Les tours de Notre-Dame de Paris

            Le nouveau parcours des tours de la cathédrale Notre-Dame de Paris a ouvert pour les journées européennes du patrimoine, puis le 24 septembre 2025.

            Nous avons réussi à avoir un billet pour le jour de l’ouverture et nous allons partager avec vous nos photos de notre visite. Il y a 424 marches à gravir jusqu’en haut de la tour sud et le site du monument insiste beaucoup sur le fait qu’il faut être en bonne condition physique et ne pas souffrir d’acrophobie pour entreprendre cette visite – nous ajouterons comme conseil de garder un œil sur la météo (nous avons terminé notre visite sous une bruine pénétrante et la visibilité aurait pu être bien meilleure).

            Il n’y a pas de vente de billet sur place. Il faut réserver par Internet et il y a 9 créneaux disponibles toutes les quinze minutes.

            L’entrée se trouve sur la droite quand on est face à la cathédrale.

Une fois passé le contrôle des billets, il y a une première envolée de marches, mais le plus gros de l’ascension nous attend.

Au niveau de la salle basse, vous trouverez la boutique cadeau. Ce sera le moment d’admirer les deux statues mises à l’abri dans cet espace et de faire vos emplettes, car on ne repasse pas par cet endroit en descendant.

 

Souvenirs achetés, on repart pour la suite de l’ascension :

On passe au niveau de la galerie de la Vierge et on arrive à la salle des quadrilobes :

Les travaux ne sont pas finis à l’extérieur :

L’escalier à double révolution nous attend :

Nous voici sur la plateforme (le ciel était gris, mais quelle vue) :

 

Il n’y a plus qu’une envolée de marches avant d’atteindre le sommet de la tour sud :

Une fois au sommet :

 

De retour sur la plateforme, on croise le bourdon Marie et le bourdon Emmanuel :

En descendant, on arrive dans l’espace qui est entre les deux tours et où on peut admirer quelques chimères :

 

C’est là aussi qu’on peut voir la « forêt » (la charpente reconstruite est magnifique) :

On passe dans la tour nord pour redescendre :

La cloche Denise David est conservée dans une salle de la tour nord (une ambiance musicale nous accompagne) :

Puis on redescend :

C’est une très belle visite – à faire par beau temps.


Exposition : « Le Triptyque de Moulins » au musée du Louvre (26 novembre 25 - 31 août 26)

            Du 26 novembre 25 au 31 août 26, le musée du Louvre expose le Triptyque de Moulins de Jean Hey (aile Richelieu, salle 831, au 2ème étage).


            Le site du musée nous dit :

« Le Triptyque de Moulins de Jean Hey est l'un des chefs-d'œuvre absolus de la peinture française à l'aube du XVIe siècle.

Sa restauration (2022-2025), décidée et pilotée par la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) Auvergne – Rhône-Alpes, conduite au Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) et réalisée par les restaurateurs de l'atelier Arcanes et de l'atelier Tournillon, est un événement considérable dans l'actualité patrimoniale en France. Il s'agit d'un moment crucial pour la connaissance de la peinture française autour de 1500 : les opérations ont révélé les couleurs éclatantes des trois panneaux qui le composent, depuis longtemps oubliées ; d'autre part, cette restauration, et les études approfondies menées au C2RMF qui l'accompagnent, engendrent de nouvelles interrogations quant aux expérimentations picturales du peintre Jean Hey, autrefois connu comme le « Maître de Moulins » avant son identification. Formé en Flandres, il est le plus génial artiste actif en France dans les dernières décennies du XVe siècle.

La fin de cette restauration fondamentale, la première depuis 1879, offre aujourd'hui au musée du Louvre, à la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes et au C2RMF l'occasion d'organiser une présentation exceptionnelle du Triptyque à proximité immédiate des salles des peintures françaises du Louvre. Le public pourra ainsi partager ce moment historique et découvrir ou redécouvrir l'œuvre magistrale de Jean Hey. La présence du Triptyque à Paris, où il n'avait plus été exposé depuis 1937, représente en effet la chance unique de le rapprocher des œuvres de Jean Hey conservées dans la capitale : cinq tableaux et un dessin au musée du Louvre, ainsi que la Vierge Bacri acquise en 2013 au musée de Cluny. Autour de ce corpus, plusieurs panneaux peints, mais aussi des dessins, enluminures et objets orfévrés, issus des collections du musée du Louvre, permettront aux visiteurs de mieux comprendre ce chef-d'œuvre du patrimoine français, et ce qui en fait une création exceptionnelle de l'art occidental au tournant des XVe et XVIe siècles. »

 

Des nouvelles de Clio (bulletin #8)

Dans ce bulletin, nous vous proposons :

 

* Avant même la fin de la Seconde guerre mondiale, Churchill et Staline décidèrent du sort de la Grèce… Enfin, à vous de lire (article en anglais).

