaies, analogue à celles du Sénat de Rome. »


L’éclairage du musée créé des reflets et il est assez difficile de prendre une bonne photo, mais cette œuvre est magnifique.

 

            Ensuite, nous avons croisé Antinoüs au Louvre, salle 616 (aile Sully). Cette œuvre fut saisie en mars 1794 au titre de la loi sur le séquestre des biens des émigrés et transférée au Louvre.

Fondue à Rome en 1780 par Luigi Valadier (1726-1785), elle appartenait à Pierre Marie Gaspard Grimod (1748-1809). Il était issu d’une famille de fermiers-généraux et avait été fait comte d’Orsay par Louis XV. Entre 1775 et 1778, il rassembla en Italie des originaux d’époque romaine, des copies d’après l’Antique, des œuvres de style maniériste et en commanda d’autres à des artistes néoclassiques. La notice nous apprend aussi que ce « bronze fondu d’après la célèbre statue antique conservée au musée du Capitole témoigne de la qualité de cette collection, installée à Paris dans un nouveau décor « à la grecque », aujourd’hui disparu, de son hôtel particulier. »


(La luminosité n’était encore pas de notre côté.)

 

            À Versailles, en sortant de l’exposition sur le buste du Bernin, nous avons vu une copie du relief antique de la collection Albani, à Rome et attribuée à Simon Challe. « Médaillon exécuté lors du séjour de l’artiste à l’Académie de France à Rome en tant que pensionnaire du roi. Déposé en 1752 à la salle des Antiques du Louvre, puis envoyé à Saint-Cloud en 1802. Entré à Versailles en 1827. »

Antinoüs Albani (1748-1752)

Flash info : M.C. Escher à la Monnaie de Paris (15 novembre 25 - 1er mars 26)

           Inspirant les graveurs comme Joaquin Jimenez, Graveur Général et Directeur de la création gravure à la Monnaie de Paris, qui a déclaré : « Escher fait partie des artistes que nous vénérons nous, les graveurs. Ce dessinateur virtuose, maître de l'impossible, nous inspire dans notre pratique du micro-relief et de l'illusion. Nous nous rejoignons dans la même exigence en recherche de perfection. », une exposition consacrée à M. C. Escher ouvrira ses portes demain à la Monnaie de Paris.


 

            Le site nous dit : « Avec plus de 200 œuvres, l'exposition plonge le public dans l'univers imaginaire et vertigineux de ce génie visionnaire néerlandais. Né en 1898 à Leeuwarden (Pays-Bas), Escher a su conjuguer art, mathématiques, géométrie, logique et philosophie dans un langage unique, capable de défier les perceptions visuelles et de captiver des générations entières.

Célèbre pour ses visions impossibles, ses paradoxes visuels et ses géométries infinies, Escher est devenu une véritable icône, autant pour les mathématiciens et chercheurs que pour le grand public, séduit par la force visuelle et concptuelle de ses œuvres. Son travail se situe à la croisée de la rigueur scientifique et de l'imagination poétique, et a profondément inflluencé le monde du design, du graphisme et de la communication visuelle.

Ses illusions d'optique et architectures impossibles prennent vie dans cette exposition immersive, enrichie de stations interactives. À l'occasion de l'événement, accueilli dans les salons historiques de la Monnaie de Paris, seront également présentées des pièces commémoratives frappées pour les 100 ans de la naissance de l'artiste, ainsi que des dessins préparés pour des billets de banque finalement non émis en raison de leur complexité d'exécution. 

L'exposition est produite par Arthemisia et Fever, en collaboration avec la M.C. Escher Foundation et Maurits, et est placé sous la direction de Frederico Giudiceandra et de Jean-Hubert Martin, deux des plus grands spécialistes mondiaux de l'artiste. »

 

            Vous trouverez plus d’informations sur la page au sujet de cette exposition, ainsi qu’un communiqué et un dossier de presse.

