En passant sur les réseaux sociaux, nous avons croisé une photographie qui nous a intriguée :
La description était la suivante : « Le chef des tribus Mandan, Arikara et Hidatsa dans le Dakota du Nord pleure, tandis qu’il est forcé de signer un traité transférant leurs terres fertiles des plaines du Missouri, berceau de ces tribus, alors menacées de destruction. »
Donc, nous avons un natif ému aux larmes et une bande de colons qui a l’air aussi chaleureux qu’une banquise.
Qu’est-il arrivé ? Une horreur.
Cette photo date du 20 mai 1948 et George Gillette, chef des Trois Tribus Affiliées – aussi appelées « nation MHA (Mandan, Hidatsa, Arikara) » et président du conseil tribal de Fort Berthold, fut obligé de signer la cession de la plus grande partie de la réserve de Fort Berthold à côté de New Town dans le Dakota du Nord (soit environ 630 km²) au gouvernement américain qui souhaitait construire le barrage Garrison sur le Missouri.
Ce chapitre à lui seul peut nous faire éprouver une grande compassion pour M. Gillette et ses administrés (90% de la population fut expulsée de leurs terres ancestrales), mais l’horreur va beaucoup, beaucoup plus loin.
En effet, les Trois Tribus Affiliées sont déjà le résultat d’horreurs dues aux colons : les Arikara, les Hidatsa et les Mandan étaient trois tribus distinctes à la fin du XVIIIe siècle. Ce sont des épidémies de varioles, apportée par les Européens, qui décimèrent les natifs ; les Hidatsa et les Mandan s’allièrent et s’installèrent à Fort Berthold dans le Dakota du Nord et les Arikara les y rejoignirent en 1862.
Ces trois tribus étaient en relation, mais de cultures différentes. Leurs débuts furent difficiles sur leurs nouvelles terres entre les famines et l’arrivée de missionnaires (catholiques et protestants) qui tentèrent de mettre fin aux traditions natives.
Il leur fallut du temps, mais à l’arrivée du XXe siècle, les trois tribus étaient parfaitement alliées et étaient parvenues à conserver leurs particularismes culturels. Leurs terres étaient fertiles et rentables. Les choses n’étaient pas parfaites, mais, pour une réserve, leur situation n’était pas mauvaise – elle était même meilleure que pour la plupart de leurs voisins non-natifs.
Dans les années 30, les diverses églises locales et le gouvernement mirent l’accent sur l’utilisation de l’anglais comme unique langue de communication, mais cela ne fut toujours pas négatif pour les Trois Tribus Affiliées dont les échanges se trouvèrent améliorés par cette langue artificiellement commune.
En théorie, les terres des réserves sont protégées par décrets et traités, mais les colons ne s’embarrassent pas de ce genre de détails légaux. Pour ces tribus, le traité initial de Fort Laramie datait de 1851 et la surface des terres avait été revue à la baisse en 1910.
Le projet de barrage naquit dans les années 1940 et se mit effectivement en mouvement en 1944 pour être finalement construit dans les années 50.
Le barrage était-il indispensable ? Pour ce qui est de l’énergie, non. Ce projet n’était pas assez rentable pour justifier ce qui fut fait à ces natifs et les études présentées pour l’aménagement du fleuve Missouri prouvent que les terres des colons blancs furent systématiquement protégées. Des sites sacrés des tribus se retrouvèrent submergées sous les eaux du barrage, ainsi que bon nombre d’écoles, d’églises et l’unique hôpital de la réserve qui ne fut pas reconstruit, contrairement aux promesses faites.
En 1947, le Congrès américain se prononça en faveur du barrage et de l’expropriation des natifs et ce fut donc ainsi que George Gillette fut obligé de signer le cruel traité qui allait détruire la vie paisible et prospère des Trois Tribus Affiliées. Soit il signait et les tribus étaient indemnisées, soit le gouvernement les expropriait.
Lors de la signature, George Gillette déclara : « La vérité est que, comme chacun sait, notre Traité de Fort Laramie […] et notre constitution se trouvent réduits en confetti par ce contrat. (The truth is, as everyone knows, our Treaty of Fort Laramie...and our constitution are being torn to shreds by this contract.) ». Il a aussi dit : « Nous allons signer ce contrat le cœur lourd […] De quelques traits de plume, nous allons vendre la meilleure part de notre réserve. Pour l’instant, le futur semble bien triste pour nous. (We will sign this contract with a heavy heart … With a few scratches of the pen, we will sell the best part of our reservation. Right now the future doesn't look too good to us.) »
La construction du barrage commença en 1951 et trois cents des trois cent cinquante-six familles durent quitter leurs terres et l’organisation des colons pour ce faire fut pitoyable. Les colons voyaient déjà ces natifs partir s’installer en ville, séparés les uns des autres et s’assimiler ou disparaître, mais une bonne partie d’entre eux retourna dans le secteur de la réserve vers New Town.
Des promesses qui avaient été faites n’ont tout simplement jamais été tenues ou réalisées à la va-vite. Les derniers déménagements de familles eurent lieu en 1955 ; dès 60, la qualité de vie se dégrada dans des proportions parfois terribles (en 67, 81% des résidents n’avaient pas accès à l’eau courante). La perte de leurs excellentes récoltes les rendit dépendants d’une alimentation à l’Américaine qui a entraîné des problèmes d’obésité et de diabète (ce dernier étant inexistant avant l’expropriation).
En 1987, une étude révéla aussi que l’eau à laquelle les Trois Tribus Affiliées ont eu accès après la construction du barrage est néfaste pour la santé – ce qui a forcé certains natifs à se rapprocher de New Town en dehors de ce qui reste de la réserve.
Une fois de plus, les colons américains ont maltraité les natifs des Trois Tribus Affiliées par bêtise, par vengeance, par racisme, par arrogance, par cupidité.
Si les Trois Tribus Affiliées parviennent à se relever de cette nouvelle bassesse, espérons que les prochains gouvernements de colons n’inventeront pas une autre horreur afin d’essayer encore de les annihiler.
Sources :
https://www.nlm.nih.gov/nativevoices/timeline/489.html
https://www.culturalsurvival.org/publications/cultural-survival-quarterly/taking-garrison-dam-and-tribal-taking-area
https://www.youtube.com/watch?v=eh9ltGO5XGI (vidéo en français sur le sujet)

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