* Les Grecs anciens étaient des métallurgistes extraordinaires. Pour preuves : le taureau de Delphes et le cratère de Derveni (articles en anglais).

* Une petite recette historique ? C’est par ici pour le pasteli grec qui remonte à l’antiquité (article – et recette – en anglais).

* Une sorte de télégraphe hydraulique avait été inventé avant notre ère – par les militaires (article en anglais).

* Il y a au Metropolitan Museum de New York une petite statue en bronze d’Éros qui est assez extraordinaire (article en anglais).

* En parlant d’art, les archéologues se sont penchés sur la composition des pigments de certains vases grecs et ils ont découvert que le gypse fut utilisé pour le blanc de certains vases funéraires (article en anglais).

* Une fois n’est pas coutume, en Histoire très contemporaine, des scientifiques ont découverts que l’antidote au venin de mamba noir peut avoir des conséquences aussi catastrophiques que le venin lui-même.

Les victimes de morsures de vipères sont aujourd’hui souvent mises en observation à l’hôpital, mais les mambas sont hélas plus dangereux. La médecine n’est pas au bout de ses peines, mais d'autres scientifiques ont cependant peut-être trouvé une solution en utilisant des anticorps à domaine unique qui semblent très prometteurs afin de protéger ceux qui ont été mordus par des mambas, des cobras ou des ringhals - ou cobras cracheurs (articles en anglais).

Exposition : « 1725. Des alliés amérindiens à la cour de Louis XV » au château de Versailles (25 novembre 25 - 3 mai 26)

Il y a au château de Versailles dans les appartements de la Dauphine, du 25 novembre 2025 au 3 mai 2026 une nouvelle exposition intitulée « 1725. Des alliés amérindiens à la cour de Louis XV ».

Le site du château nous dit :

« Le château de Versailles et le Musée du Quai Branly - Jacques Chirac proposent une nouvelle exposition consacrée à la visite des alliés amérindiens à la cour de Versailles. 1725, quatre chefs amérindiens et une femme amérindienne de la vallée du Mississippi sont reçus en France lors d'un voyage diplomatique et rencontrent Louis XV. L’exposition revient sur cette rencontre marquante et explore les liens entre la France et les nations autochtones d’Amérique du Nord au XVIIIe siècle.

 

Aux origines d’une alliance

Au tournant du XVIIIe siècle, la vallée du Mississippi est un espace structuré par de puissantes sociétés amérindiennes. Ces nations vivaient selon une organisation hiérarchisée, guerrière et spirituelle, où le prestige des chefs se manifestait par des objets de pouvoir comme une coiffe de plumes, probablement la plus ancienne connue au monde.

Une carte contemporaine et des cartes anciennes du XVIIIe siècle présentent ces nations comme déjà en lien avec les Français depuis la Grande Paix de Montréal de 1701, traité historique scellant une première alliance diplomatique. Les modes de vie autochtones alternent entre agriculture et chasse, suivant le rythme des saisons. Leur lien au vivant est aussi spirituel et passe par de véritables relations sociales entretenues avec des « personnes » autre qu’humaines comme les oiseaux-tonnerres, esprits puissants, qui ornent notamment les peaux offertes aux Français comme cadeaux diplomatiques.

 

Un voyage diplomatique

En 1724, la Compagnie des Indes[1] propose un geste inédit : inviter des chefs autochtones à la Cour de Louis XV. Étienne Véniard de Bourgmont sollicite plusieurs nations : Oto, Osage, Missouri, Illinois. Des lettres diplomatiques précieuses, certaines traduites par des missionnaires jésuites comme Nicolas-Ignace de Beaubois, documentent leur réponse. Malgré un naufrage qui empêche certaines délégations de partir, quatre chefs et la fille d’un chef Missouri embarquent au printemps 1725, traités dès leur départ comme de véritables ambassadeurs.