Exposition : « Trésors et secrets d’écriture. Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, du Moyen Âge à nos jours » (jusqu'au 1er mars 2026)

            Si vous souhaitez vous aventurer à Villers-Cotterêts dans les mois qui viennent (jusqu’au 1er mars), vous pourrez visiter l’exposition « Trésors et secrets d’écriture. Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, du Moyen Âge à nos jours ».

Le site de la Cité internationale de la langue française nous dit :

« Au fil de cette exposition conçue par le Centre des monuments nationaux et la BnF, découvrez plus de 100 manuscrits d'exception, à la fois supports matériels et témoins historiques des métamorphoses de la langue française.

De Chrétien de Troyes à Marguerite Yourcenar

Pour la deuxième grande exposition temporaire de la Cité internationale de la langue française, le Centre des monuments nationaux a choisi d’illustrer, la manière dont, au fil des siècles, l’objet manuscrit a été le support matériel et le témoin historique de l’évolution de la langue française, de ses usages divers et de ses métamorphoses. 

L’exposition permettra d’admirer une centaine de documents d’exception issus des collections de la Bibliothèque nationale de France, du XIIe siècle jusqu’aux textes les plus contemporains, une traversée de Chrétien de Troyes à Marguerite Yourcenar.

Parchemin ou papier, graphies élégantes ou convulsives, mises en page, illustrations, ratures, transformations, annotations... Dans l’univers de l’écrit, la singularité du manuscrit réside dans le choix du support, la graphie ou tout ce qui peut entourer le texte. Tout manuscrit est donc un témoignage vivant et unique de la langue telle que les individus se la sont appropriée au fil des siècles.

Simone de Beauvoir, Christine de Pizan, Marcel Pagnol, Boris Vian, George Sand, Mme de Sévigné ou Champollion : la Cité révèle des trésors de la Bibliothèque nationale de France, en donnant à voir les secrets d’écriture de nos auteurs et autrices parmi les plus célèbres à travers les siècles, que chacun a, à un moment, étudié en classe, découvert dans la bibliothèque familiale ou emprunté à la bibliothèque…

Dix siècles d'histoire du français

Pour rendre compte de dix siècles d’histoire du français, l’exposition propose un voyage en cinq étapes, fondé sur le contenu des manuscrits conservés et sur leurs usages.

Penser en français

Cette première salle retrace, à travers des manuscrits savants, la manière dont le français s’est progressivement affirmé et développé comme une langue écrite capable de dire et de penser le monde. Le manuscrit devient le support de l’expression de la pensée, s’inscrivant dans une tradition de traduction et de transmission du savoir. À découvrir notamment dans cette section, les manuscrits de deux grandes femmes de science françaises : Emilie du Châtelet et Sophie Germain.

Parmi les œuvres à voir dans cette section : Jean-François Champollion, Grammaire égyptienne, 1830-1832 ; Thibaut Desmarchais, Le Secrétaire des astres, XVIIIe siècle ; Simone Weil, Cahiers, 1933-1941

La littérature avant l’imprimerie

Sous quelle forme se présentent les grands textes de la littérature française du Moyen Âge que nous lisons aujourd’hui dans des éditions imprimées ? Où ces textes ont-ils été produits et copiés ? À travers une sélection de manuscrits allant du xiie au xvie siècle, rédigés sur papier ou sur parchemin, cette section offre un aperçu de quelques exemples parmi les plus emblématiques ; elle illustre la spécificité matérielle de leur « mise à l’écrit » dans le vaste espace francophone médiéval. Du Roman d’Alexandre au Chansonnier cordiforme de Montchenu, le manuscrit avant l’invention de l’imprimerie est un véritable objet fini et esthétique.

À voir : Queste del Saint Graal, XIVe siècle (dernier quart, vers 1385) ; Chansonnier cordiforme de Jean de Montchenu, vers 1475 ; Gautier de Coinci, Miracles de Nostre Dame, 1328-1332

À entendre : Chansonnier cordiforme : diffusion d’un extrait de chanson (env. 3 min.)