Leur arrivée en France inaugure un voyage diplomatique entre Paris, Versailles et Fontainebleau. Grâce au Mercure de France, le parcours est suivi pas à pas : audiences officielles, rencontres avec les princes du sang, visites des résidences royales. Le moment le plus solennel survient à Fontainebleau, le 25 novembre 1725, lorsque Louis XV reçoit les chefs en audience : harangues et gestes protocolaires marquent un respect mutuel.

Cette rencontre laisse une empreinte durable dans la culture française. Jean-Philippe Rameau, inspiré par une danse de deux chefs sur la scène de la Comédie italienne, compose la célèbre “Danse des Sauvages” pour son opéra Les Indes galantes. Cette création témoigne de l’impact culturel de cette délégation, encore peu souligné aujourd’hui.

 

L’exposition

Avec la création de la colonie de Louisiane, les relations entre les Français et leurs alliés autochtones se renforcent. Un dialogue culturel s’installe, donnant naissance à des objets métissés, à la fois européens et amérindiens : casse-têtes décorés de fleurs de lys, colliers de perles importées, couteaux européens dans des fourreaux autochtones. Le calumet de paix, richement orné, devient l’un des symboles de cette diplomatie partagée.

Lors du voyage, la délégation est conviée à participer à la chasse royale. Les invités y prennent part à leur manière, à pied et armés de leurs arcs. Les échanges de présents – calumets, coiffes, arcs, médailles en or – scellent cette rencontre. L’exposition présente ces objets, accompagnés de portraits des principaux acteurs, dont celui d’un Amérindien Miami, jamais montré en France. À travers une série d’œuvres prêtées exceptionnellement par le Musée du Quai Branly, se dessine une autre image de ces sociétés, bien différente de celle transmise par les récits coloniaux.

En clôture du parcours, une médiation sonore donne la parole aux membres autochtones du conseil scientifique de l’exposition. Ils évoquent la mémoire vivante de cette alliance et son écho dans les relations actuelles entre la France et leurs nations. »

 

            Les objets présentés doivent être fascinants, mais la médiation sonore a l’air tout simplement extraordinaire.

 



[1] : Une compagnie qui gérait le commerce entre une métropole européenne et ses colonies.

Reconstitution du Parthenon en 3D

            Il y a toujours eu des passionnés d’Histoire, mais les techniques d’aujourd’hui permettent bien des choses.

On peut décoder de l’ADN vieux de quatre mille ans, passer des résidus d’offrandes antiques au spectromètre de masse et créer des reconstitutions historiques en 3D grâce aux ordinateurs.

Évidemment, derrière le clavier de l’ordinateur, il faut quelqu’un de passionné, qui alimentera l’ordinateur de données.

            Nous vous avions parlé de reconstitution par ordinateur quand nous vous avions parlé de l’aurige de Delphes

Aujourd’hui, nous allons vous parler du docteur Juan de Lara, passionné qui nous livre une reconstitution du Parthénon et de la statue d’Athéna :

            Tout jeune, le site de l’Acropole l’avait impressionné et cet intérêt ne fit que grandir. S’il est désormais historien à Oxford, il fut créateur de jeux vidéo, ce qui lui donne un avantage quant à la création de sa reconstitution.

Il a écumé les sources, les archives et tout ce qui pouvait lui donner des indices afin de créer une reconstitution en 3D aussi probable que possible.

            Un article, en anglais, lui est consacré dans le Greek Reporter et il existe un site qui peut être exploré.


Encore le Titanic (critique d'un documentaire)

            Il se trouve que, grâce à une cousine, nous avons pu voir un documentaire qui, au moment où nous écrivons ces lignes, n’a pas encore été diffusé en France. Il s’agit du Titanic – The Digital Resurrection (Titanic – Résurrection digitale [notre traduction]).

L’idée de départ était de créer un « jumeau » virtuel grâce aux nombreux clichés pris sur place. Il fallut deux ans de travail afin de réaliser ce documentaire : en 2022, les sous-marins miniature, Romeo et Juliet, furent envoyés prendre des clichés de la totalité du site de naufrage et, après un an d’analyses, il fut possible de créer un double digital de l’épave.

Des spécialistes furent appelés afin de livrer leurs conclusions… et certaines d’entre elles nous ont profondément chiffonnée et nous allons donc partager avec vous ces éléments qui nous semblent problématiques.

            En premier, ils attribuent encore la découverte de l’épave à Ballard. Même s’il a fait un travail de propagande des plus impressionnants, il dormait quand Jean-Louis Michel[1] de l’IFREMER (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) et ses deux collègues ont découvert la proue du Titanic et que Michel a envoyé le cuisinier, erreur terrible, réveiller Ballard qui s’attribua tout le mérite de la découverte. Si nous avons trouvé la lettre ouverte du commandant Nargeolet qui remet les pendules de Ballard à l’heure alors que nous ne nous sommes que récemment penchée sur l’histoire du Titanic, il est curieux que des spécialistes du sujet ne rendent pas à Michel ce qui lui revient de droit.

            Ensuite, le jumeau digital du Titanic porte encore la trace d’un incident, en accord avec le témoignage d’une survivante du Titanic dont le hublot fut brisé par la collision avec l’iceberg, ce qui fit estimer la hauteur de l’iceberg par l’équipe de spécialistes, mais ce hublot brisé ne peut donner qu’une vague idée de la hauteur si l’on en croit les témoignages de ceux qui ont vu l’iceberg, puisqu’il fut déclaré qu’il ressemblait au rocher de Gibraltar (nous vous renvoyons à notre article sur le sujet). On peut retourner le problème dans tous les sens, mais la partie visible de l’iceberg reste et restera un mystère. L’estimation de la hauteur ne peut donc être exacte en se basant seulement sur le hublot brisé.

            La hauteur de l’iceberg n’est pas le seul problème que nous avons avec ce documentaire. La proue est tellement enfoncée dans la boue qui se trouve au sol qu’il est littéralement impossible de voir les dommages sur la coque, mais l’équipe a quand même fait une simulation – avec un iceberg dont on ignore complètement la forme sous-marine, puisque cette partie de chaque iceberg est unique et avec des dégâts inventés par ordinateur puisque les vrais dommages sur la coque sont enfoncés dans plusieurs mètres de boue – en fait, une expédition française en 1996 a utilisé un sonar qui a révélé que six petites brèches avaient scellé le destin du Titanic en touchant six compartiments (Contrairement à ce documentaire américain, le documentaire français de Simon Viguié en 2023 Titanic : le naufrage aurait-il pu être évité ? donne au spectateur toutes les informations nécessaires et donne la parole à Jean-Louis Michel et au commandant Nargeolet. Il présente également les conclusions de spécialistes qui décryptent simplement leurs conclusions). Les réalisateurs de ce documentaire ont arbitrairement décidé de la forme de l’iceberg.

Ils n’allaient pas s’arrêter à ce genre de petit détail s’ils pouvaient rentabiliser leur projet d’épave virtuelle… Est-il permis d’être déçue par un tel manque de rigueur scientifique et ce désir de titiller l’imaginaire du commun des mortels qui ne remettra pas en cause la forme de l’iceberg sur ordinateur et ses dégâts supposés ?

Bref, c’est très joli à la télé, mais si c’est vraiment scientifique, nous aurions aimé que leur approche nous soit expliquée en détail ; autrement, c’est du sensationnalisme qui surfe sur la fascination du public pour tout ce qui concerne le Titanic et rien de plus – et hors de question de prétendre qu’il serait trop compliqué d’expliquer l’approche au public ; si les données sont vraiment fiables, les spécialistes pouvaient expliquer comment ils avaient procédé. Autrement, c’est prendre le grand public pour un ensemble d’idiots de village ou la démarche est une simple arnaque. Il y a toujours une façon d’expliquer les choses ; nous pensons que les spécialistes et les réalisateurs sont tous partis du principe que le public prendrait leur conclusion pour argent comptant – désolée, mais nous aimons comprendre les choses et notre positivisme, qui sait qu’il faut donner ses sources afin que les informations et conclusions avancées puissent être vérifiées, aurait aimé ne pas avoir à douter de la simulation offerte dans le documentaire.

Avec autant d’inconnues (en tout cas pour nous, puisque rien ne nous est expliqué) comment croire que leur modélisation permet d’arriver à des conclusions fiables ? C’est tout simplement impossible.

Après avoir procédé à une simulation de la collision, on nous présente une collision frontale – toujours sans connaître la réelle forme de l’iceberg.