Le brouillon littéraire

Témoignages précieux et émouvants de la naissance des grands textes de la littérature française, les brouillons littéraires autographes sont quasi inexistants pour le Moyen Âge, et restent rares jusqu’au XVIIIe siècle. Aux XIXe et XXe siècles en revanche, d’abondantes archives d’écrivains permettent d’observer et d’étudier la création dans tous ses états et ses déclinaisons individuelles. Les textes romanesques, dramatiques et autobiographiques présentés dans cette salle offrent, sous leur aspect initial parfois un peu ingrat en comparaison des manuscrits médiévaux, toute une variété de supports (feuilles libres, cahiers…), de graphies (certaines parfaitement limpides, voire élégantes, d’autres confinant à l’illisible), de mises en page (ordonnées, scolaires, ou au contraire saturées, voire chaotiques).

À voir : Marcel Proust, cahiers de brouillons pour À la recherche du temps perdu, 1908-1922 ; Wajdi Mouawad, Fauves, 2021; Colette, Les Vrilles de la vigne, 1908.

À entendre : Lecture par Denis Podalydès de Mort à crédit de Céline (INA) ; Extrait d’une pièce de théâtre : Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès (France Culture).

Écrire pour soi, écrire sur soi : les manuscrits intimes

L’écriture a longtemps été le privilège des clercs et des puissants. Cette pratique qu’il fallait
apprendre en des temps où l’école était rare, et dont les outils étaient coûteux, était réservée à un petit nombre et s’inscrivait dans un cadre social : on écrivait toujours pour quelqu’un, singulier ou multiple, proche ou lointain. La philosophie comme la morale chrétienne ont longtemps condamné la manifestation de l’ego, sauf dans le cadre du témoignage ou de la confession. Il a fallu des siècles pour que la pratique de l’écriture se répande, que de nouveaux groupes sociaux se l’approprient et que des individus s’en emparent pour raconter leur vie, confier au papier la chronique de leurs jours, de leurs sentiments, de leurs réflexions sur tout et rien, à l’intention de leurs proches ou de leurs descendants, ou pour eux-mêmes.

À voir : Giacomo Casanova, Histoire de ma vie, vers 1789-1797

La correspondance

Écrire une lettre a sans doute été, jusqu’à une époque récente, la pratique d’écriture la plus universellement répandue ; le passage de la lettre manuscrite et de la carte postale au message électronique n’a fait que démultiplier la communication écrite. Or celle-ci a longtemps été une pratique très codifiée. Au Moyen Âge et à la Renaissance, les lettres sont rarement personnelles, et s’appuient sur des modèles rhétoriques prescriptifs. À l’âge classique, l’écriture épistolaire se libère.

À l’époque contemporaine, des masses considérables de correspondances sont conservées dans les bibliothèques et les archives, publiques ou privées. Qu’elles soient produites par des personnalités historiques et littéraires ou de parfaits inconnus, toutes offrent des témoignages précieux et riches d’informations : sur la langue et sa pratique dans les divers milieux, sur une époque, sur les mentalités, les relations sociales… Au-delà de ces apports historiques, les lettres valent aussi par les voix singulières qu’elles font entendre, les sentiments et les pensées intimes qu’elles expriment, et la manière dont chaque correspondant, écrivain ou non, s’approprie littérairement et matériellement l’objet-lettre pour en faire une petite création sous enveloppe.

À voir : Ovide, Héroïdes, traduit en français par Octovien de Saint-Gelais, vers 1505-1515 ; Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, lettre à Madame de Grignan, 6 octobre 1688 »

 

Des nouvelles de Clio (bulletin #7)

Dans ce bulletin, nous vous proposons :

 

* Si vous vous demandez comment les Grecs et les Romains prouvaient leur identité, voici l’article qu’il vous faut (en anglais).

* Les légendes arthuriennes sont pleines de détails curieux et fascinants. Un compagnon du roi Arthur mentionne dans une des histoires que le souverain avait conquis la Grèce. Si vous souhaitez en savoir plus sur cette histoire, c’est par ici (article en anglais).

* Le Greco était un artiste unique en son genre et nous vous avons trouvé un article qui parle de lui (en anglais).

* Les diverses formes de communication en Grèce antique étaient absolument fascinantes (article en anglais).

* Une explication de ce qu’est un daguerréotype et en prime le plus ancien cliché de l’Acropole ? C’est par ici (article en anglais).

* Comment savoir s’il s’agit d’un ragot ou d’une « intox » ? Demandez à Socrate, il a un truc (article en anglais).

*Le musée de Cluny a fait une nouvelle acquisition, qui est présentée ainsi : « Connaissez-vous la cérémonie de la rose d’or ? Séverine Lepape, directrice du musée, vous présente en vidéo l’une de nos dernières acquisitions : une enluminure italienne de la fin du 13e siècle.

Il s’agit du plus ancien témoignage iconographique connu à ce jour de la cérémonie de la rose d’or. »

Flash info : Bal à l'Hôtel de la marine (28 novembre 2025)

            Le 28 novembre 2025, de 17h30 à 20h30, l’Hôtel de la marine propose un « bal d’époque ».

Cette fois-ci, le thème est la « Belle époque ». Les costumes ne sont pas obligatoires… mais si le monument n’en prête pas, vous pouvez vous y rendre avec les vôtres si vous êtes équipé.

Il y a deux options :

-         une gratuite dans la cour d’honneur où le public sera à un moment invité à participer.

-         une payante (sauf si vous bénéficiez de la gratuité) dans les salons d’apparat à l’intérieur du monument.

 

Le site nous dit : « L’Hôtel de la Marine vous invite à un bal "Belle époque" !

Spécialistes de la reconstitution de bals historiques, les membres de l’association Carnet de Bals vous font vivre l’atmosphère magique des réceptions prestigieuses qui ont jadis animé le monument. 

Ces passionnés investissent la cour d’honneur pour vous offrir des démonstrations et des danses participatives, où chacun peut se laisser entrainer sur la piste de danse ; et les salons d’apparat, pour des démonstrations de danse raffinées dans un cadre somptueux. »

La salle du Congrès et l'appartement du président du Congrès (jusqu'au 4 janvier 2026)

            Les week-ends et les jours fériés, la salle du Congrès et l’appartement du président du Congrès sont ouverts en visite libre ou visite guidée au château de Versailles. En semaine, seules les visites guidées sont disponibles.

            Au sujet de la salle du Congrès, le site du château nous dit (il y a une visite virtuelle du lieu sur le site) : 

« Construite à la fin du XIXe siècle, la salle du Congrès accueille encore aujourd’hui les députés et les sénateurs réunis en Congrès pour adopter les révisions constitutionnelles ou pour assister aux adresses du Président de la République.

 

La salle du Congrès

Histoire du lieu

Après la défaite de Sedan[1], Napoléon III est fait prisonnier par l’armée prussienne. qui provoque la chute du Second Empire de Napoléon III[2], une Assemblée nationale est élue en 1871 et se réunit d’abord à Bordeaux. Composée majoritairement de monarchistes, elle souhaite se rapprocher de Paris, mais ne pas y siéger à cause de l’agitation qui règne alors dans la capitale et qui aboutira à la « Semaine sanglante » de mai 1871.

Les lois constitutionnelles de 1875 instaurent de façon définitive la IIIe République. Elles prévoient notamment le retour au bicamérisme, divisant le parlement en deux chambres distinctes : le Sénat et la Chambre des députés. Hésitant entre Orléans et Fontainebleau, l’Assemblée choisit finalement Versailles et s’installe à l’Opéra royal qui subit quelques modifications pour la circonstance.