Étant donné qu’il n’y eut qu’une demi-minute entre l’alarme et la collision, s’il y avait eut une épaisse brume cette nuit-là, il y aurait eu une collision frontale et la proue du Titanic se serait encastrée dans l’iceberg. Il y aurait eu des morts, mais pas autant que dans le naufrage et le navire aurait pu être réparé. Comme on peut le conclure en regardant l’une des vidéos sur le Titanic sur la chaîne Youtube de Mike Brady, la réputation de la White Star Line aurait terriblement souffert, mais pas autant que de la perte du Titanic.

Brady, qui a étudié des articles sur le comportement de l’acier en cas de collision (dont il a mis les liens en commentaire de sa vidéo, a des conclusions quant aux dégâts sur la proue qui ne sont pas aussi pessimistes que dans le documentaire. Brady mentionne d’autres navires (notamment l’Arizona, le Grampian et le Florida) dont les proues furent endommagées et furent compressées selon un effet télescopique ; donc, on sait que ce type de collision n’était pas nécessairement fatal à un navire.

Le documentaire affirme que Murdoch n’aurait jamais donné l’ordre de percuter l’iceberg de front, mais c’est ignorer que les marins savaient qu’un navire pouvait y survivre et que cette manœuvre devint la norme après le naufrage du Titanic car une proue peut se réparer, même si l’on doit déplorer quelques morts, tandis que nul ne peut connaître le volume de glace sous l’eau et un navire qui coule ne le fait que rarement dans des conditions où l’évacuation peut se faire sur une mer calme, ce qui met les passagers en danger une seconde fois.

            D’ailleurs, au sujet de Murdoch, il est rappelé que certaines personnes  (et les journaleux habituels) ont fait courir la rumeur qu’il se serait suicidé, ce qui fut interprété comme un acte de lâcheté ; Lightoller défendit son défunt collègue en réfutant ces allégations.

Sur l’épave, une potence de levage peut être observée en position levée. Elle se trouve sur la zone où Murdoch opérait et les réalisateurs du documentaire pensent que cela signifie qu’il était bien à son poste et s’apprêtait à affaler un autre canot. C’est en effet une possibilité.

Grâce au jumeau virtuel, les spécialistes ont repéré une valve vapeur ouverte qui est visible dans le champ de débris et qui semble indiquer que les hommes dans la salle des machines parvinrent effectivement à continuer à alimenter le système électrique du navire car cette valve était reliée au générateur d’urgence qui se trouvait au-dessus de la salle des machines n° 2.

Le chef mécanicien Joseph Bell (1861-15 avril 1912) travailla avec les pompiers et les chauffeurs de la salle des machines n° 2 qui était la seule et la dernière à ne pas être inondée et donc la seule en mesure de fournir du courant au navire et Bell resta avec les autres mécaniciens, les pompiers et les chauffeurs. Ils firent tous ensemble fonctionner les machines en les alimentant. Dès que la salle des machines n°5 commença à être inondée, Bell avait compris qu’ils étaient perdus et il décida de se sacrifier afin d’essayer de sauver un maximum de gens. Avoir de l’électricité permit aux passagers d’évacuer et aux opérateurs radio d’appeler à l’aide. Sans le sacrifice de ces hommes, il n’y aurait eu aucun survivant.

            Une autre estimation qui n’est pas expliquée est qu’ils pensent que la vitesse était de 22 nœuds au moment de la collision, ce qui voudrait donc dire que le capitaine Smith allait trop vite (quelle

Pardon pour notre sarcasme, mais cette vitesse est exactement celle déclarée par Lightoller dans son entretien à la BBC en 1936. Encore une fois, si nous avons trouvé ce document, pourquoi les spécialistes l’ignorent-ils ?). De même, un passager aurait entendu qu’Ismay voulait que le navire arrive avec un jour d’avance, ce qu’il nia lorsqu’il témoigna officiellement.