Quatre ans plus tard, les lois constitutionnelles de 1875 instaurent de façon définitive la IIIe République. Elles prévoient notamment le retour au bicamérisme, divisant le parlement en deux chambres distinctes : le Sénat et la Chambre des députés. Le premier choisit de siéger dans la salle de l’Opéra royal. Pour accueillir la seconde, l’architecte du Parlement, Edmond de Joly, livre, fin 1875, une nouvelle salle en hémicycle aménagée au cœur de l’aile du Midi. Elle est inaugurée lors de l’ouverture solennelle des chambres le 8 mars 1876. Les députés y tiennent séance jusqu’à leur retour au palais Bourbon, à Paris, en 1879. La salle possède de vastes capacités qui permettent de réunir les deux chambres en « assemblée nationale », notamment lors de l’élection du président de la République.

La constitution de la Ve République prévoit elle aussi la réunion des deux chambres (Sénat et Assemblée nationale) en Congrès pour l’adoption des révisions constitutionnelles. Depuis celle de 2008, elle peut accueillir également les adresses du Président de la République aux deux assemblées.

 

Le vestibule

La grande porte donnant sur la rue de l’Indépendance américaine est celle encore utilisée par le public et les journalistes pour assister aux séances du Congrès, les députés et sénateurs entrant par la grande cour du Château et la cour des Princes. Le vestibule est orné de 5 statues appartenant aux collections historiques du Château, représentant le philosophe René Descartes, le poète François de Malherbe, le moraliste Michel de Montaigne, le penseur politique Montesquieu, et le peintre Nicolas Poussin.

 

La salle du Sceau

Cette salle était autrefois utilisée comme parloir pour le public souhaitant rencontrer les députés. Elle doit son nom actuel au sceau utilisé pour authentifier les actes officiels produits par l’Assemblée nationale ou les deux assemblées réunies en congrès. Le sceau était autrefois installé dans l’une des salles de l’Empire, à proximité de la salle de Marengo. L’appareil lui-même, daté de 1875, est l’œuvre de l’ingénieur Guillaume, conçu comme un balancier à vis. Il pèse 150 kilos. »

            La page dédiée à l’ouverture exceptionnelle de la salle du Congrès et de l’appartement du président du Congrès nous dit : 


« La salle du Congrès

La salle du Congrès, bâtie en 1875 en seulement six mois au cœur de l’aile du Midi, contient près de 1 500 places. Elle est plus grande que les hémicycles de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Elle est un bel exemple de l’architecture officielle du début de la IIIe  République, de style éclectique et d’esprit très palatial, son étonnant décor s’inspire du grand appartement de Louis XIV et ne manque pas de références au Roi-Soleil.

Entre 1875 et 1953, seize présidents de la République y ont été élus et c’est sur ses bancs que se réunissent aujourd’hui en Congrès les députés et sénateurs à l’occasion des modifications de la Constitution ou lors des allocutions du président de la République. Le Congrès s'est à ce titre réuni le 4 mars 2024 pour se prononcer définitivement sur l'inscription de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) dans la Constitution.

 

L’appartement du président du Congrès

Souvent ignoré du grand public et construit en même temps que la salle du Congrès, l’appartement du président du Congrès présente un décor néo-Louis XV, familier à Versailles, et remplace d’anciens appartements de membres de la famille royale. Cet étonnant et vaste appartement d’apparat a été restitué par l’Assemblée nationale au château de Versailles en 2006. 

 

Un nouvel accrochage

À l’occasion des 150 ans de la IIIe  République, un nouvel accrochage permanent prendra place : des œuvres des XIXe et XXe siècles siècle issues principalement des collections du Château (peintures et sculptures) offriront aux visiteurs un aperçu singulier de la vie parlementaire sous la IIIe République. »

 

 
Le premier salon

Le deuxième salon

Le troisième salon


[1] : Le 1er septembre 1870.

[2] : Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873), président de la IIe République en 1848, instaure le Second Empire en 1852.