Devons-nous déduire qu’ils ont calculé la vitesse possible en se basant sur l’heure de départ du dernier port quitté par le Titanic et le lieu du naufrage ? Encore une fois, comment leur faire confiance sans explication aucune ? Expliquer leur méthode ne devrait pas prendre des siècles ou alors ils nous prennent vraiment pour des buveurs d’eau dans les Alpes. Une autre possibilité serait, malheureusement, qu’ils ne soient pas très sérieux et à ce sujet, un détail dans une de leurs simulations nous fait douter de leur sérieux : alors que nous savons, depuis 2008, que l’hélice centrale était tripale, leur poupe nous montre une quadripale centrale. Certes, ce n’est qu’un détail, mais quand on se dit spécialiste du Titanic, il est étrange de ne pas intégrer cette découverte dans son travail simplement afin de répondre aux attentes d’un public auquel tous les films et tous les documentaires font voir une hélice quadripale centrale parce que c’est ce que montre la photo de l’Olympic. C’est de la paresse, de l’incompétence, ou la conviction profonde que le public est stupide et ne comprendrait pas une déclaration du genre : « Le carnet d’un ingénieur, retrouvé seulement en 2008, nous apprend que les trois hélices du Titanic étaient tripales – sans doute afin de faire des essais par rapport à celles de l’Olympic afin de déterminer quelle était la meilleure configuration ». C’est court, mais ça donne toutes les infos nécessaires.

            Le potentiel de ce documentaire était grand, surtout si l’on considère les moyens dont ils disposaient afin de créer le jumeau digital, mais le résultat est frustrant et c’est bien dommage.



[1] : Si le sujet vous intéresse, il y a un très bon article, « C’est moi qui ai découvert le Titanic » dans le Var-matin du 25 octobre 2024 à cette adresse : https://www.varmatin.com/temoignage/c-est-moi-qui-ai-decouvert-le-titanic-l-explorateur-jean-louis-michel-seul-francais-dans-l-expedition-americaine-a-la-recherche-de-la-celebre-epave-raconte-952978.

Curiosités de musée : Où est... Antinoüs ?

            Il y a quelques mois, après avoir rencontré le couple impérial à Écouen, nous avions croisé l’empereur Hadrien dans plusieurs musées.

            Cet été, c’est Antinoüs que nous avons retrouvé par hasard.

 

Une statuette de lui peut être actuellement admirée à l’Institut du monde arabe dans l’exposition sur Gaza.

Ce petit bronze moulé du début de notre ère (entre le Ier et le IIIème siècle) fut découvert au large de Gaza en 2004. Il faisait partie de la collection Jawdat Khoudary et appartient à l’autorité nationale palestinienne et est normalement conservée à Genève, au musée d’art et d’histoire afin d’assurer sa conservation et de garantir qu’il ne sera pas détruit par l’armée d’occupation.

La notice nous dit : « La statuette représente Antinoüs, le favori de l’empereur Hadrien, mort noyé dans le Nil en 130. Antinoüs fut divinisé et le culte d’Osiris-Antinoüs se répandit rapidement dans toutes les provinces de l’Empire. Hadrien visite Gaza en 129 qui organise par la suite une fête annuelle en son honneur. Gaza reçoit d’Hadrien le privilège exceptionnel d’émettre une gamme de 5 monnaies, analogue à celles du Sénat de Rome. »


L’éclairage du musée créé des reflets et il est assez difficile de prendre une bonne photo, mais cette œuvre est magnifique.

 

            Ensuite, nous avons croisé Antinoüs au Louvre, salle 616 (aile Sully). Cette œuvre fut saisie en mars 1794 au titre de la loi sur le séquestre des biens des émigrés et transférée au Louvre.

Fondue à Rome en 1780 par Luigi Valadier (1726-1785), elle appartenait à Pierre Marie Gaspard Grimod (1748-1809). Il était issu d’une famille de fermiers-généraux et avait été fait comte d’Orsay par Louis XV. Entre 1775 et 1778, il rassembla en Italie des originaux d’époque romaine, des copies d’après l’Antique, des œuvres de style maniériste et en commanda d’autres à des artistes néoclassiques. La notice nous apprend aussi que ce « bronze fondu d’après la célèbre statue antique conservée au musée du Capitole témoigne de la qualité de cette collection, installée à Paris dans un nouveau décor « à la grecque », aujourd’hui disparu, de son hôtel particulier. »


(La luminosité n’était encore pas de notre côté.)

 

            À Versailles, en sortant de l’exposition sur le buste du Bernin, nous avons vu une copie du relief antique de la collection Albani, à Rome et attribuée à Simon Challe. « Médaillon exécuté lors du séjour de l’artiste à l’Académie de France à Rome en tant que pensionnaire du roi. Déposé en 1752 à la salle des Antiques du Louvre, puis envoyé à Saint-Cloud en 1802. Entré à Versailles en 1827. »

Antinoüs Albani (1748-1752)